Architecte star

Ricardo Bofill, ou l'obsession de mettre l'humain au coeur de l'espace

  • PubliĂ© le 14 janvier 2022 Ă  18:34
  • ActualisĂ© le 14 janvier 2022 Ă  18:47
Le bùtiment "L'Arc", dessiné par l'architecte espagnol Ricardo Bofill, le 18 avril 2014 à Noisy-le-Grand (France), prÚs de Paris

"Architecte star", trĂšs renommĂ© -mais parfois critiquĂ© - en France, l'Espagnol Ricardo Bofill, dĂ©cĂ©dĂ© vendredi Ă  82 ans de complications liĂ©es au Covid-19, a signĂ© des centaines de rĂ©alisations dans le monde, avec pour obsession de mettre l'ĂȘtre humain au centre de l'espace.

"L'architecture est la victoire de l'homme sur l’irrationnel", aimait-il dire, portĂ© par l'obsession de crĂ©er un "langage" architectural diffĂ©rent organisant l'espace autour de l'ĂȘtre humain.

Au fil de sa carriÚre, Bofill est entré dans le club trÚs fermé des "architectes-stars" dont font partie Norman Foster, Renzo Piano ou Jean Nouvel.

"Le +star system+ m'a attrapĂ© en France en 1974. A cette Ă©poque, les architectes commençaient Ă  ĂȘtre importants, Ă  avoir un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant dans la sociĂ©tĂ©, et cela m'a forgĂ© une grande rĂ©putation", affirmait-il dans un entretien publiĂ© en mai 2020 par le quotidien espagnol ABC.

- Anti-franquiste -

NĂ© le 5 dĂ©cembre 1939 Ă  Barcelone (nord-est de l'Espagne) d'un pĂšre architecte catalan et d'une mĂšre vĂ©nitienne, Ricardo Bofill Levi entre en 1957 Ă  l'Ecole d'architecture de la ville, d'oĂč il est exclu pour militantisme anti-franquiste, avant de poursuivre ses Ă©tudes Ă  GenĂšve (Suisse).

De retour dans sa ville natale, dans une Espagne toujours sous la coupe du dictateur Francisco Franco (de 1936 à 1975), il fait partie avec d'autres jeunes intellectuels (architectes, ingénieurs, écrivains, cinéastes, sociologues et philosophes) d'un groupe baptisé la "Gauche divine" et crée en 1963 son atelier d'architecture, le "Ricardo Bofill Taller de Arquitectura".

Cet atelier, installé dans une vieille cimenterie de la périphérie de Barcelone, avec des antennes à Paris, Montpellier (France), New York (Etats-unis), Tokyo, Chicago (Etats-Unis) ou Pékin, a signé plus de 1.000 projets dans le monde entier.

- Quartiers entiers en France -

On doit notamment à l'atelier de Ricardo Bofill l'aéroport de Barcelone, le Théùtre national de Catalogne, le Palais des CongrÚs à Madrid ou les gratte-ciel Donnelley et Dearborn à Chicago.

En France, oĂč il est particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©, Bofill a signĂ© de grands ensembles d'habitat social, comme les Espaces d'Abraxas Ă  Noisy-le-Grand, en banlieue de Paris, oĂč ont Ă©tĂ© tournĂ©es plusieurs scĂšnes de "Brazil", film culte d'anticipation de Terry Gilliam (1985), ou le quartier Antigone Ă  Montpellier (sud).

Avec pour ambition de créer des utopies urbaines "dans un langage classique hautement monumental à une échelle jamais vue auparavant", écrit Douglas Murphy dans le livre "Ricardo Bofill: Visions of Architecture".

Mais sur le terrain, dĂ©gradĂ©s et critiquĂ©s par certains habitants, les Espaces d'Abraxas ont bien failli ĂȘtre dĂ©molis. "Les dĂ©molir serait un manque de culture", avait estimĂ© Ricardo Bofill dans un entretien au quotidien français Le Monde en 2014. Tout en reconnaissant n'avoir "pas rĂ©ussi Ă  changer la ville".

Fait docteur honoris causa par l'UniversitĂ© polytechnique de Catalogne en septembre dernier, Bofill avait alors soulignĂ© que "face au modĂšle de ville dortoir", il avait fait "le pari de crĂ©er des quartiers avec des fonctions mĂȘlĂ©es, mais toujours en dĂ©fendant la continuitĂ© urbaine, la rue et la place" comme lieu de vie sociale.

A un moment oĂč, aux Etats-Unis en particulier, les centre-villes disparaissaient pour laisser la place Ă  la voiture et Ă  des centres commerciaux.

- Villages touaregs -

Obsédé par l'organisation de l'espace, Ricardo Bofill s'est inspiré notamment de l'architecte italien Andrea Palladio, de la Renaissance, ou encore des architectes français des XVIIe et XVIIIe siÚcles François Mansart et Claude-Nicolas Ledoux.

Mais aussi de villages touaregs oĂč ce "nomade" autoproclamĂ© est allĂ© chercher des idĂ©es au dĂ©but de sa carriĂšre. "Je crois savoir faire deux choses: (...) concevoir des villes (...) et tenter d'inventer des langages architectoniques diffĂ©rents et ne jamais les rĂ©pĂ©ter", soulignait-il en juin dernier lors d'une confĂ©rence Ă  Barcelone.

Un rejet de la rĂ©pĂ©tition qui lui faisait aimer Antonio GaudĂ­, Catalan comme lui, qu'il qualifiait de "plus grand gĂ©nie de l'histoire" qui "ne rĂ©pĂ©tait jamais deux Ă©lĂ©ments ou formes". RĂ©compensĂ© par de nombreux prix d'architecture internationaux, Ricardo Bofill Ă©tait officier de l’ordre des Arts et des Lettres français.

AFP

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