La cour d'appel de Paris, saisie par la société Facebook en conflit avec un internaute qui lui reproche d'avoir censuré son compte, dira vendredi si la justice française est ou non compétente pour juger le géant du net américain.
En premiĂšre instance, le tribunal de grande instance de Paris s'Ă©tait dĂ©clarĂ© compĂ©tent pour juger le rĂ©seau social au grand dam de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine qui estime ne pouvoir ĂȘtre poursuivie en justice que devant un tribunal de l'Ătat de Californie oĂč siĂšge l'entreprise. Facebook avait donc fait appel.
A l'origine du litige, l'action en justice d'un professeur des écoles qui reproche à Facebook d'avoir censuré son compte sur lequel il avait posté une photo du tableau de Gustave Courbet "L'origine du monde", représentant un sexe féminin.
L'arrĂȘt de la cour d'appel sera scrutĂ© Ă la loupe en France comme Ă l'Ă©tranger car la question de la responsabilisation juridique des gĂ©ants d'internet fait dĂ©bat face Ă la diffusion de messages haineux ou de propagande islamiste sur leurs plateformes.
"Facebook utilise tous les arcanes du droit pour Ă©viter d'ĂȘtre jugĂ©e en France oĂč elle compte 28 millions d'usagers. La sociĂ©tĂ© a peur que ce dossier fasse jurisprudence", a rĂ©agi Me StĂ©phane Cottineau, avocat de l'internaute.
- 'Clauses abusives' -
"L'arrĂȘt pourrait Ă©galement avoir des rĂ©percussions sur pratiquement tous les rĂ©seaux sociaux et les sites de e-commerce qui disposent eux aussi de clauses abusives obligeant un usager Ă saisir un tribunal Ă©tranger", a-t-il soulignĂ©.
A l'audience, l'avocate de Facebook a demandé à la cour de constater l'incompétence de la juridiction française.
Elle a fait valoir que l'internaute avait signĂ© les conditions gĂ©nĂ©rales d'utilisation qui prĂ©voient la compĂ©tence exclusive d'un tribunal californien et estimĂ© que l'usager ne pouvait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un consommateur, l'adhĂ©sion au site Ă©tant gratuite. Elle a en outre assurĂ© que l'enseignant "photographe free-lance" aurait eu un usage professionnel du site, ce qui le priverait du bĂ©nĂ©fice du code de la consommation qui prĂ©voit la saisine d'un tribunal du ressort du consommateur.
Stéphane Cottineau a rappelé que son client était enseignant et n'utilisait Facebook que pour partager sa passion de la photo. Il a expliqué que les conditions générales d'utilisation signées par l'internaute étaient à l'époque illisibles, sur 12 pages et en anglais et plaidé le caractÚre abusif et déséquilibré de la clause attributive de compétence imposée par Facebook.
L'avocat a enfin souligné que si le site était gratuit, Facebook tirait d'importants profits de l'exploitation des données personnelles des usagers. Il a en conséquence demandé à la cour de confirmer la compétence de la justice française pour juger Facebook.
Par Anthony LUCAS - © 2016 AFP
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