Le procĂšs doit durer jusqu'au 22 juin

Sarkozy de retour au tribunal pour le procĂšs Bygmalion

  • PubliĂ© le 20 mai 2021 Ă  11:32
  • ActualisĂ© le 20 mai 2021 Ă  14:15
Nicolas Sarkozy quitte son domicile le 20 mai 2021

AprÚs un faux départ du procÚs Bygmalion en mars, Nicolas Sarkozy est de retour au tribunal.

L'ancien président est jugé à partir de jeudi pour les dépenses excessives de sa campagne présidentielle de 2012, un mois et demi aprÚs sa condamnation dans l'affaire dite "des écoutes". Le procÚs, prévu sur un mois, aurait dû débuter mi-mars, mais il avait été reporté en raison de l'hospitalisation de l'avocat de JérÎme Lavrilleux, protagoniste central du dossier qui avait causé des déflagrations en cascade à droite.

La prĂ©sence de Nicolas Sarkozy Ă  l'ouverture de l'audience Ă  13H30 est incertaine. En mars, il n'Ă©tait pas venu - en raison de la demande de renvoi, avait indiquĂ© au tribunal son avocat historique, Me Thierry Herzog. Quelques jours plus tĂŽt, M. Sarkozy Ă©tait devenu le premier ex-prĂ©sident de la Ve RĂ©publique Ă  ĂȘtre condamnĂ© Ă  de la prison ferme : il s'Ă©tait vu infliger trois ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis, pour corruption et trafic d'influence.

Il avait assisté à tout le procÚs dans cette affaire "des écoutes". Pour Bygmalion par contre, il ne "se dérobera pas" mais a fait savoir qu'il n'assisterait qu'aux audiences le concernant. Son interrogatoire est prévu la semaine du 14 juin. Il encourt dans le dossier Bygmalion, du nom de l'agence de communication liée à l'UMP (ex Les Républicains), un an d'emprisonnement et 3.750 euros d'amende.

Contrairement à ses 13 coprévenus - anciens cadres de Bygmalion et de l'UMP, experts-comptables - renvoyés notamment pour escroquerie ou complicité, M. Sarkozy n'est pas mis en cause pour le systÚme de fausses factures imaginé pour masquer les dépenses excessives de sa campagne, qu'avait révélé JérÎme Lavrilleux dans une surprenante confession télévisée en 2014.

Mais, selon l'accusation, Nicolas Sarkozy a laissé filer les dépenses malgré plusieurs alertes claires sur les risques de dépassement de plafond et il a "incontestablement" bénéficié de la fraude qui lui a permis de disposer de "moyens bien supérieurs" à ce qu'autorisait la loi: au moins 42,8 millions au total, soit prÚs du double du plafond légal à l'époque (22,5 millions d'euros).

- "Totale improvisation" -

JérÎme Lavrilleux, à l'époque directeur adjoint de la campagne Sarkozy et directeur de cabinet du patron de l'UMP Jean-François Copé, est le seul au parti à avoir reconnu les faits. Il avait d'abord été accusé d'avoir constitué un "trésor de guerre" au profit de l'avenir politique de son patron. Jean-François Copé a lui bénéficié d'un non-lieu dans cette affaire, et ne sera entendu que comme témoin. Il a fait savoir par son avocat Me Hervé Temime qu'il répondrait à "l'ensemble des questions" lors de son audition, prévue le 27 mai.

L'enquĂȘte a dĂ©crit une campagne qui se voulait d'abord "Ă©clair" pour le prĂ©sident sortant - seuls une quinzaine de meetings prĂ©vus, dont trois ou quatre grands rassemblements. Mais la machine s'emballe: "moyens techniques les plus en pointe" pour la scĂšne, le son et l'Ă©clairage, "mise en scĂšne grandiose et millimĂ©trĂ©e" pour les grands meetings... les prix n'en finissent plus de grimper.

Et alors que les premiÚres alertes de risques de dépassement tombent, le candidat demande au contraire qu'on accélÚre le rythme. Il y aura au total plus de 40 meetings. Une campagne "d'une rare densité", marquée par une succession "trÚs rapide" des meetings et une "totale improvisation" des donneurs d'ordre, dit aussi l'accusation.

Pour éviter au candidat Sarkozy de devoir reconnaßtre publiquement que ses dépenses avaient dérivé "de maniÚre spectaculaire", "avec les conséquences politiques et financiÚres" qui s'en seraient suivies, il a été décidé de "purger" le compte de campagne, soutient l'accusation. Grùce à un systÚme de double facturation, le prix des meetings est drastiquement réduit et le reste est facturé à l'UMP, au nom de conventions fictives du parti.

Renvoyé pour escroquerie, le directeur de la campagne, Guillaume Lambert, assure lui que le systÚme a été mis en place à son insu. Pour lui, "rien" dans le dossier ne montrerait d'ailleurs un lien avec la campagne - il privilégie la thÚse de l'enrichissement personnel de dirigeants de Bygmalion.

"Je continue Ă  me demander oĂč est passĂ© l'argent", avait dit Nicolas Sarkozy devant les enquĂȘteurs, estimant que le prix moyen de ses meetings Ă©tait "en ligne" avec ceux de son opposant François Hollande.

Le procĂšs doit durer jusqu'au 22 juin.

AFP

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