Astronomie

Solar Orbiter: voyage aux sources des turbulences du Soleil

  • PubliĂ© le 7 fĂ©vrier 2020 Ă  13:00
  • ActualisĂ© le 7 fĂ©vrier 2020 Ă  13:39
Image d'illustration diffusée par la Nasa le 3 février 2020 de Solar Orbiter

Le Soleil ne nous envoie pas seulement sa chaleur et sa lumiĂšre, il Ă©met aussi des tempĂȘtes chargĂ©es de particules, potentiellement nĂ©fastes pour nos tĂ©lĂ©communications. Pour mieux comprendre ces turbulences, et mieux s'en protĂ©ger, la mission Solar Orbiter va partir explorer notre Ă©toile.

La sonde de l'Agence spatiale européenne (ESA), s'élancera dimanche soir de Cape Canaveral en Floride, en collaboration avec la Nasa. A son bord: dix instruments scientifiques (209 kilos de charge utile).

AprÚs un passage par l'orbite de Vénus puis celle de Mercure, le satellite, dont la vitesse maximale atteindra 245.000 km/h, pourra s'approcher à 42 millions de kilomÚtres du Soleil, soit moins d'un tiers de la distance Soleil-Terre.

Via cette trajectoire, Solar Orbiter "aura la capacité de regarder le Soleil directement", explique à l'AFP Matthieu Berthomier, chercheur CNRS au laboratoire de physique des plasmas de l'école Polytechnique.

Les nouvelles données recueillies viendront compléter celles de la sonde Parker de la Nasa, lancée en 2018, qui s'est approchée bien davantage de la surface de l'astre (7 à 8 millions de kilomÚtres) mais sans technologie d'observation directe, la chaleur étant trop intense.

Avec six instruments imageurs (télédétection), la sonde européenne, pourra, elle, capter les images de notre Soleil à une distance encore jamais égalée. Et donner à voir, pour la toute premiÚre fois, les pÎles du Soleil, dont on ne connaßt actuellement que les régions équatoriales.

Quatre autres instruments de mesures "in situ" serviront Ă  sonder l'environnement autour du Soleil.

Objectif principal de la mission: "comprendre comment le Soleil crée et contrÎle l'héliosphÚre", la bulle de matiÚre entourant tout le systÚme solaire, résume Anne Pacros, responsable mission et charge utile de l'ESA.

- Météo de l'espace -

Cette bulle baigne dans un flot permanent de particules, appelĂ© vents solaires. Ces vents "peuvent ĂȘtre lents ou rapides, et on ignore d'oĂč vient cette variabilitĂ©. Est-ce le mĂȘme vent qui varie d'une rĂ©gion solaire Ă  une autre de façon continue, ou y a-t-il des sources diffĂ©rentes de vents ? C'est un des mystĂšres qu'on espĂšre rĂ©soudre", analyse Miho Janvier, de l'Institut d'astrophysique spatiale, impliquĂ©e dans deux des instruments de la mission.

Les vents sont parfois perturbĂ©s par des tempĂȘtes, provoquĂ©es par des Ă©ruptions qui Ă©jectent un nuage de champ magnĂ©tique et de particules chargĂ©es se propageant dans l'espace.

Ces tempĂȘtes sont difficiles Ă  prĂ©voir. Elles ont pourtant un impact direct sur notre planĂšte: lorsque qu'elles viennent frapper la magnĂ©tosphĂšre de la Terre, cela provoque de jolies et inoffensives aurores borĂ©ales, mais peut s'avĂ©rer plus dangereux.

"Cela perturbe notre environnement électromagnétique. C'est ce qu'on appelle la météorologie de l'espace, qui peut affecter notre vie quotidienne", décrypte Matthieu Berthomier.

La plus grande tempĂȘte solaire connue de l'humanitĂ©, dite "Ă©vĂ©nement de Carrington", survint en 1859: le rĂ©seau des tĂ©lĂ©graphes aux Etats-Unis fut dĂ©truit, des agents reçurent des dĂ©charges, du papier brĂ»la dans les stations, et la lumiĂšre borĂ©ale fut visible Ă  des latitudes inĂ©dites (jusqu'en AmĂ©rique centrale).

En 1989 au Québec, la modification du champ magnétique de la Terre créa un courant électrique à trÚs grande échelle qui, par effet domino, fit disjoncter les circuits électriques, provoquant un gigantesque black-out.

Les éruptions peuvent également perturber les radars dans l'espace aérien (comme en 2015 dans le ciel scandinave), les fréquences radio, et endommager des satellites.

Ces Ă©vĂ©nements sont assez rares. Mais "notre sociĂ©tĂ© reposant de plus de plus sur le spatial, elle est davantage dĂ©pendante de l'activitĂ© du Soleil, car plus on s'Ă©loigne de la Terre, moins la magnĂ©tosphĂšre nous protĂšge", relĂšve Etienne Pariat, chercheur CNRS Ă  l'Observatoire de Paris. "Imaginez la moitiĂ© des satellites en orbite dĂ©truits, ce serait une catastrophe pour l'humanitĂ© !" selon Matthieu Berthomier. D'oĂč un besoin accru de prĂ©diction mĂ©tĂ©orologique.

En observant les rĂ©gions solaires qui sont directement liĂ©es aux sources des vents, les mesures de Solar Orbiter "vont permettre d'Ă©laborer des modĂšles pour affiner les prĂ©dictions", espĂšre Anne Pacros. "Une tempĂȘte solaire peut nous arriver dessus en un jour ou deux: on aurait alors le temps de se protĂ©ger en coupant les systĂšmes Ă©lectriques des satellites", anticipe Matthieu Berthomier.

La mission dirigée par l'ESA, d'un coût global de 1,5 milliard euros, doit décoller à bord d'une fusée Atlas V 411 depuis le Kennedy Space Center, à 23 heures locales. Son voyage doit durer deux ans, sa mission scientifique entre 5 et 9 ans.

AFP

guest
0 Commentaires