Il devait sortir de prison en 2035, il s’en est évadé samedi. Un jeune vingtenaire, détenu à Villepinte (Seine?Saint?Denis), s’est échappé avec l’aide de trois faux policiers. Ce scénario, mené en plein jour, ravive des inquiétudes sur la vulnérabilité des établissements pénitentiaires.
Ilyas Kherbouch, né en mars 2005, connu de la justice pour de multiples faits de vols aggravés, était emprisonné pour purger quatre peines et placé en détention provisoire comme suspect dans deux autres affaires.
A ce jour, "sa sortie de détention, avant toute nouvelle décision, était prévue en 2035", a indiqué mardi soir la procureure de Paris Laure Beccuau dans un communiqué.
L’enquête sur son évasion, atypique par son mode opératoire, est menée par la JIRS (Juridiction interrégionale spécialisée) de Paris, pour évasion en bande organisée et association de malfaiteurs.
Samedi à 16H00, "trois personnes" se sont présentées à la maison d’arrêt de Villepinte avec "de faux documents de police" et "de faux documents judiciaires aux fins d’extraction pour une prétendue garde à vue" d’Ilyas Kherbouch, d’après les premiers éléments des investigations connus par le parquet.
"Après la fouille avec palpation d’usage" et l’examen des documents, ""les agents pénitentiaires ont remis le détenu" aux faux policiers, "qui ont immédiatement quitté les lieux", a précisé à l’AFP une source proche du dossier.
Au bout de quarante-huit heures, temps maximal d’une garde à vue, la prison s’est inquiétée de ne pas voir revenir M. Kherbouch... absence qui a révélé son évasion, raconte aussi une source pénitentiaire.
- "Système archaïque" -
Conséquence immédiate: des consignes ont été passées à l’ensemble des chefs d’établissements pénitentiaires afin de sensibiliser leur greffe à ce mode opératoire inédit et faire procéder aux vérifications systématiques auprès du greffe de l’autorité judiciaire mandante, en amont de toute sortie, a appris l’AFP de source pénitentiaire.
"On est encore sur un système qui, en 2026, est complètement archaïque", a déploré auprès de l’AFP Yoan Karar, secrétaire général adjoint FO-Justice. "On travaille beaucoup sur du document papier alors qu’avec l’intelligence artificielle, on fait des documents qui paraissent plus vrais que vrais, avec des tampons juridictionnels et sur lesquels on n’a aucun contrôle".
L’enquête pénale a été confiée à l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) et à la Direction de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris (DPJ-PP). En parallèle, la direction de l’administration pénitentiaire (DGAP) diligente une enquête interne pour déterminer les circonstances de cette évasion et l’Inspection générale de la justice (IGJ) a été saisie par le garde des Sceaux.
Ilyas Kherbouch était bien connu des services judiciaires, essentiellement pour des vols aggravés, a détaillé Laure Beccuau dans son communiqué.
Il a été condamné en 2023 à 15 mois d’emprisonnement pour vol aggravé et rébellion en récidive ; en 2024, à 12 mois d’emprisonnement pour recel de vol aggravé en récidive; en 2024 encore, à sept ans de réclusion criminelle notamment pour vol à main armée en bande organisée, enlèvement et séquestration pour des faits qui lui sont reprochés alors qu’il était mineur. La victime séquestrée était le chef italien du George V à Paris Simone Zanoni.
Début 2026, il a aussi été condamné deux fois: le 9 janvier, à quatre ans et six mois d’emprisonnement pour association de malfaiteurs en récidive, et le 6 mars, à 42 mois d’emprisonnement pour vols avec violence en bande organisée en récidive.
Concernant les dossiers encore en cours, Ilyas Kherbouch a été mis en examen fin 2025 dans l’affaire du homejacking en 2023 de Gianluigi Donnarumma, l’ancien gardien de but du PSG. Et ce jeudi, il devait connaître la décision dans son procès en appel dans une autre affaire de vols aggravés.
Contactée par l’AFP, l’avocate d’Ilyas Kherbouch, May Sarah Vogelhut, n’a pas souhaité commenter.
AFP
