Un seul shot en 12 jours, bu "par politesse": le bilan des vacances à Malte entre amis de Martin, 18 ans, pour la fin du lycée, semble représentatif de la consommation de plus en plus d'adolescents français. Sans drogues, ni tabac, et presque sans alcool.
Seuls 20% des Français de 16 ans déclaraient en 2024 avoir déjà consommé du tabac et 8,4% du cannabis, selon une étude européenne sur la consommation des jeunes, relayée début septembre par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).
Par rapport à 2015, on trouve ainsi cinq fois moins de fumeurs quotidiens et trois fois moins de jeunes ayant expérimenté le cannabis, pointe l'étude.
Si Martin n'a jamais touchĂ© Ă une cigarette, il a dĂ©jĂ "testĂ©" l'alcool et le cannabis, Ă la fin du collĂšge. "Les premiĂšres fois oĂč tu consommes, c'est soit sous la pression sociale, soit pour faire le grand", estime l'Ă©tudiant tout juste entrĂ© en premiĂšre annĂ©e de droit Ă Paris.
Depuis le lycée, il prÎne cependant la sobriété, avec pour motifs sa foi chrétienne, sa pratique sportive ou encore tout simplement sa capacité à s'amuser avec ses amis sans recours à une substance psychoactive.
Cela semble aller dans le sens d'une tendance générale, celle d'"une prise de conscience dans la société (...) des effets délétÚres de ces comportements", juge Nicolas Prisse, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.
Une vaste enquĂȘte menĂ©e en 2022 par l'OFDT sur 23.000 Français de 17 ans pointait dĂ©jĂ une tendance Ă la baisse de leur consommation de substances psychoactives, dĂ©montrant selon le mĂ©decin de santĂ© publique que "la bataille de la dĂ©normalisation" est en passe d'ĂȘtre gagnĂ©e.
- "Super cher" -
Au premier plan, le tabac: Charlotte, 16 ans, boit de temps en temps en soirée ou en boßte, mais pas question de "tomber" dans "la dépendance à la nicotine".
Sa mĂšre, elle-mĂȘme fumeuse, le lui a d'ailleurs interdit. "Elle y est tombĂ©e hyper jeune et maintenant, c'est vraiment une addiction", dĂ©plore la lycĂ©enne scolarisĂ©e en banlieue toulousaine, soulignant que "ça coĂ»te super cher".
Et en effet, l'augmentation constante du prix, le paquet neutre, l'interdiction de vente aux mineurs, constituent un "arsenal de régulation" pouvant expliquer que la consommation de tabac ne soit "plus populaire chez les jeunes", entraßnant avec elle celle du cannabis, autre "produit à fumer", selon M. Prisse.
Une autre explication Ă cette Ă©volution pourrait ĂȘtre la "dĂ©gradation de la santĂ© mentale" observĂ©e chez les jeunes, entraĂźnant un "repli sur soi", Ă l'Ăąge oĂč la consommation est liĂ©e Ă une "conformitĂ© sociale du groupe", selon le mĂ©decin.
Parmi les amis de Ruben, 17 ans, par exemple, on sort assez peu. Ce lycéen de Toulouse n'a jamais essayé ni tabac, ni cannabis, ni cigarette électronique, pour lesquels il n'a "pas tellement de curiosité". En revanche, il se voit consommer de l'alcool "plus tard", quand il aura "plus d'occasions d'en boire".
Car l'alcool reste central dans la socialisation des adolescents. Sept sur dix l'avaient dĂ©jĂ essayĂ© en 2024, selon l'Ă©tude europĂ©enne relayĂ©e par l'OFDT, avec une frĂ©quence notable d'"alcoolisations ponctuelles importantes" (binge drinking), soit au moins cinq verres d'alcool lors d'une mĂȘme occasion.
"Ătre bourrĂ©e, ça me fait un peu peur, parce que j'ai des copines qui ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© pas trĂšs bien, au point de devoir appeler l'hĂŽpital", raconte Clara (prĂ©nom modifiĂ©), 15 ans.
Dans les soirées de cette élÚve de seconde scolarisée à Saint-Mandé (Val-de-Marne), "il y a de l'alcool" et certains jeunes de son ùge "ne savent pas vraiment leurs limites".
- Industriels "trĂšs inventifs" -
Tout n'est donc pas encore gagné et "il faut rester prudent", estime Nicolas Prisse.
"Les industriels -ou d'ailleurs parfois les groupes criminels, quand il s'agit de stupéfiants et de produits interdits- sont trÚs inventifs en termes de tendances et de propositions d'offres sur le marché", ajoute-t-il.
Les "puffs", cigarettes Ă©lectroniques jetables, en sont un bon exemple. Interdites Ă la vente depuis fĂ©vrier en France mais qui continuent d'ĂȘtre vendues notamment dans les petites Ă©piceries, elles restent une tendance bien rĂ©elle chez les adolescents, comme en tĂ©moignent les jeunes interrogĂ©s par l'AFP.
"C'est aux fruits, ça sent bon", contrairement aux cigarettes, explique Clara. "Ca a pas l'air trÚs dangereux", estime la lycéenne, pourtant consciente de leur nocivité.
AFP

