Ultimatum expiré

Plus de 165.000 migrants afghans ont quitté le Pakistan pour rentrer dans leur pays en octobre

  • PubliĂ© le 2 novembre 2023 Ă  16:49
  • ActualisĂ© le 2 novembre 2023 Ă  17:27
Des réfugiés afghans dans un camp à leur arrivée du Pakistan, prÚs de la frontiÚre à Torkham, dans la province de Nangarhar, le 2 novembre 2023

Plus de 165.000 migrants afghans ont quittĂ© le Pakistan pour rentrer dans leur pays depuis que le gouvernement leur a fixĂ© dĂ©but octobre un ultimatum, dĂ©sormais expirĂ©, pour partir volontairement ou ĂȘtre expulsĂ©s, ont indiquĂ© jeudi des responsables.

La grande majorité d'entre eux se sont précipités ces derniers jours à la frontiÚre, le Pakistan ayant donné jusqu'au 1er novembre aux Afghans en situation irréguliÚre, dont il estime le nombre à 1,7 million, pour partir.

Ces personnes ont prĂ©fĂ©rĂ© rentrer de leur propre chef, plutĂŽt qu'ĂȘtre arrĂȘtĂ©es et placĂ©es dans la cinquantaine de centres de rĂ©tention construits pour l'occasion en vue de leur expulsion.

"Je ne veux pas rentrer en Afghanistan, mais la police nous arrĂȘtait, ma famille et moi (...) C'est pour ça qu'on a Ă©tĂ© forcĂ© de partir, on n'a pas d'autre option", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP prĂšs de la frontiĂšre Abdul Qadir Khan, un Afghan d'une cinquantaine d'annĂ©es qui a passĂ© toute sa vie d'adulte au Pakistan.

A Torkham, principal point de transit entre les deux pays, dans la province du Khyber Pakhtunkhwa (nord-ouest), 28.000 personnes sont passées dans la seule journée de mercredi.

AprĂšs plusieurs jours de chaos, la situation est redevenue plus fluide jeudi du cĂŽtĂ© pakistanais de la frontiĂšre. Les autoritĂ©s continuent Ă  encourager les sans-papiers Ă  partir volontairement, mĂȘme si elles ont parallĂšlement lancĂ© de vastes opĂ©rations visant Ă  traquer ceux qui s'y refusent.

Une fois de l'autre cÎté, les migrants, dont certains vivaient depuis des décennies au Pakistan ou y sont nés, et ignorent tout de l'Afghanistan, doivent se faire enregistrer auprÚs des autorités afghanes, qui ont été submergées par cet afflux soudain.

Des milliers de personnes sont restĂ©es bloquĂ©es Ă  la frontiĂšre pendant plusieurs jours, sans abri, eau ou nourriture, et dans des conditions sanitaires prĂ©caires, avant d'ĂȘtre incitĂ©es Ă  rejoindre un centre d'enregistrement temporaire Ă  quelques kilomĂštres de lĂ .

- "Rentrer avec dignité" -

Ce centre, qui a ouvert jeudi, dispose de toilettes, est mieux approvisionné en eau et permet un enregistrement un peu plus rapide, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Cet endroit est un peu mieux, on est un peu plus à l'aise (...) Ils nous ont donné des médicaments et aussi une tente", a expliqué une femme dénommée Rooh Gul.

Le ministre afghan des Réfugiés, Khalil Haqqani, y a indiqué à l'AFP continuer à faire pression sur le Pakistan pour qu'ils laissent plus de temps aux Afghans pour partir.

"Les gens doivent ĂȘtre autorisĂ©s Ă  rentrer avec dignitĂ©", a-t-il dĂ©clarĂ©. "(Les Pakistanais) ne devraient pas en faire baver aux Afghans, ils ne devraient pas se faire plus d'ennemis."

AprÚs une rencontre jeudi avec l'ambassadeur afghan, le ministre pakistanais de l'Intérieur, Sarfraz Bugti, s'est engagé à traiter les migrants avec le plus grand respect, et a annoncé que les femmes et les enfants de moins de 14 ans partant volontairement n'auraient plus à fournir de données biométriques à la frontiÚre.

Des millions d'Afghans ont afflué au Pakistan au cours de décennies de guerre, dont au moins 600.000 depuis le retour au pouvoir des talibans à Kaboul en août 2021, en faisant l'un des pays qui accueillent le plus de réfugiés au monde.

Beaucoup ont peur de rentrer en Afghanistan, oĂč le gouvernement taliban a imposĂ© son interprĂ©tation rigoriste de l'islam, interdisant par exemple aux filles l'accĂšs Ă  l'Ă©ducation aprĂšs l'Ă©cole primaire.

- "La campagne continuera" -

Le gouvernement pakistanais a dit chercher à préserver avec cette mesure la sécurité du pays, aprÚs une forte hausse des attentats sur son sol, qu'Islamabad impute à des groupes basés en Afghanistan.

Des analystes estiment que le Pakistan cherche ainsi à faire pression sur les talibans pour qu'ils renforcent la coopération sur cette question. Mais Kaboul a prévenu que cette mesure ne ferait qu'affecter un peu plus les relations bilatérales.

Le gouvernement pakistanais a promis de se montrer intraitable envers les illégaux qui refuseraient de partir, et la police multiplie depuis mercredi les arrestations dans tout le pays.

Plus de 100 personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es jeudi lors d'un coup de filet dans la mĂ©gapole de Karachi (sud), et 425 Ă  Quetta, capitale de la province du Baloutchistan (sud-ouest), selon la police.

"La campagne contre les immigrants en situation irréguliÚre continuera", a affirmé Saad Bin Asad, un haut responsable de Quetta.

Les défenseurs des droits humains ont accusé les autorités pakistanaises de recourir aux menaces, mauvais traitements et détentions pour contraindre les migrants à partir.

Des arrestations, y compris de personnes en situation réguliÚre, et des tentatives d'extorsion de la part de la police ont aussi été signalées par des Afghans.

Mais l'initiative semble, selon les observateurs, avoir le soutien d'une majorité de la population pakistanaise, qui considÚre souvent ces réfugiés comme un fardeau pour les infrastructures et les finances du pays.

AFP

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