Voilà un an et quelques jours que le cyclone Garance s'est abattu sur La Réunion. C'était le 28 février 2025. Depuis, certains sinistrés – plus ou moins impactés – attendent désespérément le passage d'expert ou la réparation des dommages subit. Interrogé, le président du Comité des assureurs de La Réunion assure que sur les 70.000 dossiers de sinistrés dus à Garance, plus de 80% ont été traités. Les 20% restants seront "réglés au cours de six premiers mois de cette année" assure-t-il (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Dans le nord comme dans l'est – secteurs les plus touchés de l'île – certains n'ont toujours pas de toit, pendant que d'autres voient l'eau s'infiltrer à chaque forte pluie par des jonctions, endommagées par le passage du cyclone.
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- Un an pour avoir un expert et un dossier clôturé, sans réparations -
Dans le nord de l'île, une mère de famille voit au quotidien les dégâts de Garance sur son logement.
Pourtant, un an après le passage du cyclone, aucun travaux n'a été effectué dans son domicile. Cette dernière a même appris que son dossier avait été clôturé.
Le 28 février 2025, l'eau rentre par les jalousies et les jonctions des fenêtres de son appartement. L'eau coule aussi du plafond dans ses deux chambres. Un sinistre est déclaré auprès de son gestionnaire. Pourtant depuis… rien.
Malgré les mails de relance et les photos des dégâts, pas de nouvelles, personne ne passe. Lors des dernières fortes pluies, les dégradations grandissent. Pourtant, après des mails envoyés, pour signaler, toujours rien.

Il faut attendre décembre pour qu'un expert passe et forcément, hormis les dégâts dans son salon, dans les chambres, les traces sont beaucoup moins visibles.
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Un an après, elle apprend par une source extérieure que son dossier est clos et n'a toujours pas de réparation. Si elle le sait, son cas est loin d'être le pire, l'attente reste longue.
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- Un an après, des sinistrés sans travaux ou sans aides des assurances -
Des témoignages comme le sien, il en existe d'autres.
À Saint-Denis, un père de famille constate chaque jour l'état dégradé de son logement. "Depuis Garance, mon logement n'a toujours pas été rénové", explique-t-il à Imaz Press.
"Les fortes pluies occasionnées par le cyclone ont provoqué des infiltrations provenant du toit de l'immeuble le long de mes murs. Comme ils sont en place, des moisissures sont apparues", dit-il désabusé. "Trois pièces de mon appartement sont concernées par les dégâts."
Malgré les relances, son bailleur "s'est contenté d'envoyer des personnes pour constater les dommages", sans qu'aucun travaux ne soit réalisé à ce jour.
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Rachel, 72 ans, qu'Imaz Press avait pu rencontrer, n'était rentrée dans son logement que le 22 décembre 2025, soit près d'un an après que le cyclone ait éventré son habitation du quartier Cité Bord de Mer à Beaufond à de Saint-Benoît.
Un retour qui, elle le dit, avait pu être rendu possible grâce à ses proches et bénévoles venus remettre la maison à neuf, mais pas grâce aux assurances. "Sans cette aide, les travaux n'auraient pas pu être faits avant l'année prochaine", nous avait-elle expliqué.
Une expertise réalisée à distance, par vidéos et photos évaluait à 10.000 euros le montant de l'indemnisation. Une somme dérisoire face à l’ampleur des dégâts.
- Un "chantier colossal" à Saint-Benoît -
À Saint-Benoît – où Garance a provoqué d'importants dégâts avec des rafales de 230 km/h, plus d’une centaine de familles y ont été sinistrées.
"Des familles hébergées dans les centres d’urgence - des gymnases principalement - ont pu être redirigés vers des logements sociaux", souligne Fabien Hoareau, directeur du centre communal d’action sociale (CCAS), mais plusieurs sont toujours sans solution stable à l'AFP.
"Il y a eu énormément d’habitations touchées, les dégâts sont importants et même si le CCAS a mis en place un dispositif d’amélioration de l’habitat, le chantier est colossal", note Fabien Hoareau, reconnaissant qu’il "reste beaucoup à faire".
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- Après Garance, 20% des dossiers d'indemnisation restent à traiter -
Interrogé, le président du Comité des assureurs de La Réunion a répondu que sur les 70.000 dossiers de sinistrés dus à Garance, plus de 80% ont été traités.
