Signes religieux

Port du voile: le Sénat vote l'interdiction pour les parents accompagnant les sorties scolaires

  • PubliĂ© le 30 octobre 2019 Ă  02:57
  • ActualisĂ© le 30 octobre 2019 Ă  05:38
Des femmes voilées accompagnent la sénatrice Samia Ghali au Sénat lors de l'examen d'une proposition de loi trÚs controversée relative au port du voile, le 29 octobre 2019

Le Sénat à majorité de droite a adopté mardi, dans un contexte explosif, une proposition de loi LR visant à interdire le port de signes religieux aux parents accompagnant des sorties scolaires, jugée "contre-productive" par le ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer.

A l'issue d'un dĂ©bat passionnĂ© de prĂšs de cinq heures, le texte a Ă©tĂ© votĂ© par 163 voix contre 114 et 40 abstentions. Il a toutefois peu de chances d'ĂȘtre votĂ© par l'AssemblĂ©e nationale, dominĂ©e par la majoritĂ© prĂ©sidentielle.

L'examen de ce texte controversé a été maintenu malgré les appels à y renoncer de la gauche qui a dénoncé un "climat intolérable" et au sein de la majorité, dans un climat tendu au lendemain de l'attaque contre une mosquée à Bayonne, qui a fait deux blessés graves.

La sĂ©natrice (ex-PS) des Bouches-du-RhĂŽne Samia Ghali a dĂ©noncĂ© un texte qui "stigmatise". Elle a accueilli le mĂȘme jour au SĂ©nat une trentaine de femmes et enfants des quartiers populaires de Marseille, dont certaines mĂšres voilĂ©es.

Le sujet a été relancé par un élu du RN prenant à partie une femme voilée lors d'une réunion publique. La droite ne cesse de presser Emmanuel Macron de s'exprimer de nouveau sur la laïcité.

En écho, le chef de l'Etat a ciblé mardi soir ceux qui "voulant semer la haine et la division" se servent du principe de laïcité "pour mener le combat contre telle ou telle religion". "La laïcité est un principe de fraternité qui doit vivre en chaque Français comme une boussole", a affirmé M. Macron lors de l'inauguration du Centre européen du judaïsme à Paris.

- "SorciĂšres d'Halloween" -

Devant le SĂ©nat, le ministre de l?Éducation Jean-Michel Blanquer a d'emblĂ©e rĂ©affirmĂ© son opposition Ă  la proposition de loi, mais s'est engagĂ© Ă  ĂȘtre "en soutien des directeurs d'Ă©tablissements dans les mesures qu'ils souhaitent prendre pour lutter contre le prosĂ©lytisme". "En allant au-delĂ  du nĂ©cessaire, une loi serait contre-productive parce qu'elle enverrait un message brouillĂ© aux familles" qu'il faut "rapprocher" de l'Ă©cole. Le ministre a Ă©galement dĂ©fendu son combat pour la laĂŻcitĂ©, mais aussi contre le communautarisme et contre la radicalisation.

Le texte vise à modifier le code de l'éducation pour étendre "aux personnes qui participent, y compris lors des sorties scolaires, aux activités liées à l'enseignement dans ou en dehors des établissements" l'interdiction des signes religieux ostensibles posée par la loi de 2004.
Les trÚs nombreuses interventions se sont déroulées dans un climat relativement serein, hormis quelques saillies du sénateur non-inscrit Jean-Louis Masson, qui a notamment comparé les accompagnatrices voilées aux "sorciÚres d'Halloween".

Pour les auteurs de la proposition de loi, il s'agit de combler "un vide juridique" afin d'Ă©viter de laisser aux chefs d'Ă©tablissements la responsabilitĂ© de trancher. "La loi doit ĂȘtre claire, la loi ne peut pas ĂȘtre dans le +en mĂȘme temps+", a appuyĂ© le patron des sĂ©nateurs Les RĂ©publicains Bruno Retailleau.

- "Amalgames simplificateurs" -

Toute la question est de savoir si la sortie scolaire est bien un "temps Ă©ducatif" et si les parents accompagnateurs doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des "collaborateurs bĂ©nĂ©voles" et donc soumis aux mĂȘmes obligations de neutralitĂ© que les enseignants. La droite a dĂ©fendu cette position, contestĂ©e Ă  gauche.

Dans la majoritĂ© sĂ©natoriale, Laurent Lafon (centriste) a mis en garde contre "le contexte dans lequel elle intervient, oĂč les amalgames simplificateurs prennent le pas sur les discours raisonnĂ©s". "Ce n'est pas parce que quelques-uns hystĂ©risent le sujet qu'il ne faut pas le traiter", a rĂ©torquĂ© JĂ©rĂŽme Bascher (LR).

Les opposants à l'interdiction ont élargi le débat à ses conséquences: "Elle pourrait éloigner certains enfants de l'école publique" (Antoine Karam, LREM), elle couperait "le seul lien de socialisation pour ces femmes" (Colette Mélot, Indépendants).

Ce débat "est du pain béni pour les islamistes", a lancé Laurence Rossignol (PS) et le texte "nourrit la suspicion" contre certains citoyens, a renchéri Pierre Ouzoulias (CRCE à majorité communiste). "Les prédateurs qui rejettent notre modÚle républicain peuvent se réjouir de l?émergence d'une société de prohibition, d'interdiction, d'exclusion", a renchéri le président du groupe PS Patrick Kanner.

Trois sénateurs LR ont voté contre le texte et 10 autres se sont abstenus. Au PS, 15 élus n'ont pas pris part au vote, la majorité votant contre, comme l'ensemble des groupes CRCE et LREM. Les centristes, comme le RDSE à majorité radicale et les Indépendants, se sont partagés.

AFP

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1 Commentaires
lou_gabrielle
lou_gabrielle
6 ans

Encore un recul du vivre ensemble. Nous avons tant fait dans les années 70 pour sortir les femmes musulmanes de leur isolement et les faire participer aux réunions de parents d'élÚves et aus sorties scolaires et pour un foulard on renvoient ces femmes dans leurs pénates. Car cette loi revient à interdire les sorties scolaires à nos soeurs musulmanes. Quel gùchi