Espagne

Pedro Sanchez en passe d'ĂȘtre reconduit au pouvoir

  • PubliĂ© le 7 janvier 2020 Ă  07:39
  • ActualisĂ© le 7 janvier 2020 Ă  08:05
Le socialiste espagnol Pero Sanchez lors du dĂ©bat parlementaire sur l'investiture Ă  la tĂȘte du gouvernement, Ă  Madrid le 5 janvier 2020

AprĂšs des mois de paralysie politique, le socialiste espagnol Pedro Sanchez s'apprĂȘte, sauf coup de théùtre, Ă  ĂȘtre reconduit au pouvoir mardi par les dĂ©putĂ©s Ă  la tĂȘte d'une coalition inĂ©dite avec la gauche radicale de Podemos.

AprĂšs avoir perdu comme prĂ©vu dimanche un premier vote de confiance, faute de majoritĂ© absolue, M. Sanchez a suffisamment de soutiens parmi les 350 dĂ©putĂ©s pour remporter Ă  la mi-journĂ©e d'une trĂšs courte tĂȘte un deuxiĂšme vote oĂč une majoritĂ© relative - soit plus de "oui" que de "non" - sera cette fois suffisante. Selon les intentions de vote annoncĂ©es, 167 dĂ©putĂ©s devraient voter en sa faveur, 165 contre et 18 s'abstenir.

Le socialiste, qui gouvernera donc en minorité, avait obtenu la semaine derniÚre l'appui indispensable du parti séparatiste catalan ERC (Gauche Républicaine de Catalogne) dont les 13 députés s'abstiendront afin qu'il puisse l'emporter. En échange de cette abstention, les socialistes ont promis la tenue d'une négociation entre le gouvernement central et l'exécutif régional catalan contrÎlé par les séparatistes pour résoudre le "conflit politique sur l'avenir de la Catalogne".

Les résultats de cette négociation seront soumis au vote des Catalans lors d'une consultation. Les socialistes se sont empressés de préciser qu'il ne s'agirait jamais du référendum d'autodétermination que les séparatistes réclament. Riche région du nord-est de l'Espagne qui a tenté de faire sécession en 2017, la Catalogne a été secouée en octobre par des manifestations parfois violentes aprÚs la condamnation à la prison de neuf dirigeants séparatistes, dont le chef d'ERC Oriol Junqueras.

- Fin de huit mois de blocage -

Une fois confirmĂ©e, la reconduction de M. Sanchez Ă  la tĂȘte du gouvernement mettra fin Ă  huit mois de paralysie politique. EmpĂȘtrĂ©e dans une instabilitĂ© politique chronique depuis 2015, la quatriĂšme Ă©conomie de la zone euro a connu deux Ă©lections lĂ©gislatives en 2019 - en avril et novembre, remportĂ©es Ă  chaque fois par M. Sanchez mais sans majoritĂ© absolue - et quatre depuis quatre ans.

ArrivĂ© au pouvoir en juin 2018 Ă  la faveur d'une motion de censure contre le conservateur Mariano Rajoy, M. Sanchez s'est alliĂ© aprĂšs le scrutin de novembre avec Podemos - dont le chef Pablo Iglesias, son ancien frĂšre ennemi, doit ĂȘtre l'un de ses vice-prĂ©sidents - pour former un gouvernement de coalition inĂ©dit depuis la fin de la dictature franquiste en 1975. "Avec modĂ©ration et progrĂšs, je demande la confiance de la majoritĂ© de la chambre pour qu'enfin l'Espagne ait un gouvernement", a-t-il dit dimanche en affirmant que sa "coalition progressiste Ă©tait le meilleur antidote contre la coalition de l'apocalypse" que reprĂ©sente, selon lui, la droite et l'extrĂȘme droite de Vox, devenue la troisiĂšme force politique du pays.

Ensemble, les socialistes et Podemos ont promis un virage à gauche: hausse de la fiscalité pour les plus riches et les grandes entreprises, abrogation partielle de la réforme controversée du marché du travail adoptée en 2012 par les conservateurs, encadrement des loyers.... Un programme décrié par l'organisation patronale CEOE qui a dénoncé des mesures "plus proches du populisme que de l'orthodoxie économique" et qui a mis en garde contre ses effets "trÚs négatifs sur la création d'emplois".

- Dialogue en Catalogne -

Lors d'un dĂ©bat parlementaire au ton trĂšs agressif, la droite et l'extrĂȘme droite ont vilipendĂ© samedi et dimanche M. Sanchez, accusĂ© de vouloir "en finir" avec le pays en devant son investiture Ă  l'appui du parti sĂ©paratiste ERC.

Face à ces attaques, le socialiste a défendu comme "une priorité absolue" sa politique de dialogue en Catalogne. Selon les analystes, la législature s'annonce instable pour M. Sanchez dont le gouvernement minoritaire devra chercher des appuis à chaque fois qu'il voudra faire adopter des lois dont le budget, alors qu'il gouverne déjà depuis un an et demi avec un budget hérité de l'ancien gouvernement conservateur. "Le paysage politique reste complexe. Le nouveau gouvernement sera minoritaire, les tensions en Catalogne peuvent s'exacerber à nouveau (...) et la situation budgétaire rend les dépenses difficiles", souligne Steven Trypsteen, économiste de la banque ING.

AFP

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