Grande marche civique

Plus de 100.000 manifestants pour le rejet de l'antisémitisme

  • PubliĂ© le 13 novembre 2023 Ă  02:58
  • ActualisĂ© le 13 novembre 2023 Ă  05:22
CarrĂ© de tĂȘte de la marche parisienne contre l'antisĂ©mitisme, en prĂ©sence de nombreux politiques, le 12 novembre 2023

Une foule trĂšs nombreuse et un signal adressĂ© par les Français: plus de 100.000 personnes ont dĂ©filĂ© dimanche Ă  Paris pour la "grande marche civique" contre l'antisĂ©mitisme, en prĂ©sence d'une bonne partie de la classe politique française dont l'extrĂȘme droite, mais sans le chef de l'Etat ni l'opposition de gauche radicale.

"Pour la RĂ©publique, contre l'antisĂ©mitisme": derriĂšre ce mot d'ordre, la tĂȘte du cortĂšge s'est Ă©lancĂ©e depuis le parvis de l'AssemblĂ©e nationale avant de s'arrĂȘter Ă  plusieurs reprises pour entonner la Marseillaise. Peu de pancartes ou de banderoles, mais les drapeaux tricolores Ă©taient de sortie.

L'esplanade des Invalides, point de départ de la marche, est restée longtemps emplie d'une foule compacte, témoignant d'une trÚs forte affluence. Les manifestants étaient précisément 105.000 à Paris, selon la police.

"Je ne pensais pas devoir manifester un jour contre l'antisĂ©mitisme", a tĂ©moignĂ© auprĂšs de l'AFP Johanna, 46 ans, secrĂ©taire mĂ©dicale en Seine-Saint-Denis, venue pour la seule raison qu'on ne doit pas "avoir peur d'ĂȘtre juif". Comme beaucoup, elle a prĂ©fĂ©rĂ© ne donner que son prĂ©nom.

Un carrĂ© de personnalitĂ©s politiques, au premier rang desquelles les deux tĂȘtes du Parlement, YaĂ«l Braun-Pivet et GĂ©rard Larcher, Ă  l'initiative de cette marche, ainsi que la PremiĂšre ministre Elisabeth Borne, les ex-prĂ©sidents Nicolas Sarkozy et François Hollande, et le prĂ©sident du Crif Yonathan Arfi.

Plus tÎt dans la journée, d'autres rassemblements ont réuni des milliers de personnes à Lyon, Nice ou Strasbourg.

"On est heureux et rassurés que les Français aient répondu présents", a dit Yaël Braun-Pivet. "Notre ordre du jour, c'est la République", a résumé M. Larcher, prÎnant un "sursaut citoyen" face à l'explosion du nombre d'actes hostiles aux juifs depuis les massacres du Hamas en Israël le 7 octobre et la riposte militaire massive qui a suivi.

La France compte la communauté juive la plus nombreuse d'Europe, avec environ 500.000 personnes, qui vivent cÎte-à-cÎte avec des millions de musulmans. L'augmentation des actes antisémites est un des signes d'une importation redoutée du conflit.

"Je suis juif et j'ai pas envie de me cacher pour pouvoir vivre tranquillement", témoigne Lucas, 17 ans, lycéen en banlieue parisienne.

C'est une cause pour laquelle "tout le monde devrait se sentir concerné", a jugé le grand rabbin de France Haïm Korsia, regrettant que le sujet ait tourné au pugilat politique, "une honte".

"Les postures n'ont pas leur place" dans cette manifestation, avait mis en garde Elisabeth Borne dimanche matin, ciblant Ă  la fois la gauche radicale de La France insoumise dont "l'absence parle d'elle-mĂȘme", et l'extrĂȘme droite du Rassemblement national dont "la prĂ©sence ne trompe personne".

- Tensions -

"Nous sommes exactement lĂ  oĂč nous devons ĂȘtre", a rĂ©torquĂ© Marine Le Pen quelques heures plus tard depuis les Invalides, fustigeant la "petite politique politicienne" de ses dĂ©tracteurs qui soulignent depuis plusieurs jours le passĂ© antisĂ©mite de son parti.

Mais pour ses électeurs comme Christine, retraitée de 71 ans rencontrée dans la manifestation, "on est en train de faire passer le RN pour un parti anti-juif à cause des mots maladroits" de son fondateur Jean-Marie Le Pen qui "n'est pas antisémite".

La prĂ©sence de l'extrĂȘme droite Ă©tait cependant source de quelques tensions dans le dĂ©filĂ©. Un groupe de militants de l'organisation juive de gauche Golem a ainsi briĂšvement essayĂ© de s'opposer Ă  sa participation au dĂ©but de la manifestation.

Les partis de gauche Europe Ecologie-Les Verts, PS et PCF ont eux choisi de s'afficher derriĂšre une banderole commune "contre l'antisĂ©mitisme et tous les fauteurs de haine et de racisme" dans une dĂ©marche de "cordon rĂ©publicain" face Ă  l'extrĂȘme droite, qui a dĂ©filĂ© en queue de cortĂšge.

"J'ai hésité a venir manifester derriÚre des drapeaux français et des politiques de droite mais l'importance de lutter contre l'antisémitisme l'a emporté", dit à l'AFP Nathalie Cassard, 53 ans, parisienne, lectrice documentaliste et électrice de gauche. "On ne peut pas nier qu'on connaßt des voisins juifs qui ont peur".

- Macron absent -

Emmanuel Macron, lui, a décidé de ne pas défiler. Le président de la République s'est adressé aux Français samedi soir, par le biais d'une lettre publiée par le journal Le Parisien. Il y a déploré "l'insupportable résurgence d'un antisémitisme débridé".

"Une France oĂč nos concitoyens juifs ont peur n'est pas la France", a-t-il Ă©crit, en lançant un appel Ă  l'unitĂ© de la France "derriĂšre ses valeurs, son universalisme".

Mais la France insoumise manquait à l'appel. Le parti de gauche radicale, accusé d'ambivalences sur l'antisémitisme, boycottait la manifestation du fait de la présence du RN. Dans un message sur X, son leader Jean-Luc Mélenchon estimait en fin de journée que les organisateurs avaient "échoué à reproduire les mobilisations générales du passé".

Signe d'une fracture grandissante, le dépÎt de gerbe organisé par LFI en fin de matinée prÚs de l'emplacement de l'ancien Vel d'Hiv a été perturbé par un groupe de contre-manifestants arborant des pancartes "Touche pas à la mémoire", aux cris de "collabos".

Les responsables musulmans étaient par ailleurs divisés, plusieurs organisations ayant déploré que l'appel à manifester ne comporte "pas un mot sur l'islamophobie" et pointé "les amalgames" entre islam et antisémitisme.

AFP

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