VĂȘtus de costumes victoriens impeccables, des passionnĂ©s de Sherlock Holmes se sont rendus aux chutes de Reichenbach, en Suisse, pour rejouer le duel fatidique de l'intrĂ©pide dĂ©tective contre son ennemi jurĂ©, le professeur Moriarty, 135 ans plus tard.
Férus de l'univers d'Arthur Conan Doyle peuplé de bandits, de détectives, de brouillard, de lampes à pétrole et de tweed, une soixantaine de membres de la Sherlock Holmes Society de Londres ont entrepris la semaine derniÚre un long pÚlerinage vers ce lieu mythique.
Chapeaux multiformes, moustaches impĂ©riales, robes somptueuses et cannes haut de gamme Ă©taient de mise : chacun incarnait un personnage des romans, du joueur de rugby disparu au roi de BohĂȘme, en passant par Mme Hudson, la logeuse de Holmes au 221b Baker Street, Ă Londres.
"Le simple fait de porter ces vĂȘtements et de se tenir un peu voĂ»tĂ© vous transforme", a confiĂ© l'avocat britannique Peter Horrocks, coiffĂ© d'un haut-de-forme et vĂȘtu de noir, dans la peau du gĂ©nie du mal Moriarty.
Le périple de trois jours du groupe à travers les lieux liés à Sherlock Holmes en Suisse a culminé à Meiringen, dans l'Oberland bernois (centre de la Suisse).
Dimanche, ils ont emprunté le funiculaire menant aux chutes tumultueuses qui plongent dans un bassin 120 mÚtres en contrebas.
"C'est tellement impressionnant !", s'est exclamĂ© M. Horrocks, au milieu du grondement et des embruns, insistant sur le fait que cela replongeait "absolument" les passionnĂ©s de Sherlock Holmes au cĆur de l'histoire.
Ce lieu spectaculaire est celui oĂč Holmes et Moriarty se sont affrontĂ©s sur un promontoire escarpĂ©, trouvant apparemment tous deux la mort le 4 mai 1891.
Doyle avait ainsi fait mourir son détective préféré dans sa nouvelle de 1893, "Le Denier ProblÚme". Mais la demande du public avait été telle que Doyle fut contraint de le ressusciter un peu plus tard.
- "Immersion totale" -
Loupe dans une main, pipe dans l'autre, l'auteur spécialisé dans le domaine automobile Philip Porter a eu l'honneur d'incarner Holmes.
C'est selon lui le "charme unique" des histoires de Doyle, "empreintes d'une atmosphÚre victorienne, du triomphe du bien sur le mal et de personnages merveilleux", qui captive les passionnés.
"L'univers de Sherlock Holmes nous unit", a-t-il confiĂ© Ă l'AFP, avant de mimer pour la postĂ©ritĂ© le moment oĂč basculent les ennemis, comme l'avait illustrĂ© Sidney Paget en 1893.
Puis survient le docteur Watson, criant un "Holmes !" résonnant contre les rochers, avant de découvrir la lettre que le détective lui a laissée, et de comprendre que son ami était mort.
"Quand Watson a trouvĂ© le mot, j'avoue avoir eu les larmes aux yeux. J'ai trouvĂ© ça trĂšs Ă©mouvant", a confiĂ© HĂ©lĂšne Vrot, originaire des environs de Paris, vĂȘtue d'une robe Ă manches bouffantes, "une mode Ă©phĂ©mĂšre de 1895".
JeanMarie Zubia, originaire de l'Ătat de Washington aux Ătats-Unis, a elle savourĂ© "une immersion totale" dans l'Ă©poque victorienne.
"C'est formidable d'ĂȘtre entourĂ©e de tous ces autres passionnĂ©s de Sherlock Holmes, car ils peuvent parler sans arrĂȘt de ce qui me passionne tant (....) et tous les dĂ©tails qui composent chaque histoire", a expliquĂ© celle qui incarne Laura Lyons, du "Chien des Baskerville".
La Chinoise Kitty, elle, n'en croyait elle pas ses yeux. Coiffée d'un chapeau de chasse à la Holmes, cette fanatique du détective de 24 ans effectuait un premier voyage du 4 mai par ses propres moyens lorsqu'elle s'est retrouvée face à ses personnages préférés, comme s'ils prenaient soudainement vie.
"Waouh ! Quelle chance j'ai de rencontrer M. Sherlock Holmes, le Docteur Watson, le Professeur Moriarty et le Colonel Moran !", s'est exclamée l'étudiante en robotique de l'Université de Manchester, véritablement subjuguée.
Cette visite organisée a marqué le 75e anniversaire de cette société londonienne qui compte plus de 1.000 membres. Le coordinateur du voyage, Markus Geisser, a savouré le fait que "voyager en Suisse en costume victorien est encore une activité trÚs appréciée".
VĂȘtu comme l'espion allemand insouciant Von Bork, il a expliquĂ© que l'association et ses Ă©vĂ©nements offraient l'opportunitĂ© de rencontrer des personnes partageant la mĂȘme passion, ajoutant que pour sa part, il y avait mĂȘme "rencontrĂ© (s)on Ă©pouse".
AFP