Les 20% restants seront "réglés au cours de six premiers mois de cette année" assure-t-il. Mais il est vrai que "les pièces manquantes ou les appels d'offres pour des toitures arrachées par exemple, prennent du temps".
Du côté des bailleurs sociaux, "quelques situations restent en cours, mais elles représentent aujourd’hui une part très résiduelle des réclamations", indique Denis Chidaine, de l'Armos OI. Dans le détail, pour la Semac, sur 1.871 réclamations enregistrées, 95% des travaux ont été realisés. "Les derniers chantiers sont essentiellement des interventions lourdes affectant des logements inoccupés et seront finalisés d’ici avril 2026."
Concernant la SIDR, 920 logements ont été impactés par le passage de Garance. Les derniers travaux techniques (résidences complexes) se poursuivent jusqu’à août 2026.
Enfin, pour le troisième bailleur de l'île, la SHLMR, 3.500 réclamations ont été faites. 3.280 sont résolues, 220 restent à traiter.
Denis Chidaine explique ces retards par "le volume exceptionnel des dégâts (des milliers de réclamations en simultané), la saturation des entreprises locales après le cyclone, allongeant les délais et la priorité donnée aux travaux urgents, notamment aux logements inhabitables ou aux toitures".
À cela s'ajoute des "diagnostics lourds, études structurelles complexes et à une pénurie de matières premières, notamment pour les toitures".
Garance a causé des dégâts majeurs pour l'île, avec près de 380 millions d'euros de dégâts estimés.
L’État a pourtant mobilisé le Fonds de secours outre-mer pour apporter un soutien financier aux foyers les plus en difficulté : 1,9 million d’euros ont été distribués à près de 4.000 foyers sinistrés, selon la préfecture de La Réunion. Soit, en moyenne, moins de 500 euros par foyer pour couvrir rééquipement, mobilier, électroménager et les premiers travaux d’urgence.
- Pas suffisamment d'experts à La Réunion pour étudier tous les dossiers -
Du côté des experts, il nous est indiqué que "les délais d’instruction des dossiers sinistre peuvent être rallongés car le nombre d'experts construction à La Réunion est un peu juste au regard de la charge de travail", indique Jean-Philippe Chaix, responsable de secteur Stelliant Construction Réunion (experts missionnés par les assureurs Dommages ouvrage et/ou de responsabilité décennale des constructeurs).
Il explique : "l'assureur Dommages ouvrage reçoit une déclaration de sinistre et la mission de l’expert Dommages ouvrage est de remettre un rapport dans un délai fixé par le mandant pour respecter les délais fixés par le code des assurances".
Une fois "que ce dernier a reçu le rapport, c'est au bénéficiaire, qui reçoit une proposition indemnitaire, de renvoyer la quittance avec son accord, pour ensuite engager des travaux".
Jean-Philippe Chaix précise qu'il arrive que "le sinistre ne soit pas garanti si le ou les dommages ne sont pas de nature décennale et que le déclarant conteste la décision prise par l’assureur ».
James Huet ajoute : "pour tout sinistre, il y a deux ans pour relancer son assureur en cas d'absence de réponse".
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- Des fragilités dans les constructions récentes à La Réunion -
Garance a mis en évidence de nouvelles fragilités dans la manière d’habiter l’île. Ce qui était toléré hier est devenu aujourd’hui incompatible, à cause des risques naturels.
Le président du Comité des assureurs de La Réunion prévient, au fil du temps, cela risque d'aller de mal en pis. "Nous avons vu qu'il y avait eu beaucoup de problèmes de constructions sur les bâtiments récents", dit-il.
Il est donc important désormais "de travailler collectivement avec l'ensemble des partenaires, notamment sur le respect des normes de construction".
La préfecture souligne que Garance "constitue désormais le cadre stratégique de la reconstruction et de la transformation du territoire". Cette démarche vise "à protéger durablement les populations, sécuriser les infrastructures essentielles et renforcer la résilience de La Réunion face aux risques climatiques futurs, en conciliant réponse immédiate et adaptation structurelle".
Un an après, le cyclone reste un point de bascule dans la manière d’anticiper et de gérer les catastrophes naturelles sur l’île.
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"La préfecture souligne que Garance "constitue désormais le cadre stratégique de la reconstruction et de la transformation du territoire". Cette démarche vise "à protéger durablement les populations, sécuriser les infrastructures essentielles et renforcer la résilience de La Réunion face aux risques climatiques futurs, en conciliant réponse immédiate et adaptation structurelle".
En clair, ça veut dire?