AprĂšs plus de trois annĂ©es d'enquĂȘte, les juges chargĂ©s de l'enquĂȘte sur la commercialisation de l'anti-Ă©pileptique DĂ©pakine ont mis Sanofi en examen pour "tromperie aggravĂ©e et "blessures involontaires", a annoncĂ© le groupe pharmaceutique lundi soir.
L'enquĂȘte, ouverte en septembre 2016, visait Ă Ă©tablir s'il y avait eu "tromperie sur les risques inhĂ©rents Ă l'utilisation du produit et les prĂ©cautions Ă prendre ayant eu pour consĂ©quence de rendre son utilisation dangereuse pour la santĂ© de l'ĂȘtre humain" et couvrait la pĂ©riode allant de 1990 Ă avril 2015.
La molĂ©cule en cause, le valproate de sodium, est commercialisĂ©e depuis 1967 sous la marque DĂ©pakine par Sanofi, mais aussi sous des marques gĂ©nĂ©riques, et est prescrite aux personnes souffrant de troubles bipolaires. Elle prĂ©sente nĂ©anmoins un risque Ă©levĂ© de malformations congĂ©nitales sur le f?tus si elle est prise par une femme enceinte. L'enquĂȘte faisait suite Ă une procĂ©dure lancĂ©e en mai 2016 Ă l'initiative de l'Association d'aide aux parents d'enfants souffrant du syndrome de l'anti-convulsivant (Apesac), qui reprĂ©sente 4.000 personnes, pour moitiĂ© des enfants malades, et s'appuyant sur 14 cas de mĂšres ayant reçu de la DĂ©pakine lors de leur grossesse.
"C'est un retournement du dossier, qui jusqu'ici n'avançait pas beaucoup", s'est rĂ©joui Me Charles Joseph-Oudin, l'avocat de l'Apesac, joint par l'AFP. "Sanofi s'arc-boute sur une position de dĂ©ni de responsabilitĂ© qui est de plus en plus difficilement tenable", a ajoutĂ© l'avocat. Selon lui, une quarantaine de personnes ont dĂ©posĂ© une plainte au pĂ©nal dans ce dossier "d'une gravitĂ© extrĂȘme et qui concerne en rĂ©alitĂ© des milliers de victimes".
Sanofi, pour sa part, a estimé dans un communiqué que cette mise en examen lui permettrait "de faire valoir tous ses moyens de défense et sera l'occasion de démontrer qu'il a respecté son obligation d'information et fait preuve de transparence".
- Reproche de "faible réactivité" -
Sanofi a par ailleurs assurĂ© qu'il "continuera de coopĂ©rer pleinement avec les autoritĂ©s judiciaires et a toute confiance dans les suites de la procĂ©dure". L'ouverture de l'instruction faisait suite Ă une enquĂȘte prĂ©liminaire menĂ©e sous l'autoritĂ© du parquet depuis septembre 2015, aprĂšs les premiĂšres plaintes de victimes.
Dans un rapport de février 2015, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) avait estimé que Sanofi, mais également l'Agence du médicament (ANSM) avaient fait preuve d'une "faible réactivité" et n'avaient pas suffisamment informé des risques connus pour les patientes enceintes. Lorsqu'une femme enceinte prend ce médicament, son enfant présente un risque élevé - de l'ordre de 10% - de malformations congénitales, ainsi qu'un risque accru d'autisme et de retards intellectuels et/ou de la marche, pouvant atteindre jusqu'à 40% des enfants exposés.
Le groupe soutient avoir toujours respecté ses obligations d'information et avoir averti les autorités de santé dÚs le début des années 1980 sur les risques de malformation du f?tus, et dÚs 2003 sur les risques neurodéveloppementaux, mais sans réaction immédiate des autorités.
La Dépakine et ses dérivés ont provoqué depuis 1967 des malformations congénitales graves chez 2.150 à 4.100 enfants, selon une évaluation de l'ANSM et de l'Assurance maladie. L'épidémiologiste Catherine Hill avance le chiffre de 14.000 victimes, en prenant en compte les enfants souffrant de retards de développement.
Sanofi s'est retrouvĂ© au coeur d'un autre scandale liĂ© Ă la DĂ©pakine, environnemental celui-ci, alors que son usine chimique de Mourenx (PyrĂ©nĂ©es-Atlantiques), oĂč Ă©tait notamment produit le mĂ©dicament, a Ă©tĂ© mise en cause en 2018 pour des Ă©missions hors norme de rejets toxiques.
Selon l'association France Nature Environnement (FNE) le site rejetait des "matiĂšres dangereuses Ă des taux astronomiques", dont du bromopropane, qui entre dans la composition du valproate de sodium. Le groupe avait alors dĂ©cidĂ© d'arrĂȘter la production afin de rĂ©aliser les amĂ©liorations techniques nĂ©cessaires pour un retour Ă la normale.
AFP

