Justice

Spoliations nazies : vers un feu vert du Parlement Ă  la restitution d'oeuvres d'art

  • PubliĂ© le 15 fĂ©vrier 2022 Ă  07:34
  • ActualisĂ© le 15 fĂ©vrier 2022 Ă  07:39
La ministre française de la Culture Roselyne Bachelot devant le tableau de Gustav Klimt "Rosiers sous les arbres" le 15 mars 2021 à Paris

Quinze oeuvres, dont des tableaux de Gustav Klimt et Marc Chagall, vont pouvoir ĂȘtre restituĂ©es aux hĂ©ritiers de familles juives spoliĂ©es par les nazis: le Parlement s'apprĂȘte Ă  autoriser mardi soir ce retour, via un projet de loi qui se veut "historique".

"C'est une premiĂšre Ă©tape" car "des Ɠuvres d'art et des livres spoliĂ©s sont toujours conservĂ©s dans des collections publiques – des objets qui ne devraient pas, qui n'auraient jamais dĂ» y ĂȘtre", souligne la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, cependant que les recherches sur la provenance des collections se sont accĂ©lĂ©rĂ©es.

Elle se fĂ©licite d'une loi "historique", par laquelle pour la premiĂšre fois depuis soixante-dix ans, "un gouvernement engage une dĂ©marche permettant la restitution d'Ɠuvres des collections publiques spoliĂ©es pendant la Seconde Guerre mondiale ou acquises dans des conditions troubles pendant l’Occupation, en raison des persĂ©cutions antisĂ©mites".

L'Assemblée nationale l'a adoptée à l'unanimité le 25 janvier, sous les yeux des familles ou de leurs représentants en tribune.
C'est au tour du SĂ©nat dominĂ© par la droite d'approuver ce texte qui permet de dĂ©roger au principe d’inaliĂ©nabilitĂ© des collections publiques.
Selon la rapporteure au Palais du Luxembourg Béatrice Gosselin (LR), la loi aura une "portée majeure du point de vue de la reconnaissance et de la réparation de la Shoah".

Car les spoliations "ont Ă©tĂ©, quelle que soit la forme qu'elles aient pu prendre - vol, pillage, confiscation, vente sous la contrainte -, l'un des volets de la politique d'anĂ©antissement des juifs d'Europe conduite par le rĂ©gime nazi" et "sans en ĂȘtre l'instigateur, le rĂ©gime de Vichy a Ă©galement collaborĂ© Ă  ces crimes de maniĂšre active", relĂšve-t-elle.

Parmi les 15 oeuvres se trouve "Rosiers sous les arbres" de Gustav Klimt, conservĂ© au musĂ©e d'Orsay, et seule oeuvre du peintre autrichien appartenant aux collections nationales françaises. Il a Ă©tĂ© acquis en 1980 par l'État chez un marchand. Des recherches approfondies ont permis d'Ă©tablir qu'il appartenait Ă  l'Autrichienne ElĂ©onore Stiasny qui l'a cĂ©dĂ© lors d'une vente forcĂ©e Ă  Vienne en 1938, lors de l'Anschluss, avant d'ĂȘtre dĂ©portĂ©e et assassinĂ©e.

- Retard -

Onze dessins et une cire conservĂ©s au MusĂ©e du Louvre, au MusĂ©e d'Orsay et au MusĂ©e du ChĂąteau de CompiĂšgne ainsi qu'un tableau d'Utrillo conservĂ© au MusĂ©e Utrillo-Valadon ("Carrefour Ă  Sannois") font Ă©galement partie des restitutions prĂ©vues. Un tableau de Chagall, intitulĂ© "Le PĂšre", conservĂ© au Centre Pompidou et entrĂ© dans les collections nationales en 1988, a Ă©tĂ© ajoutĂ©. Il a Ă©tĂ© reconnu propriĂ©tĂ© de David Cender, musicien et luthier polonais juif, immigrĂ© en France en 1958. Pour 13 des 15 Ɠuvres, les ayants droit ont Ă©tĂ© identifiĂ©s par la Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations (CIVS), créée en 1999.

La France a longtemps été accusée de retard par rapport à plusieurs voisins européens en matiÚre de réparation. Une mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945 a été créée au sein du ministÚre de la Culture il y a deux ans.

Quelque 100.000 oeuvres d'art auraient été saisies en France durant la guerre de 1939-1945, selon le ministÚre de la Culture. 60.000 biens ont été retrouvés en Allemagne à la Libération et renvoyés en France. Parmi eux, 45.000 ont été rapidement restitués à leurs propriétaires.

Environ 2.200 ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s et confiĂ©s Ă  la garde des musĂ©es nationaux (oeuvres "MNR" pouvant ĂȘtre restituĂ©es par simple dĂ©cision administrative) et le reste (environ 13.000 objets) a Ă©tĂ© vendu par l’administration des Domaines au dĂ©but des annĂ©es 1950. De nombreuses Ɠuvres spoliĂ©es sont ainsi retournĂ©es sur le marchĂ© de l’art.

Jusqu'au milieu des annĂ©es 1990, la question de la restitution a Ă©tĂ© passĂ©e sous silence, jusqu'Ă  la chute du bloc soviĂ©tique et Ă  l’ouverture de nouvelles archives. En juillet 1995, le prĂ©sident Jacques Chirac ouvrait une nouvelle page en reconnaissant la responsabilitĂ© de l'État français dans la dĂ©portation des juifs de France. Une "loi cadre" pourrait faciliter les restitutions dans les annĂ©es Ă  venir, sans besoin d'une autorisation au cas par cas du lĂ©gislateur.

AFP

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