Avec ses plages de sable fin et ses collines tapissées de cocotiers, Siargao, destination prisée des surfeurs du monde entier, caressait l'espoir d'une saison de Noël prospÚre aprÚs l'assouplissement des restrictions anti-Covid. Avant que le typhon Rai ne ravage cette ßle des Philippines.
"Au lendemain de la tempĂȘte, nous sommes sortis et nous nous sommes dit +waouh, c'est ça Siargao maintenant, ce n'est plus rien+", souffle Ă l'AFP Claudine Mendoza, 27 ans, employĂ©e d'un grand hĂŽtel du front de mer.
La plus forte tempĂȘte Ă frapper l'archipel cette annĂ©e a ravagĂ© ce paradis tropical connu pour ses grosses vagues et son ambiance dĂ©tendue.
Le cyclone, accompagné de vents atteignant jusqu'à 195 km/h, a touché terre jeudi dans le centre des Philippines, faisant s'envoler des toits, arrachant des poteaux électriques, déracinant des arbres et privant des villes entiÚres d'électricité.
Cette destruction a rendu méconnaissable Siargao, élue en 2021 meilleure ßle d'Asie par les lecteurs du magazine Conde Nast Traveler.
"MĂȘme Cloud Nine n'est plus", se dĂ©sole Mme Mendoza, faisant rĂ©fĂ©rence Ă la plage de surf oĂč une promenade en bois --lieu de selfies apprĂ©ciĂ© des touristes-- a Ă©tĂ© emportĂ©e par le typhon.
Pour les opĂ©rateurs touristiques, Rai est un coup dur. Cette tempĂȘte a frappĂ© une semaine avant les vacances de NoĂ«l, quand de nombreuses familles philippines se rendent habituellement sur les plages et les sites de plongĂ©e du pays.
Les restrictions pour lutter contre la pandémie de Covid-19 depuis presque deux ans ont fait chuter le nombre de visiteurs sur l'ßle, laissant de nombreux centres de villégiature, cafés, boutiques de souvenirs et guides touristiques lutter pour leur survie.
Mais le tourisme intĂ©rieur avait commencĂ© Ă redĂ©marrer ces derniers mois aprĂšs l'assouplissement des restrictions locales pour relancer l'activitĂ© Ă©conomique, mĂȘme si les frontiĂšres restent fermĂ©es aux visiteurs Ă©trangers.
"Tout le monde Ă©tait si heureux, l'Ăźle Ă©tait Ă nouveau animĂ©e", se souvient Mme Mendoza. "Puis soudain, la tempĂȘte est arrivĂ©e".
Désormais, les propriétaires doivent repartir à zéro, assumer des réparations coûteuses et faire face à l'avenir incertain de leurs employés.
Certains se demandent mĂȘme si cela vaut la peine de recommencer.
"Ce typhon est bien pire pour nous que la pandémie --la pandémie n'a pas causé de dommages" structurels, explique Anton Alvarez, propriétaire d'un complexe hÎtelier. "Nous pensons avoir la capacité de reconstruire mais cela ne sert à rien de reconstruire si nous sommes les seuls --il faut que tout Siargao se reconstruise", poursuit-il.
- Pris par surprise -
Sans Ă©lectricitĂ©, l'Ăźle est en outre privĂ©e de rĂ©seau de tĂ©lĂ©communications et d'internet, ce qui a entravĂ© les efforts des secouristes pour Ă©valuer l'ampleur des pertes humaines et des destructions causĂ©es par la tempĂȘte.
Au moins 375 personnes ont été tuées dans le sud et le centre des Philippines, selon la police, dont 167 dans la région incluant Siargao.
Agriculteurs et pĂȘcheurs ont Ă©galement vu leurs moyens de subsistance dĂ©truits et des milliers de familles se sont retrouvĂ©es sans abri.
Elka Requinta, 36 ans, coordinatrice marketing Ă Siargao, assure que la force du typhon a pris tout le monde par surprise.
"Nous ne nous attendions pas à ce qu'il soit aussi violent", a-t-elle affirmé. "Des (habitants) ont été touchés car je pense qu'aucun ordre d'évacuation n'a été émis par le gouvernement".
Il pourrait falloir des mois pour que le courant soit entiÚrement rétabli sur l'ßle. Pour les commerçants, difficile donc de parler avenir à leurs partenaires et investisseurs. M. Alvarez, "plutÎt optimiste", table sur une réouverture de son hÎtel dans les douze mois.
Son de cloche différent du cÎté de Mme Mendoza, qui, inquiÚte, demande: "Que va-t-il se passer maintenant? Nous ne savons pas".
AFP



