Elles seront sécurisées

Syrie : comment doivent se mettre en place les "zones de dĂ©sescalade"?

  • PubliĂ© le 6 mai 2017 Ă  00:44
Un briefing sur la situation en Syrie mené par l'armée russe à Moscou, le 5 mai 2017

La Russie et l'Iran, alliĂ©s du prĂ©sident Bachar al-Assad, et la Turquie, soutien des rebelles, ont adoptĂ© un plan russe pour la Syrie dĂ©chirĂ©e par la guerre visant Ă  crĂ©er des "zones de dĂ©sescalade", c'est-Ă -dire sĂ©curisĂ©es, afin d'instaurer une trĂȘve durable dans plusieurs rĂ©gions.


- Quel emplacement ? -
Selon le plan signĂ© jeudi Ă  Astana, ces "zones de dĂ©sescalade" seront instaurĂ©es dans les huit provinces oĂč se trouvent les rebelles.
La province d'Idleb (nord-ouest) contrÎlée par une coalition de rebelles islamistes et de jihadistes dont Fateh al-Cham (ex-branche syrienne d'al-Qaïda) sera notamment concernée.
Ces zones seront également établies dans des secteurs des provinces de Lattaquié, de Hama et d'Alep, contiguës à celles de la province d'Idleb. Les insurgés sont en effet présents dans le nord de Lattaquié et de Hama ainsi que dans le nord et l'ouest d'Alep.
Dans le centre du pays il y aura aussi une zone dans la province de Homs.
PrĂšs de la capitale, un autre secteur sĂ©curisĂ© sera Ă©tabli dans la Ghouta orientale, le plus important bastion rebelle dans la grande banlieue de Damas, avec des villes comme Douma ou Harasta, mĂȘme si le rĂ©gime est prĂ©sent dans cette rĂ©gion.
Dans le sud, seront concernĂ©es une partie des provinces de Deraa et Qouneitra, contrĂŽlĂ©es majoritairement par les rebelles. Une formation alliĂ©e au groupe État Islamique (EI) est Ă©galement prĂ©sente dans ces deux gouvernorats.
Ces zones ne concernent pas les trois provinces totalement sous contrĂŽle du rĂ©gime (Damas, Tartous et Sweida) ainsi que l'est et le nord-est du pays oĂč se trouvent les jihadistes de l'EI et la coalition kurdo-arabe qui les combat avec l'appui des États-Unis.
La Syrie compte au total 14 provinces.


- Quel calendrier ? -
Deux semaines aprÚs la signature, soit le 18 mai, sera formé "le groupe de travail commun" qui établira, d'ici le 4 juin, les cartes de ces "zones de désescalade" ainsi que des "zones de sécurité" attenantes, et devra résoudre les problÚmes techniques et opérationnels.
Dans le mĂȘme temps, les garants devront sĂ©parer les groupes armĂ©s de l'opposition des "groupes terroristes" qui sont, selon le document, l'EI, "le Front al-Nosra" (ancien nom dĂ©signant l'actuel Fateh al-Cham) et tous les groupes, entitĂ©s et individus qui leur sont affiliĂ©s.
Les "zones de dĂ©sescalade" seront créées pour une durĂ©e de six mois qui peut ĂȘtre prolongĂ©e par consensus des trois garants.


- Comment cela va-t-il se traduire? -
Dans les "zones de désescalade", les forces gouvernementales et les groupes armés de l'opposition qui sont partie prenante ou qui rejoindront le cessez-le-feu initié par la Russie et la Turquie le 30 décembre 2016, devront cesser d'utiliser tout type d'armes y compris l'aviation.
Les avions de la coalition internationale menée par les Etats-Unis ne pourront pas opérer dans les "zones de désescalade", a affirmé vendredi un haut diplomate russe.
Dans ces zones l'accĂšs humanitaire devra ĂȘtre assurĂ©, ainsi que l'acheminement de l'aide mĂ©dicale, la remise en Ă©tat des infrastructures, notamment l'eau et l?Ă©lectricitĂ©. Le retour volontaire des rĂ©fugiĂ©s et des dĂ©placĂ©s devra ĂȘtre facilitĂ©.
Autour des "zones de désescalade", des "zones de sécurité" seront établies par des forces des trois pays garants auxquelles pourront s'adjoindre des pays tiers, pour éviter des frictions.
Des points de contrÎle y seront établis pour assurer la libre circulation des civils et faciliter l'acheminement de l'assistance humanitaire. Il y aura également des postes d'observation.


- Ses chances de succĂšs -
L'objectif des "zones de désescalade" est, selon l'accord signé jeudi, de mettre "rapidement" fin à la violence, d'améliorer la situation humanitaire et de créer les "conditions pour faire avancer le processus politique, alors que la guerre a déjà fait plus de 320.000 morts en six ans.
Le memorandum stipule aussi que la lutte contre l'EI et Al-QaĂŻda (dĂ©signĂ© comme Front al-Nosra ou Fateh al-Cham mĂȘme si ce dernier a rompu son allĂ©geance Ă  cette organisation) doit se poursuivre.
Mais, si les jihadistes de l'EI n'ont aucune relation avec les rebelles qu'ils combattent ùprement, les seconds forment souvent des alliances avec l'opposition armée dans plusieurs régions face au régime.
Pour Noah Bonsey, expert à l'International Crisis Group (ICG), "l'accord d'aujourd'hui semble plus sérieux que les efforts précédents d'Astana, mais comme d'habitude, il risque probablement de se désagréger à cause de la faille posée par al-Nosra"
"Pour donner une chance de réussite à l'accord d'Astana, il faut laisser plus de temps pour régler le problÚme d'al-Nosra", estime-t-il.

Par Sandra LAFFONT - © 2017 AFP

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