Architecture

Quand Starck ou Wilmotte transforment les chais bordelais

  • PubliĂ© le 7 mai 2017 Ă  11:49
Le Chùteau Pédesclaux, à Pauillac, transformé par les architectes Jean-Michel Wilmotte et Arnaud Boulain, le 31 mars 2017

Jean Nouvel au Chùteau La Dominique, Christian de Portzamparc à Cheval Blanc, Philippe Starck aux Carmes Haut-Brion. .. CélÚbres ou moins en vue, des architectes transforment les chais des grands crus bordelais en oeuvres d'art, bijoux technologiques et esthétiques à la renommée internationale.


Les deux derniers-nés, les chais des Chùteaux Beychevelle et Kirwan, grands crus classés dans le Médoc, ont été inaugurés récemment à l'occasion des primeurs, un systÚme unique de vente qui a rassemblé à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, des milliers de professionnels du vin, venus des Etats-Unis, de Chine...
"C'est une course aux armements. Il y a une image à donner, un dynamisme à montrer, quelque chose de neuf", observe le directeur général du Chùteau Beychevelle (propriété des groupes Castel et Suntory), Philippe Blanc, tout en soulignant que la motivation premiÚre reste d'ordre technique.
Dans un écrin qui rappelle la mer, en référence à l'histoire du chùteau (en vieux français Beychevelle signifiait baisse la voile, NDLR), des mùts en bois et des vagues en métal accueillent les visiteurs.
A l'intĂ©rieur, la prĂ©cision est de rigueur. Les cuves en inox plus petites et plus nombreuses qu'avant permettent de vinifier les parcelles sĂ©parĂ©ment. A ce cuvier parcellaire, baignĂ© de lumiĂšre grĂące Ă  de larges vitres, s'ajoute une technique de remplissage des cuves par gravitĂ© -et non par pompage-, censĂ©e ĂȘtre moins traumatique pour la vendange, et une maĂźtrise prĂ©cise des tempĂ©ratures.
A ces considérations techniques se greffe l'esthétisme: la pierre traditionnelle du Chùteau Angelus (Saint-Emilion) ou du chai-cathédrale du Chùteau Montrose (Saint-EstÚphe) s'oppose aux lignes épurées et contemporaines du Chùteau Pédesclaux (Pauillac), mélange de métal, bois, béton et verre imaginé par les architectes Jean-Michel Wilmotte et Arnaud Boulain.
"Cet Ă©crin-lĂ  permet de montrer le travail engagĂ©. La nouvelle architecture de PĂ©desclaux suscite l'intĂ©rĂȘt des nĂ©gociants, des Ă©quipes techniques, de nouveaux clients, de journalistes du vin, de particuliers", rĂ©sume son directeur, Vincent Bache-Gabrielsen.


- Objectif oenotourisme -


Les deux ailes de verre de la chartreuse du XVIIIe siÚcle répondent aux grandes baies vitrées du chai, dont le toit sombre semble posé sur les grandes cuves en inox, entouré de vignes. Dans le chai à barriques, les tuyaux sont cachés dans le plafond en bois.
Depuis la fin des travaux, en 2014, aprÚs son rachat par le fondateur du groupe immobilier Foncia (vendu en 2007), Jacky Lorenzetti, également propriétaire du club de rugby Racing Métro 92, ce chùteau a vu le nombre de visiteurs passer de 50 à 2.000 par an!
Misant sur l'oenotourisme, cette nouvelle gĂ©nĂ©ration de chais permet bien souvent aux amateurs de dĂ©couvrir, mĂȘme pendant les vendanges, les diffĂ©rents stades d'Ă©laboration du vin. Le ChĂąteau Kirwan propose mĂȘme une visite guidĂ©e Ă  l'aide d'une tablette.


- Plusieurs millions d'euros -


"DÚs le XIXe siÚcle, on a fait appel à de grands architectes bordelais. Les chais se ressemblent, on a des barriques, des cuves. Il faut essayer quelque chose qui va vous différencier des autres (...) C'est un cycle, tous les 25/30 ans, on refait les chais car les techniques viticoles ont changé", explique l'architecte de Kirwan, Guy Troprés, qui a également réalisé avec le Britannique Norman Foster le chai du Chùteau Margaux.
Ailleurs qu'en France, des architectes trÚs connus se sont également essayés à construire des chais, comme l'Espagnol Santiago Calatrava avec la bodega Ysios dans la Rioja espagnole ou encore les architectes suisses Herzog et de Meuron à Dominus Estate dans la Napa Valley (Etats-Unis), qui viennent dans un tout autre registre de livrer la Philharmonie de l'Elbe à Hambourg.
Autres atouts de ces nouvelles constructions qui coĂ»tent plusieurs millions d'euros: elles gĂ©nĂšrent beaucoup d'emplois et permettent des Ă©conomies, grĂące Ă  la dĂ©fiscalisation et aux subventions europĂ©ennes. Au ChĂąteau Beychevelle, ces subventions ont reprĂ©sentĂ© 5% du budget de construction des chais. Une somme certes importante mais "on aurait fait le projet, (mĂȘme) sans le fond europĂ©en", assure son directeur.
Pour d'autres, plus modestes, l'argument des aides et de la défiscalisation pour travaux, "c'était une des motivations", comme le reconnaßt Tristan Kresmann du Chùteau Latour-Martillac. Les subventions ont constitué 10 à 15% du budget du chantier, pas assez toutefois pour s'offrir, comme certains de ses voisins, un architecte de renommée internationale dont les services peuvent dépasser les 20 millions d'euros...
Cet investissement s'avĂšre malgrĂ© tout rentable en terme d'image: "Bordeaux donne le +la+ dans le monde. Ultramodernes, les chais bordelais sont en tĂȘte, devant la Californie, l'Australie ou encore l'Afrique du Sud", estime le journaliste spĂ©cialisĂ© dans le vin Jean-Charles Chapuzet, pour qui "les grands crus classĂ©s 1855 mĂšnent la danse" dans ce domaine.

Par Alexandra LESIEUR - © 2017 AFP

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