La plage, les palmiers et les sans-abri: aux clichés figurant sur la carte postale de Venice Beach, lieu mythique pour des générations de surfeurs et de touristes en Californie, s'ajoutent désormais les tentes de SDF qui se dressent par dizaines le long du célÚbre front de mer.
"Je ne m'attendais pas Ă voir autant de sans-abri ici Ă Venice (...) Toutes ces tentes qui se touchent, ces cabanes, ces bĂąches, c'est presque comme un village", lance John Jackson, qui vit en Alabama et est venu passer quelques jours de vacances Ă Los Angeles.
Quelque 150 Ă 200 tentes au total se pressent depuis des mois le long de la plage de Venice, Ă la limite de sa voisine plus chic de Santa Monica. Ils vivent au milieu d'un bric-Ă -brac chaotique d'objets de rĂ©cupĂ©ration et de dĂ©chets, dans des conditions d'hygiĂšne extrĂȘmement prĂ©caires oĂč les relents d'urine concurrencent l'odeur de la crĂšme solaire.
Avant le Covid-19, la ville de Venice obligeait systématiquement les SDF à démonter leurs tentes durant la journée. Mais le conseil municipal a suspendu la mesure pour limiter les risques de propagation du coronavirus au sein d'une population particuliÚrement vulnérable.
Les SDF des environs, dont beaucoup avaient perdu l'accÚs à des centres d'hébergement ou des distributions de repas à cause de la pandémie, ont ainsi convergé vers la station balnéaire et sa plage accueillante.
"Les sans-abri font partie du folklore de Venice depuis les années 60 ou 70, mais aujourd'hui leur nombre a explosé. Et ils ont aussi changé", explique à l'AFP le vendeur d'une boutique de souvenirs, qui souhaite rester anonyme.
"Avant, beaucoup d'entre eux étaient des hippies, des vagabonds surfeurs qui avaient plus ou moins choisi ce mode de vie, maintenant ce sont vraiment des pauvres gens. Presque tous sont en trÚs mauvais état physique et mental", poursuit le sexagénaire.
"Je vois beaucoup de souffrance, de maladies mentales, de drogue... Le mois écoulé a été dur pour moi", témoigne Denise Diangelo, une SDF rencontrée par l'AFP prÚs du campement.
"Le plus dur pour moi c'est de dormir. D'habitude je préfÚre dormir prÚs de l'eau, prÚs de l'océan Pacifique, pour éviter les problÚmes", raconte cette jeune femme blonde, qui dit avoir pour seule protection "un parasol".
Juste avant le début de la pandémie, prÚs de 2.000 SDF avaient été recensés dans les rues de la petite ville californienne et leur nombre n'a fait qu'augmenter.
Maintenant que l'Ă©conomie a repris un cours normal et que les touristes sont de retour, la prĂ©sence le long de la promenade d'individus au comportement imprĂ©visible, parfois bruyants ou agressifs, commence Ă sĂ©rieusement dĂ©ranger et a mĂȘme pris un tour trĂšs politique.
Mike Bonin, élu municipal de Venice qui milite pour le relogement des sans-abri, s'est ainsi retrouvé pris dans une vive polémique avec le shérif de Los Angeles et des associations de quartier, partisans d'une évacuation plus musclée.
- Mal chronique en Californie -
Comme beaucoup de visiteurs de passage, John Jackson dit avoir du mal Ă "comprendre pourquoi tous ces gens sont dans la rue alors que la Californie a la rĂ©putation d'ĂȘtre si riche".
La Californie est effectivement la cinquiÚme économie mondiale en termes de PIB, mais c'est aussi l'un des Etats américains les plus touchés par la pauvreté. Elle détient le triste record de la plus forte population de sans-abri dans le pays: plus de 66.000 d'entre eux se trouvaient dans le seul comté de Los
Angeles avant le dĂ©but de la pandĂ©mie, en hausse de prĂšs de 13% par rapport Ă l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente. L'une des principales raisons de cette augmentation, selon l'agence d'aide aux sans-abri de Los Angeles, est le lourd dĂ©ficit de logements abordables dans une ville oĂč les loyers sont particuliĂšrement Ă©levĂ©s. Ils ont progressĂ© de 65% entre 2010 et 2020, presque deux fois plus que la moyenne pour l'ensemble des Etats-Unis. Dans le mĂȘme temps, le revenu mĂ©dian des foyers angelins n'a gagnĂ© que 36%.
Des associations s'activent pour proposer des aides et des hébergements aux SDF de Venice mais la tùche est d'autant plus compliquée que certains sont dans la rue depuis des années.
Comme Rodrick Sims, 50 ans, dont 15 en tant que "SDF chronique" aprĂšs une descente aux enfers dĂ©clenchĂ©e par son divorce. "Je ne sais pas quoi faire. J'espĂšre qu'ils vont me trouver un endroit oĂč je peux commencer Ă rĂ©apprendre Ă vivre entre quatre murs", lĂąche cet Afro-AmĂ©ricain athlĂ©tique en train de manger du raisin devant sa tente, sur la plage. "Parce que je t'assure, quand tu es dehors, tu deviens sauvage, comme un homme des bois", confie-t-il.
AFP




