Justice

Rétractation de Takieddine: Nicolas Sarkozy mis en examen

  • PubliĂ© le 6 octobre 2023 Ă  16:30
  • ActualisĂ© le 6 octobre 2023 Ă  19:47
  L'ancien président Nicolas Sarkozy, le 25 août 2023 à Arcachon, en Gironde, à la sortie d'une séance de dédidac ( AFP / Christophe ARCHAMBAULT )

L'ancien prĂ©sident Nicolas Sarkozy a Ă©tĂ© mis en examen vendredi par deux juges d'instruction qui l'interrogeaient depuis mardi dans l'enquĂȘte sur de possibles manƓuvres frauduleuses pour le disculper des soupçons de financement libyen de sa campagne prĂ©sidentielle 2007.

L'ex-chef de l'Etat (2007-2012), arrivé en voiture vers 09H40 au tribunal judiciaire de Paris, a été mis en examen pour recel de subornation de témoin et association de malfaiteurs en vue de la préparation d'escroqueries au jugement en bande organisée, a indiqué à l'AFP une source judiciaire.

Cette décision ouvre la voie à un possible nouveau procÚs pour la figure de proue de la droite française.

Elle a été prise au terme d'une trentaine d'heures d'interrogatoire au total sur trois jours et demi, mené par deux magistrats financiers chargés de cette information judiciaire ouverte en mai 2021 sur cette opération, appelée "Sauver Sarkozy" par l'un des mis en cause.

Par cette mise en examen, les juges signifient qu'ils estiment disposer de suffisamment d'indices graves ou concordants quant Ă  sa participation aux manƓuvres Ă©laborĂ©es par au moins neuf autres protagonistes impliquĂ©s Ă  des degrĂ©s et moments divers, possiblement en leur donnant son aval.

Parmi les mis en cause, la reine des paparazzis Mimi Marchand, l'intermédiaire Noël Dubus, déjà condamné pour escroquerie, le puissant chef d'entreprise David Layani, etc. Les poursuites contre le financier Pierre Reynaud, mort en mai, sont éteintes.

La premiÚre étape de l'opération aurait d'abord consisté à obtenir la rétractation des accusations contre Nicolas Sarkozy du sulfureux intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, fin 2020 en échange d'une possible rémunération.

Ce revirement avait donnĂ© lieu Ă  une retentissante interview sur BFMTV et Paris Match, point de dĂ©part de l'enquĂȘte.

Puis, au premier semestre 2021, certains des mis en cause auraient tenté d'obtenir une preuve que le retentissant document libyen publié dans l'entre-deux-tours de la présidentielle 2012 par Mediapart et évoquant un financement à hauteur de 50 millions d'euros était un faux.

D'aprÚs la source judiciaire, M. Sarkozy a par ailleurs été placé sous statut de témoin assisté pour l'infraction de participation à une association de malfaiteurs en vue de commettre l'infraction de corruption active de personnel judiciaire étranger au Liban.

Certains protagonistes de cette opération sont en effet soupçonnés d'avoir tenté de corrompre des magistrats libanais pour qu'ils libÚrent un fils Kadhafi détenu dans ce pays, afin que la famille du défunt dictateur libyen facilite la mise hors de cause de M. Sarkozy.

Pour les enquĂȘteurs, selon un chiffrage rĂ©cemment Ă©tabli, au moins 608.000 euros auraient pu ĂȘtre utilisĂ©s pour l'ensemble de l'opĂ©ration, dont les protagonistes contestent la teneur frauduleuse.

- "Folie" -

Entendu en juin par les enquĂȘteurs de l'Oclciff, spĂ©cialisĂ©s dans les affaires financiĂšres, l'ex-prĂ©sident a certes dit avoir Ă©tĂ© informĂ© par Mimi Marchand en octobre 2020, soit un mois avant que l'information ne soit publique, d'un souhait de M. Takieddine de changer de version.

Mais selon ses auditions dĂ©voilĂ©es par LibĂ©ration et consultĂ©es par l'AFP, M. Sarkozy a assurĂ© que "l'idĂ©e mĂȘme que je puisse pousser directement ou indirectement au financement des pieds nickelĂ©s est une idĂ©e folle".

"Aucun élément concret matériel, de téléphonie, ne peut (l)'incriminer dans cette folie, ni de prÚs, de ni de loin", a garanti l'ancien chef de l'Etat.

Longuement interrogé sur son agenda et sa téléphonie de la fin 2020 et du début 2021, qui suggÚrent des rendez-vous ou conversations à des moments-clés avec des protagonistes du dossier, M. Sarkozy a évoqué quelques "coïncidences" mais nié tout contact significatif.

Pour lui, "toute cette petite bande n'a que pour seule prĂ©occupation de se faire mousser les uns par rapport aux autres" en prĂ©tendant ĂȘtre en contact avec lui.

Cette décision des magistrats vient alourdir l'agenda judiciaire déjà chargé de M. Sarkozy, qui sera samedi matin dans son fief de Neuilly-sur-Seine pour la promotion de son dernier livre "Le temps des combats" (Ed. Fayard).

Outre le procÚs du financement libyen, prévu début 2025, il sera jugé en novembre en appel dans le dossier Bygmalion.

L'affaire dite "Bismuth" pourrait, elle, faire l'objet d'un nouveau procÚs, pour raisons procédurales.

AFP

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