Respirer un air pollué au travail peut causer une maladie respiratoire grave, dit une agence sanitaire

  • PubliĂ© le 21 novembre 2025 Ă  12:54
Des travailleurs dans la fonderie Marly prĂšs de Valenciennes, dans le Nord, le 23 janvier 2020 ( AFP / FRANCOIS LO PRESTI )

Être exposĂ© Ă  des polluants, vapeurs, gaz, particules ou fumĂ©es, en travaillant dans l'agriculture ou l'industrie peut causer une BPCO, une maladie respiratoire "souvent associĂ©e au tabagisme" et "largement sous-diagnostiquĂ©e" en France, dont la reconnaissance de l'origine professionnelle doit ĂȘtre amĂ©liorĂ©e, affirme une agence sanitaire.

Dans un avis publié mercredi, fondé sur l'analyse des études scientifiques existantes, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) établit "un lien causal avéré entre les expositions professionnelles aux vapeurs, gaz, particules, fumées (ou VGPF) et le développement de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une maladie grave, quatriÚme cause de décÚs dans le monde.

Celle-ci se manifeste par des symptÎmes respiratoires chroniques - essoufflement progressif, toux, infections respiratoires à répétition - et provoque "un déclin accéléré de la fonction respiratoire" puis l'apparition d'autres affections concomitantes: infections pulmonaires, problÚmes cardiaques.

"En raison de sa progression insidieuse et lente", cette maladie respiratoire est "fortement sous-diagnostiquée" et les patients "consultent souvent tardivement, lorsque leur capacité respiratoire est déjà significativement altérée", souligne l'Anses.

A la veille de la journĂ©e mondiale de la BPCO, l'agence sanitaire annonce avoir Ă©tabli, en analysant de nombreuses Ă©tudes sur des travailleurs, que cette affection peut ĂȘtre causĂ©e lors d'une exposition professionnelle aux VGPF. Cet indicateur regroupe une grande variĂ©tĂ© de polluants Ă©mis dans l'air.

Il s'agit de particules minérales (silice, charbon...), de particules organiques (végétaux, moisissures...), de gaz, de vapeurs et de fumées, provenant de "réactions thermiques ou chimiques, d'actions mécaniques ou de combustion de matériaux".

Les métiers exposés se retrouvent dans de nombreux secteurs: mines et carriÚres, travaux de BTP, fonderies, sidérurgie, cokeries, industries textile et chimique, secteur agricole.

"Nous avons identifiĂ© un certain nombre de travaux exposants: ceux impliquant de manipuler des vĂ©gĂ©taux, d'intervenir dans des locaux hĂ©bergeant des animaux, ou encore des procĂ©dĂ©s de meulage, de ponçage oĂč la dĂ©gradation thermique met des particules en suspension", explique Ă  l'AFP Amandine Paillat, adjointe Ă  la cheffe de l'unitĂ© d'Ă©valuation des risques liĂ©s Ă  l'air au sein de l'Anses.

- Batailles féroces -

Si "le tabagisme, y compris passif, est le principal facteur de risque identifié" aujourd'hui, des études estiment à "environ 15% la part des BPCO d'origine professionnelle" et montrent que certains secteurs agricoles et industriels sont "associés à un risque accru de survenue de cette pathologie".

Au vu des données scientifiques et "face à la variété des polluants et des travaux" susceptibles de la provoquer, l'Anses recommande "la mise en discussion de la création d'un tableau unique de maladie professionnelle" pour la BPCO.

Car il existe aujourd'hui des tableaux pour les seules "infections respiratoires consécutives à l'inhalation de poussiÚre de textile végétal" ainsi que pour "la BPCO du mineur de charbon et celle du mineur de fer", précise Mme Paillat.

Créer un tableau unique permettra de faciliter les démarches de reconnaissance des malades.

Une maladie est dite "professionnelle" lorsqu'elle est la conséquence de l'exposition habituelle d'un travailleur à un risque physique, chimique ou biologique et si elle figure dans l'un des tableaux -souvent obsolÚtes car rarement mis à jour- du régime général ou agricole de la Sécurité sociale, issus de la négociation entre syndicats et patronat.

Quand il n'existe pas de tableau, des médecins étudient le dossier et se prononcent sur le lien entre le travail et la pathologie, dans un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Le travailleur doit alors prouver un "lien direct et essentiel" entre les deux.

Mais "la crĂ©ation ou la modification de tableaux de maladies professionnelles, objet de batailles fĂ©roces au sein de la commission" oĂč siĂšgent des reprĂ©sentants des travailleurs et des employeurs, "est extrĂȘmement lente, toujours en dĂ©calage avec les connaissances mĂ©dicales et scientifiques", observe l'historienne et sociologue Anne Marchand dans "Mourir de son travail aujourd'hui, un flĂ©au Ă©vitable" (Ă©ditions de l'Atelier).

"Il faut réduire le sous-diagnostic de cette maladie", résume Mme Paillat, "la prendre en charge plus précocement" avec un meilleur dépistage, chez le généraliste et par la médecine du travail. 

AFP

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