Présidentielle

Quand les artistes désertent la campagne

  • PubliĂ© le 25 mars 2017 Ă  04:50
Autour de Nicolas Sarkozy (c), en meeting le 29 avril 2007 à Paris, (GàD) l'ex-champion de tennis Mansour Barami, les chanteurs Gilbert Montagné, Miss Dominique, Enrico Macias et Faudel

Les artistes, des déçus de la politique comme les autres ? A moins d'un mois de la présidentielle, peu d'acteurs, de chanteurs ou d'écrivains se sont prononcés en faveur d'un des onze candidats en lice, signe d'une réelle désaffection par rapport aux précédentes campagnes.


"Il y a clairement un désengagement. De moins en moins d'artistes souhaitent s'afficher en soutien des politiques", constate Arnaud Mercier, professeur en communication politique à l'université Paris 2 Panthéon-Assas.
"Ils sont aussi des citoyens. Eux aussi expriment leur désamour de la classe politique, ils sont déçus sur le mode +ils ne tiennent pas leurs promesses+... Pourquoi s'engager pour des gens en qui on ne croit pas ?", ajoute-t-il.
Le dramaturge Olivier Py, directeur du festival d'Avignon, confirme: "Je crois qu'on n'a pas envie d'ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ©, on veut rester libre, il y a toujours un danger d'ĂȘtre instrumentalisĂ©".
En Ă©cho, le rappeur Akhenathon, leader d'IAM, cite les rimes d'une chanson encore inĂ©dite: "On nous supplie de nous rassembler/Mais oĂč sont ceux qui nous ressemblent Ă  l'assemblĂ©e?/Devant tant de vaines dĂ©fiances/Nos affaires se referment en silence".

Pour Jamil Dakhlia, professeur en sciences de l?information Ă  l?UniversitĂ© Paris 3 Sorbonne Nouvelle, "les artistes sont aussi dans l'incertitude", d'autant que soutenir publiquement un candidat est "quelque chose de trĂšs engageant, de dĂ©terminant mĂȘme pour leur carriĂšre".
Certains payent encore leurs choix, comme le chanteur Faudel qui avait soutenu Nicolas Sarkozy en 2007 et subi les foudres d'une partie de son public.

- Contre-productif -

Autre facteur: ces appuis peuvent mĂȘme ĂȘtre sans effet pour un candidat voire mĂȘme contre-productifs, comme l'a montrĂ© la rĂ©cente Ă©lection amĂ©ricaine oĂč Hillary Clinton pouvait compter sur le soutien de Springsteen, BeyoncĂ© ou Clooney.
"Plus Clinton mobilisait Hollywood ou les rappeurs, plus ça a renforcé la position de Donald Trump qui clamait défendre le peuple contre ces gens-là", explique Arnaud Mercier, ajoutant que "Nicolas Sarkozy avait eu ce type de discours en 2007 avec deux mots cibles: +Mai-68+ et +bobo+",

Alors que SégolÚne Royal avait l'appui de Jeanne Moreau, Michel Piccoli, Cali ou Benabar, lui exhibait des stars populaires, Johnny Hallyday, Michel Sardou, Jean-Marie Bigard, Enrico Macias.
Les candidats "donneraient l'impression d'ĂȘtre dans un cadre jet-set du plus mauvais effet dans le contexte actuel", appuie Jamil Dakhlia. "On n'est plus Ă  l'Ă©poque mitterrandienne, oĂč Jack Lang Ă©tait le ministre des artistes, lesquels tiraient profit d'un vrai mĂ©cĂ©nat culturel."

Les artistes, traditionnellement plus marqués à gauche, peuvent encore se mobiliser, comme en novembre quand plusieurs ont dit "stop au Hollande-bashing !" dans une tribune. Catherine Deneuve, Juliette Binoche ou Benjamin Biolay y défendaient le président, espérant encore qu'il briguerait sa propre succession.
"Ce dont témoignait cette tribune, c'est aussi une forme de désespoir. C'est donc moins pour défendre Hollande, que ce qui reste de la gauche", estime Jamil Dakhlia.

- Mélenchon le plus soutenu -

Dans ce silence global des artistes, une se distingue: Christine Angot, qui avait exhorté il y a un mois le président à se représenter pour ne pas laisser la France aller "dans le mur". Invitée jeudi soir à débattre avec François Fillon sur France 2, la romanciÚre s'est de nouveau illustrée en accusant le candidat LR de faire un "chantage au suicide" en évoquant Pierre Bérégovoy.

Pour espérer que les candidats s'intéressent à la culture, "il faut peser, y aller, faire du lobbying", conseille Arnaud Mercier, alors que des artistes ont récemment déploré dans une tribune "le silence pesant sur la culture" dans la campagne.
Ils sont encore quelques uns, malgré tout, à soutenir des candidats ou se montrer en meeting à leurs cÎtés. C'est le cas de Juliette Binoche et Valérie Donzelli pour Benoßt Hamon ou d'Erik Orsenna ou François Berléand pour Emmanuel Macron.
Mais celui qui semble rassembler le plus de soutiens est Jean-Luc Mélenchon, avec entre autres Jacques Weber, Philippe CaubÚre, Bernard Lavilliers, Edouard Baer, l'écrivain Laurent Binet.

Contrairement à Marine Le Pen, avec le comédien Franck de La Personne, François Fillon ne s'affiche avec aucun artiste. AprÚs avoir évoqué l'an passé l'idée de voter pour lui, Renaud, lui aussi grand déçu de la politique, s'est sÚchement rétracté en février en lançant lors d'un concert: "François et sa Penelope, dehors !".

AFP

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