Nouvelle mobilisation

Retraites: les syndicats Ă  la recherche d'une porte de sortie

  • PubliĂ© le 8 fĂ©vrier 2020 Ă  10:23
  • ActualisĂ© le 8 fĂ©vrier 2020 Ă  10:46
Philippe Martinez vient soutenir des militants CGT opposés à la réforme des retraites qui bloquent un centre d'incinération à Saint-Ouen, le 6 février 2020

La mobilisation contre la rĂ©forme des retraites se poursuit dans la rue, de mĂȘme que les tractations au Parlement et dans le cadre de la confĂ©rence de financement. Mais dĂ©jĂ  les syndicats cherchent une porte de sortie "convenable" sur ce dossier ultra-sensible.

Tous "sont mis en tension" par cette réforme, estime Baptiste Giraud, maßtre de conférences en science politique à l'université d'Aix-Marseille.

Qu'ils y soient opposés, à l'image des syndicats CGT, FO ou CFE-CGC, fragilisés "par leurs limites dans la capacité à mobiliser". Ou qu'ils soutiennent le systÚme "universel" par points - mais pas dans la mouture proposée par le gouvernement -, comme la CFDT, la CFTC et l'Unsa.

Eux sont "mis en tension par la politique gouvernementale à faire peu de cas de la parole syndicale, y compris de la parole syndicale réformiste", ajoute le chercheur.

Longtemps ignorĂ©e par l'exĂ©cutif, la CFDT peut se fĂ©liciter d'avoir obtenu la confĂ©rence de financement, censĂ©e trouver d'ici avril des mesures permettant d'atteindre l'Ă©quilibre financier du systĂšme de retraite en 2027. Ce peut ĂȘtre "une porte de sortie" pour le camp "rĂ©formiste", estime M. Giraud.

Mais c'est aussi "la derniÚre chance pour le dialogue social", considÚre Cyril Chabanier, président de la CFTC. "Si les partenaires sociaux n'arrivent pas à trouver un compromis, on va donner du grain à moudre à ceux qui disent qu'il n'y a que la violence qui peut permettre d'obtenir des choses", ajoute-t-il. Il sent toutefois "que des choses bougent, y compris chez les députés LREM".

Mais pour M. Giraud, "l'apparent compromis proposĂ© par le gouvernement sur l'Ăąge pivot et la confĂ©rence obligent l'Unsa et la CFDT Ă  avaler de grosses couleuvres, que ce soit sur la pĂ©nibilitĂ©, oĂč il n'y a aucune visibilitĂ©, sur la promesse de revalorisation des salaires des professeurs ou sur les mesures d'Ăąge".

- "Comment on atterrit?" -

Laurent Berger est "pris dans un dilemme", selon lui: "rompre le lien avec le gouvernement et le patronat revient Ă  dire qu'il n'est plus possible de nĂ©gocier avec le gouvernement, et Ă  lĂ©gitimer le discours de la CGT. Dans le mĂȘme temps, la CFDT n'est plus en Ă©tat de mobiliser aussi facilement que la CGT".

Or une partie de la base "cédétiste" est mal à l'aise avec la position de son patron: "ça discute sec en interne sur le syndicalisme d'accompagnement. Il y a beaucoup de crispations", dit un syndicaliste proche de la CFDT.

D'oĂč la recrudescence des mises en garde de Laurent Berger vis-Ă -vis du gouvernement. Vendredi, il a prĂ©venu que si ses revendications n'Ă©taient pas entendues, "on dirait que la rĂ©forme des retraites a Ă©tĂ© plantĂ©e par le gouvernement".

Du cÎté des syndicats opposés à la réforme aussi, les interrogations sont nombreuses sur la sortie du conflit, alors qu'ils n'ont pas obtenu le retrait du texte.
A la CGT, la mobilisation de plus de deux mois est perçue comme "une séquence favorable", selon un secrétaire national, y compris pour Philippe Martinez, sorti éreinté aprÚs un congrÚs compliqué en mai 2019.

"J'ai jamais vu autant d'adhésions en trois mois! La CGT est revenue au centre du jeu. Mais il y aussi la vérité des prix: la CGT n'est plus capable de bloquer la France", souligne le responsable cégétiste.

Trop tĂŽt pour tirer un bilan, selon lui. "Mais aprĂšs une mobilisation aussi inĂ©dite, comment on atterrit?", interroge-t-il. MĂȘme questionnement Ă  Force ouvriĂšre.

Yves "Veyrier a rĂ©ussi le tour de force d'avoir tout le monde derriĂšre lui", assure un responsable FO. Contrairement Ă  2017 oĂč le refus de l'ex-numĂ©ro un Jean-Claude Mailly de s'associer Ă  la CGT contre la rĂ©forme du code du travail avait dĂ©clenchĂ© une crise interne. Lors de son Ă©lection fin 2018, Yves Veyrier avait la rĂ©putation d'ĂȘtre "Macron-compatible", rappelle le responsable.

Cette rĂ©forme reprĂ©sente aussi "un baptĂȘme du feu qui permet Ă  Yves Veyrier d'exister publiquement et mĂ©diatiquement", ajoute M. Giraud.

"Le soutien de la population ne s'est pas érodé. Faut qu'on sorte le plus convenablement possible du mouvement. Mais comment?", ajoute le responsable FO, tablant sur des actions jusqu'au vote du projet au Parlement.

 AFP

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