Terre battue

Tennis : Federer-Nadal, le duel du siĂšcle

  • PubliĂ© le 10 octobre 2024 Ă  15:18
  • ActualisĂ© le 10 octobre 2024 Ă  16:32
Les larmes d'émotion partagée de Federer et Nadal, aprÚs avoir joué ensemble en double le dernier match de la carriÚre du Suisse, dans la Laver Cup 2022 à Londres.

Pendant quinze ans, Roger Federer et Rafael Nadal ont écrit le feuilleton le plus passionnant de l'histoire du tennis, un duel entre deux joueurs aux styles totalement opposés que l'Espagnol a dominé grùce à sa suprématie sur terre battue.

Nadal est l'incontestable vainqueur aux points (24-16) de ce combat du siÚcle en 40 rounds qui s'est étendu de 2004, lorsque le tout jeune Majorquin alors ùgé de 17 ans a créé la surprise en battant le nouveau numéro un mondial de cinq ans plus ùgé, jusqu'à la demi-finale de Wimbledon gagnée par Federer en 2019.

Son point d'orgue a Ă©tĂ© la finale de 2008 sur le gazon anglais, quand Nadal, battu l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente dans un match dĂ©jĂ  mĂ©morable, a dĂ©trĂŽnĂ© le quintuple tenant du titre Ă  la nuit tombante aprĂšs presque cinq heures d'un tennis de rĂȘve des deux cĂŽtĂ©s. Cette rencontre est la plus cĂ©lĂšbre de l'histoire du tennis avec le Borg-McEnroe de 1980, dans le mĂȘme jardin.

Il y a eu d'autres sommets, comme la finale de l'Open d'Australie 2009 à l'issue de laquelle le Suisse, vaincu, n'a pu retenir ses larmes, ou celle qu'il a remportée huit ans plus tard, signant un époustouflant retour au premier plan en Grand Chelem aprÚs six ans de disette.

- Les chiffres pour Nadal -

Nadal a eu le dessus dans les finales de Grands Chelems (6 Ă  3), dans les matchs disputĂ©s dans ces Majeurs quel que soit le tour (10-4) et aussi dans les finales tous tournois confondus (14-10). Ce bilan s'explique par sa supĂ©rioritĂ© Ă©crasante sur l'ocre: 14 victoires Ă  2, dont 4 en finale de Roland-Garros. Federer est en revanche en tĂȘte sur herbe (3-1) et sur dur (10-9) mais pas sur dur en extĂ©rieur (8-6 pour Nadal).

L'affiche Nadal-Federer, vue neuf fois en finales de Grand Chelem, a été la plus fréquente de l'histoire à ce niveau, rattrapée par la Nadal-Djokovic et devant les sept Djokovic-Murray.

Ce n'est pas le nombre de matchs mais l'opposition des styles, comme lors des quatre Borg-McEnroe, qui a enthousiasmĂ© le public: lĂ©gĂšretĂ© et offensive cĂŽtĂ© suisse, puissance et dĂ©fense cĂŽtĂ© espagnol, mĂȘme si Ă©videmment Federer avait aussi d'excellentes jambes et Nadal des coups d'attaque dĂ©vastateurs, surtout en coup droit.

Le Majorquin a adopté une tactique limpide pour mettre en échec les assauts du Suisse: pilonner son revers, son coup le moins fort, avec de grands coups droits liftés de gaucher. "Avec Federer, la seule chose à faire est de ne pas lùcher son revers, l'obliger à frapper la balle haut, la raquette à hauteur du cou, le mettre sous pression, chercher ainsi la faille et miner son moral", explique-t-il dans son autobiographie ("Rafa").

- Rivaux mais amis -

Federer a fini par trouver la parade, à la fin de sa carriÚre, et a réduit l'écart au bilan total en gagnant leurs sept derniers duels hors terre battue. En revanche sur l'ocre, il a oscillé entre plusieurs variantes de sa stratégie offensive sans jamais aboutir.

C'est en 2009 quand Nadal, blessé au genou, avait été éliminé prématurément qu'il a réussi à gagner son seul Roland-Garros.
Au fil des saisons, Nadal a fait évoluer sa panoplie, lui ajoutant un service efficace sur herbe et sur dur et un revers (à deux mains) redoutable pour bousculer son rival sur toutes les surfaces.

Les deux champions ont été l'un pour l'autre (et Novak Djokovic pour les deux) le principal obstacle à une domination totale sur le circuit. Pourtant, il n'y a pas eu la moindre animosité, mais au contraire une amitié jamais démentie entre ces deux hommes qui se sont invités l'un chez l'autre et ont participé ensemble à des événements de promotion comme la "bataille des surfaces" (un cÎté en terre battue et l'autre en gazon) en 2007.

L'Espagnol en particulier n'a jamais caché son admiration pour son rival. Admettant dans son livre "un décalage de talent" avec le Suisse, il se disait "sidéré par la qualité de son jeu" et avouait qu'il "n'en revenait pas d'avoir réussi à le battre", en partie parce que "Federer n'était pas tout à fait Federer quand il jouait contre (lui)".

À l'annonce de la retraite du Suisse, Nadal avait dit que c'Ă©tait "l'un des joueurs les plus importants, si ce n'est le plus important, de l'histoire de ce sport qui partait".

Le Suisse a lui souligné que c'était Nadal, un joueur "qui a des coups que personne d'autre n'a", qui l'avait poussé à remettre en question son jeu pour devenir un plus grand champion encore.

De ce duel titanesque, il restera l'image des deux hommes en pleurs, se tenant la main à l'issue de l'ultime match de Federer en septembre 2022: un double partagé avec Nadal en Laver Cup.

AFP

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