Consommation de drogues : La Réunion en grand danger, les autorités appellent à une mobilisation massive contre le fléau

  • Publié le 28 avril 2026 à 04:54
  • Actualisé le 28 avril 2026 à 05:18
illustration drogue

Réunis à la préfecture pour un comité de pilotage consacré aux addictions ce lundi 27 avril 2026, les représentants de l’État, de la santé, du secteur social et des collectivités ont tiré la sonnette d’alarme face à la progression rapide de la consommation de drogues à La Réunion. La situation, extrêmement préoccupante, poussent les autorités à lancer un appel à la mobilisation massive contre ce danger grave "pour l'avenir de l'île" (Photo www.imazpresss.com)

Le préfet Patrice Latron prévient d'emblée : "le moment est grave", évoquant "l’un des plus grands défis pour l’avenir" du territoire.
 Si l’île connaît depuis longtemps des problématiques d’addiction, la situation actuelle marque un tournant. 

"Chaque année, de nouveaux produits apparaissent, se diffusent et s’enracinent sur notre île", explique-t-il, citant cocaïne, ecstasy, MDMA ou encore drogues de synthèse.

- Un phénomène en pleine mutation à La Réunion -

Pour le représentant de l’État, le danger dépasse largement la seule question sanitaire. "Tous ces produits recouvrent une menace commune : celle de la destruction de notre modèle de vivre ensemble si nous ne réagissons pas collectivement", affirme-t-il. 

Dans un contexte où un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, il redoute les effets du narcotrafic sur la cohésion sociale. "L’arrivée du narcotrafic constitue une menace majeure, susceptible de déstabiliser durablement le tissu social", lance-t-il.

Les données présentées lors de la réunion confirment cette dynamique. Les saisies de stupéfiants augmentent fortement, notamment pour la cocaïne et les drogues de synthèse. Le phénomène des "mules" est en nette progression, tandis que les usages se diversifient, en particulier chez les jeunes. 

"À 17 ans, l’expérimentation de l’ecstasy est trois fois plus élevée que dns l'Hexagone", souligne un intervenant.

Le directeur général de l’ARS, Jean-Jacques Coiplet, insiste sur cette évolution des pratiques. "Nous constatons une diversification et une diffusion de produits psychoactifs plus importants", explique-t-il, évoquant des prises en charge "de plus en plus complexes" pour les professionnels de santé. 

Le cannabis reste la drogue la plus consommée, mais les autres stupéfiants se sont multipliés ces dernières années. La montée de la polyconsommation, c'est-à-dire la consommation de plusieurs drogues à la fois, inquiète particulièrement. Selon les observations de terrain, les usagers sont désormais exposés à plusieurs substances simultanément, favorisant des usages plus intensifs. 

"L’accessibilité multiproduits entraîne une diversification des consommations", explique le comité, soulignant que les réseaux proposent désormais plusieurs drogues à la fois.

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- Une réponse globale pour enrayer la progression des drogues à La Réunion -

Face à cette situation, les autorités reconnaissent les limites d’une approche uniquement répressive, qui a été la réponse principale ces dernières années.

"Les profits sont colossaux", note le préfet. "S’attaquer uniquement à l’offre ne suffit pas", ajoute-t-il. D’où la volonté de cibler également la demande, en développant des actions de prévention et de sensibilisation.

Pour Jean-Jacques Coiplet, l’enjeu est aussi de structurer et amplifier les initiatives existantes."Il y a déjà beaucoup de réponses qui ont été apportées, que ce soit dans les services d’addictologie ou dans les structures de prévention", rappelle-t-il. "Mais les situations sont de plus en plus complexes", regrette-t-il.

Il insiste sur la nécessité de prioriser la prévention. "Plutôt que d’emblée parler du soin, il faut aussi parler des actions de prévention. Prévenir vaut mieux que guérir", explique-t-il.

L’ARS prévoit notamment de renforcer les actions auprès des jeunes. "Nous allons augmenter les crédits pour développer les compétences psychosociales", annonce-t-il, décrivant "ce cinquième savoir" qui permet "de savoir dire non, de s’écouter, d’argumenter".

Au-delà des jeunes, l’ensemble de la société est concerné. "C’est même plus qu’un enjeu de santé publique, c’est un enjeu sociétal", affirme Jean-Jacques Coiplet. "Des vies brisées, ce sont aussi des familles entières impactées."

- Miser sur la proximité et la prévention -

Le plan prévoit également de renforcer la présence sur le terrain. "Nous allons développer des médiateurs en santé dans les quartiers", précise le directeur de l’ARS, rappelant qu’"aujourd’hui aucun territoire n’est épargné".

Des actions seront aussi menées dans les écoles, en lien avec l’Éducation nationale. "Dès le plus jeune âge, il faut accompagner les enfants pour qu’ils deviennent des citoyens capables de résister à la tentation", explique-t-il.

"Il faut une mobilisation collective", martèle Patrice Latron. "Ce n’est pas seulement le rôle des forces de l’ordre", souligne-t-il.

Il regrette l’absence de campagnes massives sur les drogues, contrairement à d’autres enjeux de santé publique. "Nous avons tous en tête des campagnes sur le sida, le tabac ou le Covid… mais rien de comparable sur les drogues", note-t-il, expliquant qu'il espère pouvoir mettre en place des campagnes chocs. "Il faut faire peur, montrer les dégâts que peuvent causer la drogue."

Le plan en préparation repose sur une approche globale, associant prévention, communication, accompagnement et répression. L’un des axes majeurs consiste à agir dès le plus jeune âge. 

"Il faut aider les jeunes à savoir dire non", insiste Jean-Jacques Coiplet, annonçant un renforcement des actions sur les compétences psychosociales.

Les autorités souhaitent également "démystifier" le trafic et ses représentations. "Il faut rappeler les conséquences pénales, sociales et sanitaires", explique le directeur de l’ARS. Une attention particulière sera portée aux publics les plus vulnérables, mais aussi aux milieux festifs et professionnels, où les consommations se développent.

- Miser sur la parole et l’expérience -

La communication est identifiée comme un levier central. Le préfet plaide pour des messages plus directs et incarnés. "Il faut montrer la vraie vie", affirme-t-il.

"Les plus crédibles pour parler de la drogue, ce ne sont pas les autorités, ce sont ceux qui en sortent", estime-t-il, appelant à multiplier les témoignages d’anciens consommateurs, même si ces démarches restent difficiles. "Cela demande du courage, mais c’est essentiel pour toucher les jeunes."

Les autorités veulent aussi mettre l'accent sur les conséquences que peuvent avoir l'addiction : endettement, perte d'emploi et de logement...Des cas de prostitutions pour financer une addiction, parfois de mineurs, commencent à être identifiés dans l'île. 

Sur le terrain, les acteurs de l’addictologie saluent cette mobilisation, tout en rappelant les défis à venir. "Les structures de soins sont déjà saturées", souligne le Dr David Mété, pointant la difficulté de traiter certaines dépendances, notamment liées aux stimulants pour lesquels il n’existe pas de traitement médicamenteux.

Tous insistent sur la nécessité d’impliquer l’ensemble de la société. Collectivités locales, associations, entreprises, familles, chacun est appelé à contribuer.

Un premier aboutissement est attendu le 26 juin, date à laquelle sera présenté et signé le plan régional de lutte contre les drogues. Maires, présidents d'intercommunalités, et de nombreux autres acteurs seront conviés. 

"Cette réunion n’est qu’une première étape", rappelle le préfet. "L’enjeu est désormais de construire ensemble une réponse à la hauteur du défi", conclut-il.

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