Il enquĂȘte

Pompeo en Arabie saoudite pour avoir "tous les faits" de l'affaire Khashoggi

  • PubliĂ© le 14 janvier 2019 Ă  07:25
  • ActualisĂ© le 14 janvier 2019 Ă  09:25
Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo accueilli à Ryad par le ministre d'Etat saoudien aux Affaires étrangÚres Adel al-Jubeir, le 13 janvier 2019

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo poursuivait lundi sa visite à Ryad avec la volonté de "disposer de tous les faits" dans l'affaire du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dont il entend que "tous les responsables rendent des comptes".

Le chef de la diplomatie américaine se trouve à une étape sensible de sa tournée au Moyen-Orient, pour sa deuxiÚme visite en Arabie saoudite depuis que le journaliste et critique du pouvoir a été tué au consulat saoudien à Istanbul début octobre 2018, suscitant une vague d'indignation internationale.

L'enjeu de sa rencontre avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane s'est accru depuis celle qu'il a eue dimanche avec le ministre d'Etat aux Affaires étrangÚres saoudien, Adel al-Jubeir.

A l'issue de cette entrevue, M. Pompeo a "soulignĂ© l'importance pour l'Arabie saoudite de continuer son enquĂȘte sur le meurtre (...) afin que tous ceux qui sont responsables rendent des comptes", a indiquĂ© le dĂ©partement d'Etat dans un communiquĂ©. Laissant entendre que le compte n'y Ă©tait pas, il a expliquĂ© vouloir s'assurer que Washington "dispose de tous les faits" autour de l'assassinat du journaliste saoudien.

Le procÚs de 11 suspects s'est ouvert le 3 janvier en Arabie saoudite et le procureur général a requis la peine de mort contre cinq d'entre eux. L'administration du président Donald Trump a, de son cÎté, sanctionné 17 responsables saoudiens. Cependant, plus de trois mois aprÚs le meurtre, le corps de Khashoggi, critique du pouvoir saoudien qui collaborait avec le Washington Post, n'a toujours pas été retrouvé et des zones d'ombre demeurent, dont l'identité du ou des commanditaires de cette opération menée par un commando de 15 agents saoudiens.

Sous pression, les autorités saoudiennes ont fini par admettre que le journaliste avait été drogué et qu'il était mort d'overdose avant que son corps ne soit démembré à l'intérieur du consulat. Elles ont en revanche totalement dédouané le puissant prince héritier.

- Alliance stratégique -

L'affaire a affectĂ© les relations entre les Etats-Unis et le royaume sunnite, pilier traditionnel des alliances rĂ©gionales de Washington, brouillant le message amĂ©ricain au moment oĂč l'administration Trump tente de bĂątir une "coalition" solide contre le pays qu'elle dĂ©signe comme l'ennemi commun, l'Iran chiite.
Bien que le Sénat américain, pourtant contrÎlé par le camp républicain de Donald Trump, ait clairement imputé au prince héritier la responsabilité du meurtre, le président américain a affirmé vouloir préserver le partenariat stratégique avec le royaume.

Lors de sa précédente visite, au plus fort de l'affaire Khashoggi, ses larges sourires auprÚs de celui que l'on surnomme "MBS" avaient indigné une partie de la classe politique américaine. Sur la chaßne américaine Fox News, le secrétaire d'Etat a réaffirmé que les relations américano-saoudiennes restaient "incroyablement importantes pour les Américains".

Des défenseurs des droits humains ont appelé le secrétaire d'Etat à presser Ryad de libérer des militantes saoudiennes emprisonnées, alors que des ONG internationales affirment qu'elles auraient été torturées et harcelées sexuellement. "Je suis frappée par un sujet qui n'est pas inclus dans la visite de Pompeo: le sort des courageuses militantes en Arabie saoudite qui sont détenues dans les prisons du royaume juste pour avoir cherché à bénéficier de leurs droits et de la dignité", a écrit Alia al-Hathloul, la soeur d'une de ces femmes emprisonnées dans une tribune publiée par le quotidien New York Times.

Sa soeur Loujain, qui avait militĂ© pour le droit des femmes Ă  conduire, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e en mai comme une dizaine d'autres femmes militante des droits humains. L'interdiction de conduire pour les femmes a Ă©tĂ© levĂ©e en juin.

- Appel à l'unité -

Au Qatar, oĂč il a rencontrĂ© l'Ă©mir, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, M. Pompeo a aussi tentĂ© de pousser Ă  la rĂ©conciliation entre ce pays et l'Arabie saoudite, sans signe d'ouverture Ă  ce stade aprĂšs un an et demi de crise qui sape la politique amĂ©ricaine dans la rĂ©gion.
"Le prĂ©sident Trump et moi-mĂȘme pensons tous deux que la dispute a durĂ© trop longtemps", a martelĂ© le chef de la diplomatie amĂ©ricaine lors d'une confĂ©rence de presse.

Plus tard, M. Pompeo, qui s'exprimait à l'ambassade des Etats-Unis à Doha, a dit qu'il n'était "pas clair du tout si la querelle (du Golfe) était plus proche d'un rÚglement aujourd'hui qu'elle ne l'était hier. Et je le regrette".

L'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis et l'Egypte ont rompu en juin 2017 leurs relations diplomatiques avec le Qatar en lui imposant un blocus de fait. Ils reprochent à Doha de soutenir des mouvements islamistes radicaux, ce que le Qatar dément, mais aussi de se rapprocher de l'Iran, grand rival de Ryad dans la région.

Pour Washington, tourner la page de cette crise est indispensable pour réussir le lancement de son Alliance stratégique du Moyen-Orient, une sorte d'Otan arabe vouée à souder ses alliés du Golfe mais aussi l'Egypte et la Jordanie contre Téhéran.
Mais la tùche s'annonce ardue. "C'est compliqué à mettre sur pied", a reconnu samedi à Abou Dhabi le chef de la diplomatie américaine.

AFP

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