Les socialistes vont se prononcer samedi en Conseil national sur la proposition de Jean-Christophe Cambadélis d'organiser fin janvier une primaire de la gauche de gouvernement, dont les modalités encore floues alimentent les craintes par certains d'un "verrouillage" au profit de François Hollande.
Selon une version provisoire du texte de la "résolution sur les primaires", qui sera soumise au vote des membres du Conseil national (parlement du parti), "faute de soutien des Verts et du PCF à une primaire de toute la gauche, le Parti socialiste décide d'organiser une primaire ouverte aux acteurs de la Belle Alliance populaire (PS, PRG et UDE, ndlr) et tous ceux qui soutiendraient la démarche".
Le texte propose d'organiser ces "primaires de l'unité les 22 et 29 janvier". La date d'ouverture des candidatures est fixée au 1er décembre et leur clÎture au 15 décembre, calendrier compatible avec celui de François Hollande, qui a annoncé qu'il se déterminerait sur une candidature à un second mandat "en décembre".
La proposition du premier secrĂ©taire du PS a Ă©tĂ© faite en plein accord avec le chef de l'Etat, qui serait prĂȘt Ă cet exercice, selon certains proches.
Le PS avait d'abord sorti en avril un scĂ©nario d'organisation de la primaire les deux premiĂšres semaines de dĂ©cembre, dans l'hypothĂšse oĂč PCF et EELV s'y associeraient. Mais, dĂ©but juin, ces deux partis ont dĂ©clinĂ© la proposition.
Pour la primaire telle que dévoilée vendredi soir par le numéro un du PS, un nouveau conseil national, prévu le 2 octobre, devra ratifier des modalités de vote et de débats, aprÚs une discussion en commission de suivi des primaires et une consultation des partenaires du PS, selon le texte soumis au conseil national.
- Primaire 'Canada dry' -
Mettant fin à un suspens de plusieurs mois, l'annonce de Jean-Christophe Cambadélis a suscité, à moins d'un an de la présidentielle, des réactions contrastées de divers défenseurs d'une primaire.
Favorable "depuis un an" Ă une telle consultation mĂȘme si le prĂ©sident de la RĂ©publique se reprĂ©sente, Karine Berger s'est fĂ©licitĂ©e auprĂšs de l'AFP d'avoir "rĂ©ussi Ă amener tout le monde sur l'organisation de primaires citoyennes".
Satisfecit aussi du prĂ©sident Ecologistes! François de Rugy. "L'organisation d'une primaire permettra le rassemblement. Les y prendront toute leur place", a twittĂ© ce dĂ©putĂ© Ă©cologiste ayant rejoint le groupe socialiste Ă l'AssemblĂ©e. Il pourrait lui-mĂȘme ĂȘtre candidat, a-t-il indiquĂ© Ă l'AFP.
Bien plus prudent, le chef de file des frondeurs PS, Christian Paul a réagi sur Twitter: "Nous avons voulu la primaire. Elle a de l'avenir si elle est irréversible dÚs ce soir, loyale dans ses rÚgles, et ouverte aux citoyens".
Cela signifie, Ă ses yeux, que les fĂ©dĂ©rations doivent ĂȘtre immĂ©diatement "mobilisĂ©es" pour rĂ©server des salles et rassembler les listes Ă©lectorales, qu'il doit y avoir "des milliers de bureaux de vote et trois dĂ©bats tĂ©lĂ©visĂ©s", qu'il doit s'agir d'une primaire "citoyenne" ouverte.
Circonspecte, la présidente du PRG et ancienne ministre Sylvia Pinel a twitté vendredi soir que les "radicaux ont toujours été favorables aux primaires de la gauche. Mais pas à un simulacre ou à une parodie de primaires ...".
"Nous voulons toutes les modalitĂ©s de 2011, avec 10.000 bureaux de votes, et un filtre efficace pour distinguer les candidatures sĂ©rieuses des candidatures anecdotiques", a de son cĂŽtĂ© expliquĂ© Ă l'AFP François Kalfon, porte-parole de l'ancien ministre de l'Economie Arnaud Montebourg qui n'exclut pas d'ĂȘtre candidat.
M. Kalfon a regretté que la résolution du PS ne dise pas "en une phrase que la primaire suivra les modalités de 2011". "Renvoyer cela à une commission n'est pas de nature à nous rassurer", a-t-il dit, en pointant le risque d'une "primaire canada dry".
Ce renvoi peut d'ailleurs se lire comme une maniĂšre pour le PS de lier les mains des frondeurs tentĂ©s de dĂ©poser une seconde motion de censure du gouvernement sur la loi travail en cas de 49-3, au risque d'ĂȘtre exclus.
"Les frondeurs se retrouvent piégés: s'ils votent la censure, ils ne pourront plus agir sur la primaire", analyse un éminent responsable de la majorité.
Par Loïc VENNIN - © 2016 AFP
