Alimentation

Restauration rapide: le poulet a la cote, mais quid de ses conditions d'élevage?

  • PubliĂ© le 8 avril 2023 Ă  13:52
  • ActualisĂ© le 8 avril 2023 Ă  15:30
La consommation de poulet augmente en France, ce qui pose la question des sources d'approvisionnement et des conditions d'élevage

La consommation de poulet augmente en France, notamment dans la restauration rapide oĂč de nouvelles enseignes naissent, ce qui pose la question des sources d'approvisionnement et des conditions d'Ă©levage, alors que la Commission europĂ©enne doit rĂ©viser sa lĂ©gislation sur le bien-ĂȘtre animal.

L'an dernier, la France est devenue le premier pays consommateur de poulet en Europe devant l'Allemagne et l'Espagne, avec plus de 28 kg consommés par personne en moyenne: cette viande reste l'une des moins chÚres, bien qu'elle n'ait pas été épargnée par l'inflation (+18%, selon l'Insee).

Signe de cet engouement, dans la restauration rapide apparaissent de nouvelles franchises, comme la chaßne coréenne de poulet frit Bonchon qui a ouvert son premier restaurant à Paris en mars. Le groupe Napaqaro (Buffalo Grill, Courtepaille) a, lui, lancé dans la capitale la franchise américaine Popeyes Louisiana Kitchen en février et vise 300 établissements d'ici 2030.

"Le poulet a le vent en poupe: c'est une protéine intéressante nutritionnellement et peu émettrice de carbone", dit à l'AFP Isabelle Herman, directrice générale du géant américain Kentucky Fried Chicken (KFC) qui compte 328 restaurants dans l'Hexagone et dit avoir "encore un beau potentiel d'ouvertures", aprÚs avoir créé 25 établissements l'an dernier.

Pour soutenir ce développement, KFC a noué un partenariat avec le volailler LDC (poulets de Loué, Le Gaulois) qui lui a permis de doubler ses approvisionnements de poulet tricolore, à 47% du total. Le reste provient "surtout des Pays-Bas et de Pologne", précise-t-elle.

Le groupe est fier de cet effort dans "un contexte économique compliqué", affirme Mme Herman. "Nos franchisés ont dû accepter de réduire leur marge, puisqu'on n'a intégré dans nos prix consommateurs que la moitié de l'inflation, qui était de 25% sur nos coûts de matiÚre premiÚre, soit en moyenne 11-12%".

De son cÎté McDonald's indique s'approvisionner en France, auprÚs de 219 éleveurs, pour les deux tiers (18.000 tonnes par an) de ses besoins en poulet, et pour le reste, surtout en Allemagne et aux Pays-Bas.

L'enseigne s'est engagée à ce que "100% des poulets de sa filiÚre française soient élevés dans des bùtiments (...) dotés de lumiÚre naturelle dans un environnement "favorisant les comportements naturels", dont le perchage et les bains de poussiÚre, dit-elle à l'AFP.

- Densité de poulet par mÚtre carré -

KFC France promet que "d'ici 2026", 100% de son approvisionnement en poulet sera issu d'élevages et d'abattoirs respectant les critÚres du "Better Chicken Commitment", un socle de critÚres défendu par les ONG de protection animale: moindre densité des élevages, meilleur environnement, absence de cages, abattage moins cruel...

Mais KFC ne s'est "pas engagé à inclure une part minimale de plein air dans ses approvisionnements", déplore l'association de protection des animaux d'élevage Welfarm.

Celle-ci s'est réjouie de voir le Jury de déontologie publicitaire, le 13 mars, s'alarmer d'une publicité de l'enseigne pour la "Crispy Box" de KFC mettant en scÚne "un poulet effectuant des rebonds sur le ventre d'une vache (...) dans un cadre bucolique", alors que les volailles "sont élevées en bùtiments en claustration permanente", relÚve Welfarm.

Cette publicité "est de nature à induire le public en erreur sur la réalité des conditions d'élevage des poulets utilisés par KFC", a estimé le Jury.

Mais dans la rĂ©alitĂ©, l'amĂ©lioration du bien-ĂȘtre des poulets est-elle en route?

Alors que la Commission europĂ©enne doit rĂ©viser bientĂŽt sa lĂ©gislation sur le bien-ĂȘtre animal, l'AutoritĂ© europĂ©enne de sĂ©curitĂ© des aliments (EFSA) a notamment recommandĂ© de rĂ©duire la densitĂ© de poulets dans les Ă©levages, estimant qu'une densitĂ© supĂ©rieure Ă  11 kg par mĂštre carrĂ© leur Ă©tait prĂ©judiciable.

La limite pour les poulets d'entrée de gamme est actuellement de 33 kg au m2 (soit environ 17 poulets au m2) et jusqu'à 42 kg sur dérogation.

Ces prĂ©conisations, jugĂ©es minimales par les ONG de protection animale qui attendent un durcissement de la rĂ©glementation europĂ©enne, sont rejetĂ©es par les organisations agricoles europĂ©ennes (Copa-Cogeca, AVEC...), qui alertent sur un risque de "disparition de la majeure partie du secteur avicole europĂ©en, viande et Ɠufs confondus", dans un contexte de vive concurrence entre pays producteurs.

Car aux dires des professionnels français de la volaille rĂ©unis dans l'Anvol, la filiĂšre est "submergĂ©e par les importations": la moitiĂ© du poulet consommĂ© en France — qui compte 14.000 Ă©levages —, est dĂ©sormais importĂ©e, contre un quart en 2000.

AFP

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