L'Inde et la France doivent signer vendredi le contrat pour la livraison de 36 avions de chasse Rafale à l'armée indienne, dont les besoins de modernisation sont criants face aux défis géopolitiques de l'Asie du Sud.
à la mi-journée, le ministre de la Défense français Jean-Yves Le Drian et son homologue indien Manohar Parrikar doivent graver dans le marbre à New Delhi l'accord intergouvernemental qui encadre cette transaction de quelque 8 milliards d'euros.
La signature marquera l'épilogue d'un feuilleton commercial de longue haleine étalé sur neuf ans, qui a connu son lot de rebondissements.
Les détails du volumineux accord, notamment le prix et la gamme complÚte des armements achetés, n'ont pas encore été rendus publics. Selon la presse locale, l'Inde débourserait au total 7,9 milliards d'euros pour ce contrat.
C'est la plus importante commande étrangÚre de l'histoire du Rafale, qui a connu des débuts difficiles à l'exportation, et plus largement de l'aéronautique militaire français.
L'arrivée des avions de chasse français devrait soulager en partie l'armée de l'air indienne, qui dénonce de longue date un équipement insuffisant et obsolÚte.
Outre la vieille inimitié avec son frÚre ennemi pakistanais, l'Inde est confrontée à la montée en puissance et l'affirmation de la Chine sur le continent asiatique.
- L'ombre de la Chine -
"Le Pakistan on peut s'en occuper. Le Pakistan, on peut montrer les muscles. Mais la Chine, on n'est pas du tout Ă la hauteur", explique Ă l'AFP l'analyste Gulshan Luthra.
La flotte indienne est pour beaucoup composée d'appareils russes en fin de vie. Leurs fréquents accidents et avaries leur valent d'ailleurs réguliÚrement le sinistre sobriquet de "cercueils volants".
Cet accord s'inscrit dans un mouvement plus large de modernisation militaire, dans lequel l'Inde compte injecter au total plus 100 milliards de dollars.
Les premiers Rafale seront livrés fin 2019, la livraison devant s'échelonner sur deux ans et demi.
Mais cette commande n'apaisera pas totalement l'armĂ©e de l'air indienne qui ne compte qu'une petite trentaine d'escadrons de 18 appareils, lĂ oĂč au moins 42 sont jugĂ©s nĂ©cessaires.
L'achat des 36 Rafale reste par ailleurs modeste en comparaison de ce qui avait été qualifié au départ de "contrat du siÚcle".
La démocratie la plus peuplée du monde avait à l'origine lancé un appel d'offres pour 126 avions de combat - dont 108 assemblés en Inde - pour lesquels elle était entrée en négociations exclusives avec Dassault, le constructeur du Rafale, en 2012.
Mais la commande n'avait jamais vu le jour, les Français refusant d'assumer la responsabilité technique - ce que réclamait New Delhi - pour tous les appareils construits en Inde.
- Volonté d'indépendance -
Actant de l'impasse des tractations, le nouveau Premier ministre indien Narendra Modi avait annulĂ© l'appel d'offres, annonçant en avril 2015 vouloir acheter directement 36 Rafale prĂȘts Ă voler et donc fabriquĂ©s en France.
L'Inde "voulait ces avions vite, car leur technologie de pointe, leurs missiles, peuvent permettre de faire une différence" stratégique, décrypte pour l'AFP Nitin A. Gokhale, spécialiste des questions de défense.
En contrepartie, Dassault va ĂȘtre cependant contractuellement obligĂ© de rĂ©investir prĂšs de la moitiĂ© des sommes perçues dans l'industrie indienne.
Le constructeur espĂšre de son cĂŽtĂ© que ce premier contrat ouvrira la voie Ă d'autres succĂšs pour le Rafale en Inde, oĂč il pourrait cette fois ĂȘtre fabriquĂ©.
"On a toutes les raisons de penser que les Indiens ont intĂ©rĂȘt Ă acquĂ©rir davantage d'avions mais pas Ă dĂ©multiplier les flottes" s'ils veulent contenir les coĂ»ts de maintenance, note-t-on au ministĂšre français de la DĂ©fense.
Le nationaliste hindou Narendra Modi affiche de son cÎté l'ambition que son pays ne soit plus, à terme, dépendant de l'étranger en matiÚre d'équipement militaire.
Pour la France, un tel contrat avec l'Inde, grande puissance d'Asie du Sud, constitue aussi une victoire diplomatique importante.
"C'est le signe de notre présence dans cette partie du monde. Avec l'Australie (qui a choisi la technologie française pour renouveler sa flotte de sous-marins), on a plus que jamais deux partenaires essentiels en Asie-Pacifique", souligne-t-on dans l'entourage de M. Le Drian.
Par Tom WILLIAMS - © 2016 AFP
0 Commentaires

