Brésil

Scandale Petrobras: neuf ministres brésiliens en ligne de mire

  • PubliĂ© le 12 avril 2017 Ă  09:50
Le président brésilien Michel Temer, le 4 avril 2017 à Sao Paulo

Le scandale Petrobras a secouĂ© de plus belle la politique brĂ©silienne mardi, avec le feu vert de la Cour suprĂȘme pour l'ouverture d'enquĂȘtes visant notamment neuf ministres du gouvernement du prĂ©sident conservateur Michel Temer.


Cette dĂ©cision fait l'effet d'une vĂ©ritable bombe: 108 personnalitĂ©s politiques de premier plan, y compris des dizaines de dĂ©putĂ©s et sĂ©nateurs, figurent sur une liste de personnes protĂ©gĂ©es par une immunitĂ©, dressĂ©e par Edson Fachin, juge du Tribunal suprĂȘme fĂ©dĂ©ral (STF), la plus haute juridiction du pays.
Sont aussi visĂ©s par l'enquĂȘte les trois derniers prĂ©sidents de la RĂ©publique et le maire de Rio de Janeiro pendant les Jeux Olympiques de 2016. Le juge Fachin a renvoyĂ© leurs cas vers d'autres instances, dans la mesure oĂč ils ne jouissent pas d'immunitĂ©.

Tous sont soupçonnĂ©es d'ĂȘtre impliquĂ©es dans un vaste rĂ©seau de corruption ayant dĂ©tournĂ© plus de deux milliards de dollars de la compagnie pĂ©troliĂšre d'État, selon ce document auquel l'AFP a eu accĂšs.
"La prĂ©sidence ne se prononce pas au sujet d'enquĂȘtes en cours", s'est contentĂ© de rĂ©agir le service de presse du prĂ©sident Temer.

- Un tiers du gouvernement et du sénat -

Environ un tiers des membres du gouvernement actuel figurent dans cette liste, dont certains ministres-clé, comme l'influent Eliseu Padilha, chef de la Maison civile, qui a rang de quasi-Premier ministre dans le systÚme politique brésilien.
Sont aussi visés le ministre des Affaires étrangÚres, Aloysio Nunes, nommé en mars, ou le ministre de l'Agriculture, Blairo Maggi, en évidence lors du scandale de viande avariée qui a secoué le Brésil ces derniÚres semaines.
Selon certains mĂ©dias brĂ©siliens, la liste finale de ministres pourrait nĂ©anmoins ĂȘtre ramenĂ©e Ă  huit noms.

Le CongrÚs brésilien est aussi atteint de plein fouet: les présidents des deux chambres figurent sur la liste ainsi que 29 des 81 sénateurs et 40 des 513 députés.
L'ex-prĂ©sident Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), icĂŽne de la gauche, a Ă©tĂ© inculpĂ© dans plusieurs volets de l'enquĂȘte. Le juge Fachin a renvoyĂ© son cas vers d'autres instances.

C'est aussi le cas de sa dauphine, Dilma Rousseff (2011-2016), destituée l'an dernier pour maquillage des comptes publics et de son prédécesseur, Fernando Henrique Cardoso (1995-2002), du parti centriste PSDB.
Parmi les autres politiciens de premier plan en ligne de mire, Aecio Neves, autre membre du PSDB, défait en 2014 lors du second tour des derniÚres élections présidentielles par Dilma Rousseff.
Plusieurs caciques du parti de M. Temer, le PMDB (centre-droit), sont aussi mis en cause, notamment l'influent sénateur Romero Juca.

En mars, le procureur gĂ©nĂ©ral du BrĂ©sil, Rodrigo Janot, avait demandĂ© l'ouverture de 83 enquĂȘtes contre des ministres et parlementaires jouissant d'une immunitĂ© et qui ne peuvent ĂȘtre jugĂ©s que par la Cour suprĂȘme.
Cette requĂȘte a Ă©tĂ© envoyĂ©e sur la base des confessions explosives de 77 anciens cadres du gĂ©ant du BTP Odebrecht ayant nouĂ© des accords avec la justice contre de futures remises de peine.

- Le président fragilisé -

L'opĂ©ration "Lavage-Rapide", enquĂȘte tentaculaire ouverte en 2014, a rĂ©vĂ©lĂ© que le groupe Odebrecht Ă©tait au c?ur du vaste systĂšme de versement de pots-de-vin que les plus grandes entreprises du bĂątiment du pays avaient montĂ©, rĂ©unies au sein d'un cartel illicite, depuis au moins le dĂ©but des annĂ©es 2000 pour obtenir des marchĂ©s surfacturĂ©s.
En retour, étaient versées des commissions alimentant les caisses noires de partis politiques et d'élus influents.
Les délits les plus récurrents dans ce dossier sont la corruption passive et active, la délinquance financiÚre, le blanchiment d'argent et l'association de malfaiteurs.

Des dizaines de chefs d'entreprise, cadres d'entreprises, intermédiaires et de politiciens de tous bords sont déjà sous les verrous.
Le nom du prĂ©sident actuel Michel Temer a Ă©tĂ© citĂ© dans l'affaire bien qu'il n'ait pas Ă©tĂ© officiellement mis en cause. Selon la constitution brĂ©silienne, il ne peut ĂȘtre jugĂ© pour des dĂ©lits commis avant le dĂ©but de son mandat.
Mais l'implication d'un grand nombre de ministres risque de fragiliser considérablement son gouvernement, qui mise sur des mesures d'austérité pour tenter de sortir le pays de la crise.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2016, plusieurs de ses ministres ont déjà été contraints de démissionner face à des accusations de corruption.
 

AFP

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