Recycler les couches : le Japon veut en remettre une couche

  • PubliĂ© le 18 avril 2026 Ă  02:56
Des couches recyclées dans une usine de recyclage à Osaki, au Japon, le 15 janvier 2026 ( AFP / Philip FONG )

Au Japon, des milliards de couches sales finissent chaque année à la décharge ou brûlées, provenant davantage des personnes ùgées que des bébés, et une initiative locale propose de les recycler en couches de seconde main.

Un projet pilote, présenté comme une premiÚre mondiale, réutilise le principal composant des couches usagées pour en fabriquer de nouvelles, avec l'espoir de désengorger les sites d'enfouissement et de répondre à une demande croissante de couches pour adultes dans un Japon vieillissant.

"La demande de couches pour bĂ©bĂ©s diminue. Mais un nombre croissant de personnes ĂągĂ©es en porte, et mĂȘme les animaux de compagnie en utilisent dĂ©sormais", explique Takahisa Takahara, prĂ©sident du fabricant japonais de produits d'hygiĂšne Unicharm, Ă  l'origine de l'initiative.

"Si nous transformons le sentiment de culpabilité lié aux produits jetables en quelque chose de positif, et que nous faisons des produits recyclés une norme, cela deviendra économiquement viable", ajoute-t-il.

Unicharm teste ce programme dans le sud du Japon, Ă  Shibushi et Ă  Osaki, deux communes qui recyclent dĂ©jĂ  80% de leurs dĂ©chets mĂ©nagers — soit quatre fois la moyenne nationale.

Ces localités, fortes d'environ 40.000 habitants, ont engagé une politique radicale il y a 25 ans face au risque de saturation de leur décharge. Résultat: le site devrait rester exploitable pendant encore quatre décennies.

Depuis 2024, les couches sont intégrées au tri sélectif et les habitants doivent utiliser des sacs spécifiques. "Notre priorité est de réduire nos déchets et de prolonger la durée de vie de la décharge", souligne un responsable local.

- Seconde main -

Les couches ainsi collectées sont broyées, lavées puis divisées entre la pulpe, le plastique et le polymÚre superabsorbant. Jusqu'ici, ces matériaux étaient recyclés en produits aux exigences sanitaires moins strictes, comme le papier toilette.

Mais l'entreprise nippone a franchi un cap en utilisant la pulpe — le composant principal — pour produire de nouvelles couches. Le procĂ©dĂ© repose sur un traitement Ă  l'ozone permettant sa stĂ©rilisation, son blanchiment et sa dĂ©sodorisation.

D'ici 2028, Unicharm espÚre aussi recycler le plastique et les polymÚres pour fabriquer des couches entiÚrement recyclées. Pour l'instant, ces couches de seconde main sont vendues localement, environ 10% plus cher que celles issues de matiÚres vierges, ou distribuées à certaines structures de soins.

L'entreprise travaille aussi à réduire la consommation d'eau du processus et vise des partenariats avec 20 municipalités d'ici 2035.

- 2,6 millions tonnes de couches sales -

Le Japon recycle moins de 20% de ses dĂ©chets, un taux trĂšs bas comparĂ© Ă  l’Allemagne (67%) ou mĂȘme Ă  la France (44%). Toutefois, la production de dĂ©chets par habitant dans l'archipel reste infĂ©rieure Ă  la moyenne de l'OCDE. Le pays se distingue Ă©galement par son recours Ă  l'incinĂ©ration pour produire de l'Ă©lectricitĂ©.

Dans cette sociĂ©tĂ© vieillissante, oĂč vivent prĂšs de 100.000 centenaires, les couches sont dĂ©sormais davantage utilisĂ©es par les seniors que par les bĂ©bĂ©s. En 2024, 9,6 milliards de couches pour adultes ont Ă©tĂ© produites contre 8 milliards pour les nourrissons selon l'Association des produits hygiĂ©niques japonais.

Selon les projections du ministÚre de l'Environnement, le Japon jettera 2,6 millions de tonnes de couches sales par an d'ici 2030, contre environ 2,2 millions en 2020. Leur part dans les déchets devrait ainsi atteindre 7,1 %, contre 5,2% en 2020.

Face Ă  cet enjeu, le gouvernement souhaiterait qu'au moins une centaine de municipalitĂ©s lancent des programmes de recyclage des couches d'ici 2030 — ou, Ă  dĂ©faut, engagent une rĂ©flexion sur le sujet. 

AFP

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