France - Justice

Tariq Ramadan peut rester en prison, selon une expertise médicale

  • PubliĂ© le 19 fĂ©vrier 2018 Ă  22:07
  • ActualisĂ© le 20 fĂ©vrier 2018 Ă  05:42
Le théologien musulman suisse controversé Tariq Ramadan à Abidjan, le 6 septembre 2011

Tariq Ramadan, mis en examen pour viols, peut rester en prison au vu de son état de santé. C'est la conclusion de l'expertise médicale ordonnée par la justice, avant l'examen jeudi du recours déposé par le théologien musulman contre son incarcération.


Ecroué depuis début février à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne), l'islamologue suisse a contesté son placement en détention provisoire, en invoquant notamment son état de santé. La cour d'appel de Paris a ordonné jeudi dernier cette expertise et a renvoyé à jeudi prochain sa décision sur sa demande de remise en liberté.

M. Ramadan affirme souffrir de deux maladies, dont une sclĂ©rose en plaques. Il a Ă©tĂ© hospitalisĂ© vendredi soir au Centre hospitalier sud-francilien Ă  Corbeil-Essonnes. Il s'y trouvait encore lundi, selon une source proche du dossier. Les deux pathologies dont il dit souffrir "ne peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme certaines au jour de la prĂ©sente expertise, au vu des documents prĂ©sentĂ©s, des dires de Monsieur Tariq Ramadan et des constatations de l'examen clinique" rĂ©alisĂ© jeudi dernier juste aprĂšs l'audience devant la chambre de l'instruction, selon le contenu de cette expertise rĂ©vĂ©lĂ© lundi Ă  l'AFP par des sources proches du dossier.

Le médecin souligne également dans son rapport "la nécessité d'un bilan neurologique complet et sérieux qui n'a pas été fait depuis les années que semblent durer les troubles allégués", ont ajouté ces sources. A l'appui de ses dires, l'intellectuel musulman avait produit plusieurs attestations rédigées par ses médecins. Il avait aussi présenté un examen médical réalisé le 13 février par un médecin généraliste de sa prison, qui avait jugé son état de santé "incompatible avec la détention".

En l'état, l'expert médical désigné par la justice estime aussi que les pathologies évoquées par l'islamologue ne peuvent s'aggraver brutalement et "ne peuvent pas engager à court ou plus long terme le pronostic vital".

- Vifs débats -

"Son état de santé s'aggrave, d'autant plus que les juges ont refusé (vendredi) encore de délivrer un permis de visite à sa femme et ses enfants", avait indiqué samedi une personne de son entourage sous couvert d'anonymat.

Deux femmes ont porté plainte fin octobre contre l'intellectuel, accusé par ses détracteurs de dissimuler le projet d'un islam politique, voire radical. Une information judiciaire a été ouverte et confiée à trois juges d'instruction. Depuis le début de cette affaire, qui a suscité de vifs débats en France, M. Ramadan conteste les accusations portées contre lui pour des faits qui auraient eu lieu le 9 octobre 2009 à Lyon et en mars-avril 2012 à Paris.

La justice avait dĂ©cidĂ© le placement en dĂ©tention provisoire du thĂ©ologien, craignant une fuite Ă  l'Ă©tranger ou d'Ă©ventuelles pressions sur les plaignantes ou d'autres femmes ayant tĂ©moignĂ© sous X - un dispositif destinĂ© Ă  protĂ©ger le tĂ©moin - lors de l'enquĂȘte prĂ©liminaire. Pour obtenir sa remise en libertĂ©, la dĂ©fense de Tariq Ramadan insiste sur son Ă©tat de santĂ© et sur le fait qu'il est prĂȘt Ă  rendre son passeport suisse et Ă  verser une caution de 50.000 euros. Ses avocats ont Ă©galement suggĂ©rĂ© un possible placement sous surveillance Ă©lectronique.

Le théologien est soutenu par l'organisation des Musulmans de France (ex-UOIF), proche de la mouvance des FrÚres musulmans dont le fondateur est le grand-pÚre de Tariq Ramadan. Ce mouvement influent avait indiqué espérer que "la santé de Tariq Ramadan ainsi que l'ensemble du dossier fassent l'objet d'un examen rigoureux, loin de toute pression médiatique ou idéologique".

Sa femme a également pris la parole pour la premiÚre fois depuis le début de l'affaire dans une vidéo sur Facebook. Elle y juge que son mari est victime d'un "lynchage médiatique" et d'"accusations mensongÚres" et affirme qu'"il n'a jamais tenté d'échapper à la justice".

AFP

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