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ProcĂšs du Flash-Ball: "Aujourd'hui, je n'utiliserais pas cette arme"

  • PubliĂ© le 21 novembre 2016 Ă  22:42
Un policier tenant en main un flash-ball le 2 juillet 2009 Ă  La Courneuve, en banlieue de Paris

"Aujourd'hui, je n'utiliserais pas cette arme.

" L'un des trois policiers jugés pour avoir blessé au Flash-Ball six manifestants, dont l'un avait perdu un ?il, en 2009 en Seine-Saint-Denis, a assuré lundi à l'ouverture du procÚs qu'il n'avait alors "pas conscience de son imprécision".
Les faits remontent au 8 juillet 2009. Vers 22H00, les forces de l'ordre interviennent pour repousser plusieurs personnes rassemblĂ©es devant une clinique dĂ©saffectĂ©e de Montreuil, oĂč elles s'Ă©taient rendues aprĂšs un "repas de soutien" Ă  des squatteurs expulsĂ©s le matin mĂȘme du bĂątiment. Lors de cette intervention nocturne, trois policiers tirent chacun Ă  deux reprises avec leur Flash-Ball. Six blessĂ©s sont recensĂ©s, dont quatre se sont constituĂ©s partie civile au procĂšs.
Pour justifier leurs tirs, les policiers, jugés jusqu'à vendredi devant le tribunal correctionnel de Bobigny, invoquent la légitime défense, expliquant avoir subi une "pluie de projectiles". Une version mise à mal par les témoignages de riverains qui ont évoqué un rassemblement "pacifique".
"Mon action était légitime par rapport à l'hostilité de ces individus", a maintenu le principal prévenu, chemise blanche et cravate sombre. "J'ai fait ce que je devais faire à ce moment", a-t-il répété à la barre. Mais, "si c'était à refaire aujourd'hui, je n'utiliserais pas le Flash-Ball", a-t-il fini par lùcher.
"+L'uppercut d'un boxeur+, c'est comme ça qu'on nous vend le Flash-Ball en formation", a-t-il poursuivi. En 2009, "il n'y avait pas eu toutes les procédures, les procÚs" contre cette arme, a ajouté le fonctionnaire, poursuivi pour "violences volontaires par une personne dépositaire de l'autorité publique" et "violences volontaires ayant entraßné une mutilation ou une infirmité permanente", pour le tir ayant éborgné Joachim Gatti, 34 ans à l'époque.
- 'J'assume mon choix' -
"Si c'Ă©tait Ă  refaire, je referais la mĂȘme chose dans ces conditions", a de son cĂŽtĂ© affirmĂ© un deuxiĂšme policier, qui est lui uniquement accusĂ© de "violences volontaires".
"J'assume mon choix. L'action de police a Ă©tĂ© efficace", a-t-il poursuivi d'une voix posĂ©e, alors que des protestations se faisaient entendre du cĂŽtĂ© des parties civiles accompagnĂ©es lundi de plusieurs militants, certains vĂȘtus de tee-shirts noirs estampillĂ©s "Gardien de la paix mon ?il". D'autres avaient des pancartes: "Fin du rĂšgne policier".
Dans la salle, comble, se trouvaient aussi de nombreux policiers venus assister Ă  l'audience.
"Pour moi, on est cinq face Ă  une quarantaine d'individus. Je ne voulais pas arriver au contact avec les manifestants", a ajoutĂ© le deuxiĂšme fonctionnaire. "Il fallait protĂ©ger mes collĂšgues et barrer la route aux manifestants, les empĂȘcher de reprendre la clinique."
Le troisiÚme policier n'a pas été interrogé lundi.
Placé sous contrÎle judiciaire depuis l'affaire, le principal prévenu risque dix ans de prison et 150.000 euros d'amende. Les deux autres encourent trois ans de prison et 45.000 euros d'amende.
Le Flash-Ball, qui tire des munitions "non létales" en caoutchouc ou mousse, a été introduit chez les forces de l'ordre il y a plus de dix ans. Il est trÚs critiqué pour son imprécision et la gravité des blessures qu'il peut provoquer.
L'association Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (Acat) recense 42 blessés et un décÚs à la suite de l'utilisation des deux types de lanceurs de balle de défense utilisés par les policiers, le LBD 40 ou le Flash-Ball. Vingt-trois ont été énucléés ou ont perdu l'usage d'un ?il selon l'association.

- © 2016 AFP
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