Sport

Remettre Ă  l'eau le voilier de Jacques Brel, le projet "fou" d'une fratrie flamande

  • PubliĂ© le 17 avril 2018 Ă  08:54
  • ActualisĂ© le 17 avril 2018 Ă  09:51
Une maquette de l'Askoy II ayant appartenu au chanteur Jacques Brel, le 3 avril 2018 dans l'atelier des frĂšres qui veulent le restaurer, Ă  Zeebruges, en Belgique

En 1974, Jacques Brel largue les amarres depuis le port belge d'Anvers pour rallier les tropiques sur un grand voilier.

Quarante ans plus tard, la famille flamande qui avait vendu les voiles au chanteur a récupéré l'épave du bateau et projette de le ressusciter.

Grand artisan du projet, Piet Wittevrongel, 70 ans, a les yeux qui pĂ©tillent en racontant Ă  l'AFP la genĂšse de ce projet, dans un hangar du port de Zeebruges (nord de la Belgique) oĂč est hĂ©bergĂ© ce chantier naval.
Au dĂ©part, c'est l'histoire d'un voilier belge qui traverse deux ocĂ©ans, s'arrĂȘte longuement aux Ăźles Marquises, en PolynĂ©sie française, oĂč Brel a passĂ© la fin de sa vie avec sa compagne Maddly Bamy... Puis vogue Ă  nouveau, avec d'autres propriĂ©taires aux commandes, vers la Californie et les Ăźles Fidji, avant de s'Ă©chouer sur une plage de Nouvelle-ZĂ©lande.
C'est là que les Wittevrongel, Piet et son frÚre aßné Staf, retrouvent dans les années 2000 l'épave ensablée de l'Askoy II.
Tous deux se sentent intimement liés à cette épopée maritime. C'est en effet dans la voilerie familiale située à Blankenberge que leur compatriote Jacques Brel est venu s'équiper avant de partir. Les frÚres décident de rapatrier l'épave sur le littoral flamand pour la rénover entiÚrement en vue d'une remise à l'eau.

-"Un peu soixante-huitard" -

"Tout le monde disait qu'on était fous", raconte aujourd'hui Piet, en décrivant les trois essais nécessaires avant de parvenir à libérer l'épave du sable.
Le voilier de 20 mÚtres, décrit dans les années 60 par les spécialistes comme un des plus beaux yachts du monde, n'est alors plus qu'une coque vide, rongée par la rouille. Les deux mùts et les boiseries intérieures ont disparu.
Mais "l'entĂȘtement" Ă  sauver l'Askoy II est assumĂ© par les Wittevrongel. Car chacun a sa prioritĂ© en tĂȘte en termes de rĂ©surrection: "Pour mon frĂšre c'Ă©tait le bateau, et pour moi c'Ă©tait Brel", poursuit le cadet.
Parsemant ses propos d'anecdotes et de paroles du chanteur disparu en 1978, le septuagénaire présente ce dernier comme "un de (ses) pÚres spirituels".

"J'ai été éduqué avec les chansons de Brel, je suis un peu un soixante-huitard", dit-il en riant. Avec le souvenir intact d'avoir croisé dans le magasin familial il y a 44 ans "un homme trÚs simple, trÚs aimable", ayant "beaucoup d'humour".
Dans le hangar qui abrite la rénovation de l'Askoy II, à la coque désormais repeinte comme à l'origine, bicolore rouge et bleue, une sorte de mini-galerie d'art à la gloire de l'icÎne belge a vu le jour.
Des dessins encadrés représentant Brel attendent un improbable acheteur et prennent la poussiÚre du bois non loin de l'établi de Michel, un menuisier octogénaire qui a mis sa retraite entre parenthÚses pour reconstruire les cabines.

L'objectif, explique Piet, est de sortir le bateau du hangar le 9 octobre 2018, pour le 40e anniversaire de la mort de l'artiste, puis de tenter une mise Ă  l'eau le 8 avril 2019, date Ă  laquelle il aurait eu 90 ans.

- "Le moteur marche" -

"Peut-ĂȘtre qu'il sera mis Ă  l'eau seulement avec la cabine arriĂšre terminĂ©e, mais on pourra naviguer", assure-t-il, "le moteur marche".
Le cadet des Wittevrongel admet que le financement du chantier reste incertain, d'oĂč sa lente progression, "au fur et Ă  mesure qu'on reçoit un peu de sous".
Ni les institutions publiques, ni la Fondation Jacques Brel, qui gÚre depuis Bruxelles son héritage, n'ont souhaité s'associer au projet.
La fondation, animée par France Brel, une des filles du chanteur nées de son union avec son épouse "Miche", "a pour vocation de s'occuper de l'oeuvre de Jacques Brel", a assuré à l'AFP le mari de France, Francis de Laveleye.
"Nous n'avons jamais fait le moindre reproche Ă  ces gens mais pourquoi aider Ă  restaurer un bateau qui n'a servi que quelques mois Ă  Jacques Brel?", s'interroge-t-il.
Piet Wittevrongel y voit de son cÎté l'expression de "tensions" qui persistent à l'égard de Maddly Bamy, la derniÚre compagne du chanteur, partenaire de l'aventure sur l'Askoy II et des années aux Marquises.

AFP

guest
0 Commentaires