Guerre

Sur le front ukrainien, des pensées douloureuses pendant l'accalmie

  • PubliĂ© le 4 aoĂ»t 2022 Ă  20:25
  • ActualisĂ© le 4 aoĂ»t 2022 Ă  21:04
Des soldats ukrainiens dans une tranchée dans la région de Soumy, sur la ligne de front dans le nord-est de l'Ukraine, le 2 août 2022

Les soldats du front Est de l'Ukraine ont passĂ© cinq mois Ă©puisants rythmĂ©s par des bombardements incessants. Pourtant, ce sont parfois les moments de calme oĂč ils pensent Ă  leur famille qui sont les plus durs.

Le 10e bataillon de l'armée ukrainienne avait commencé à avancer en creusant de nouvelles tranchées dans les terres noires à deux kilomÚtres de la frontiÚre russe, avant qu'une pause ne s'impose.

"Il y a des bombardements sporadiques. Mais actuellement c'est l'armistice céréalier pour la période de récolte des deux cÎtés", explique à l'AFP le sergent Tchekh qui s'identifie par son nom de guerre conformément au protocole de sécurité. "Mais dans deux ou trois jours, quand ce sera fini, les frappes reprendront avec une vigueur renouvelée."

La mÚre de cet officier de 51 ans est restée dans la région de Kherson, dans le sud, presque entiÚrement occupée par la Russie depuis le début de l'invasion, à 500 kilomÚtres de son fils qui combat dans la région de Soumy, dans le nord-est de l'Ukraine.

"Je n'ai eu aucun contact avec elle depuis trois mois et je ne sais pas si elle est en vie. Elle a 88 ans", raconte-t-il à l'AFP presque en chuchotant. "J'ai eu des contacts avec les voisins et j'ai envoyé de l'argent, mais je n'ai aucune idée de la situation."

- Motivation -

Avocat de profession, Tchekh a amené sa famille dans la sécurité relative de la ville occidentale de Lviv lorsque la guerre a éclaté. Puis il s'est rendu dans un bureau de recrutement local pour se porter volontaire.

Il s'inquiÚte pour sa mÚre injoignable, mais aspire à retrouver sa femme, ses deux filles et son jeune fils, qui attendent la fin de la guerre à l'étranger.

C'est ce rĂȘve des retrouvailles qui le fait avancer. "+Difficile+ n'est pas vraiment le bon mot", dit-il Ă  l'AFP. "Pour moi, c'est une motivation qui m'aide Ă  me concentrer sur le travail en cours."

Environ 150 civils ont été tués dans la région de Soumy depuis le début de la guerre, a déclaré à l'AFP son gouverneur Dmytro Jyvytsky, 39 ans. Les villes et villages le long de sa frontiÚre de 564 kilomÚtres avec la Russie subissent toujours des bombardements presque quotidiens par des roquettes Grad, des obusiers et des mortiers, souligne-t-il.

Mais la partie de la ligne de front du 10e bataillon semble pour l'instant Ă©trangement paisible. Les camarades de Tchekh fument et discutent dans l'ombre de la forĂȘt, profitant d'une pause dans le creusement de tranchĂ©es, leur occupation principale pendant la trĂȘve.

Il n'y a pas de crépitement de coups de feu ni de bruit familier d'obus explosés qui serrent la gorge et accélÚrent le sang. Tout d'un coup l'air vibre d'un gémissement cacophonique qui ressemble à un cri de guerre mais on se rend vite compte que c'est une sonnerie de portable.

- Donner l'exemple -

Le capitaine Roman, commandant de compagnie, supervise le creusement d'une nouvelle tranchée. Il scrute la limite des arbres, les yeux plissés, à la recherche de signes de mouvement de l'ennemi qui ne vient pas. "Ils tirent de temps en temps avec de l'artillerie et des grenades", raconte à l'AFP l'homme de 43 ans.

Environ 90% des combattants du 10e bataillon sont des volontaires qui n'ont vu que peu ou pas de combat. Mais selon leurs supérieurs, ils compensent le manque d'expérience par le fait qu'ils font tout de tout leur coeur.

"Nous sommes ici pour dĂ©fendre notre pays", dĂ©clare Roman Ă  l'AFP. "Les soldats savent qu'ils peuvent mourir, mais ils sont prĂȘts Ă  accomplir leur tĂąche: dĂ©fendre l'Ukraine"

En bas, le commandant de peloton, le lieutenant Volodymyr, montre fiĂšrement la nouvelle tranchĂ©e. EmployĂ© administratif Ă  l'Ă©cole polytechnique de Lviv dans la vie d'avant, l'homme de 43 ans a quittĂ© son emploi et s'est engagĂ© dans l'armĂ©e car il veut ĂȘtre un exemple pour ses deux fils.

Il a pensé à l'effet que sa mort au combat aurait sur les garçons de 12 et 16 ans, mais il estime que sa bravoure leur donnerait également le bon exemple. "Si j'étais resté à Lviv sans rien faire, quel exemple de patriotisme leur aurais-je donné?"

AFP

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