Autriche

Sebastian Kurz et l'extrĂȘme droite s'installent au pouvoir

  • PubliĂ© le 18 dĂ©cembre 2017 Ă  15:22
  • ActualisĂ© le 18 dĂ©cembre 2017 Ă  15:26
Le conservateur Sebastian Kurz (g), futur chancelier, et Heinz-Christian Strache, du FPÖ (extrĂȘme droite), futur vice-chancelier, lors d'une confĂ©rence de presse, le 16 dĂ©cembre 2017 Ă  Vienne

Le nouveau gouvernement autrichien formĂ© par la droite et l'extrĂȘme droite a prĂȘtĂ© serment lundi, contestĂ© Ă  Vienne par quelques milliers de manifestants, mais sans provoquer d'Ă©mois chez les partenaires de l'Autriche qui s'est engagĂ©e Ă  garder un cap pro-europĂ©en.


A 31 ans, le conservateur Sebastian Kurz devient chancelier, et plus jeune dirigeant du monde, huit mois aprĂšs avoir pris les commandes du parti chrĂ©tien-dĂ©mocrate (ÖVP) qu'il a conduit Ă  la victoire lors des lĂ©gislatives d'octobre.
Le chef de l'Etat, Alexander Van der Bellen, un Ă©cologiste libĂ©ral, a investi le nouveau gouvernement de treize ministres, avec six postes-clĂ©s occupĂ©s par la formation d'extrĂȘme droite (FPÖ), en fixant des lignes rouges.
Il a appelé la coalition de M. Kurz à "respecter l'histoire autrichienne, (...) ses pages positives comme ses pages sombres", à "respecter les droits des minorités et ceux qui pensent différemment".
Il s'est dit conscient que certains Ă©taient "sceptiques voire hostiles" Ă  la nouvelle majoritĂ©. Non loin du palais prĂ©sidentiel, plusieurs milliers de personnes manifestaient contre la prĂ©sence du FPÖ au gouvernement, rassemblĂ©es derriĂšre des banderoles proclamant "les Nazis dehors" ou "Mort au fascisme".
Le FPÖ, Parti de la libertĂ© d'Autriche, arrivĂ© troisiĂšme des Ă©lections, dĂ©croche trois ministĂšres rĂ©galiens -IntĂ©rieur, DĂ©fense, Affaires Ă©trangĂšres- et un portefeuille de vice-chancelier pour son chef, Heinz-Christian Strache, 48 ans, qui a comparĂ© l'immigration Ă  une "invasion de masse" et qui estime que "l'islam n'a pas sa place en Autriche".


- "Pas anodin" -


Le parti de Heinz-Christian Strache, ancrĂ© sur la scĂšne politique autrichienne depuis plusieurs dĂ©cennies, fait figure d'aĂźnĂ© parmi les extrĂȘmes droites europĂ©ennes. Au dĂ©but des annĂ©es 2000, il avait Ă©tĂ© partenaire des conservateurs au sein de la coalition dirigĂ©e par Wolfgang SchĂŒssel.
Cette alliance avait entraßné une levée de bouclier et des sanctions contre l'Autriche de la part de ses partenaires européens.
Mais l'accord de gouvernement entre la droite et l'extrĂȘme droite, prĂ©sentĂ© samedi, n'a pas suscitĂ© d'Ă©motion particuliĂšre sur la scĂšne europĂ©enne oĂč les partis populistes et hostiles Ă  l'immigration sont devenus incontournables.
"La situation est sans doute diffĂ©rente par rapport au prĂ©cĂ©dent de l'an 2000. Mais la prĂ©sence de l'extrĂȘme droite au pouvoir n'est jamais anodine!", a signalĂ© le commissaire europĂ©en Pierre Moscovici, socialiste français.
Le retour au pouvoir du FPÖ Ă©lectrise en revanche ses alliĂ©s nationalistes europĂ©ens, aprĂšs une annĂ©e 2017 marquĂ©e par les scores Ă©levĂ©s de l'extrĂȘme droite en France, en Allemagne, aux Pays-Bas.
Le parti de M. Strache a en effet pu imprimer sa marque sur la feuille de route du nouveau gouvernement. Le durcissement de la politique migratoire, notamment via la restriction des aides sociales pour les Ă©trangers, compte parmi les prioritĂ©s de l'exĂ©cutif. Sebastian Kurz a enfourchĂ© ce thĂšme cher Ă  l'extrĂȘme droite dans la foulĂ©e de la vague migratoire des annĂ©es 2015 et 2016.
"Cela n'arrivera plus qu'un migrant qui n'a jamais travaillé ici une seule journée ou versé quelque cotisation que ce soit dans notre systÚme social reçoive des milliers d'euros d'aide", s'est félicité dimanche M. Strache dans un message publié sur son compte facebook.


- Engagement européen -


"Je crains qu'on ne s'en prenne de plus en plus aux Ă©trangers", s'inquiĂ©tait dans la manifestation viennoise Katharina, 38 ans, tandis que Stefanie garde un souvenir amer du dernier passage du FPÖ au gouvernement: "les riches ont Ă©tĂ© favorisĂ©s au dĂ©triment des plus fragiles, des plus pauvres, des rĂ©fugiĂ©s. Et on a vu quelques annĂ©es plus tard Ă©merger tous les scandales de corruption liĂ©s Ă  cette Ă©poque".
Si elle revendique "un engagement européen clair", la nouvelle majorité a également "l'objectif de renforcer la subsidiarité" au sein de l'UE et de limiter les délégations de souveraineté, à l'opposé de la vision d'une Europe plus fédérale prÎnée par le président français Emmanuel Macron.
Le programme comporte également une série d'allégements fiscaux, des coups de pouce aux familles et aux petites retraites, des mesures pour alléger la bureaucratie et simplifier le systÚme social.
Le FPÖ, malgrĂ© son ADN eurosceptique, a toutefois dĂ» accepter que la question d'une sortie de l'UE soit exclue du champ des consultations populaires que le nouveau gouvernement veut promouvoir.
Pour rassurer ses partenaires de l'UE, M. Kurz, ministre sortant des Affaires étrangÚres au sein d'une coalition avec les sociaux-démocrates, conservera aussi la haute main sur les dossiers européens alors que l'Autriche présidera l'UE au second semestre 2018.
Il se rendra d'ailleurs dÚs mardi à Bruxelles pour rencontrer le patron de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le président du Conseil européen, Donald Tusk.

Par David STOUT - © 2017 AFP

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