Pollution

ThaĂŻlande: l'air toxique de Chiang Mai fait fuir les touristes

  • PubliĂ© le 12 avril 2023 Ă  19:23
  • ActualisĂ© le 12 avril 2023 Ă  19:31
La ville de Chiang Mai au nord de la ThaĂŻlande, enveloppĂ©e d'un Ă©pais brouillard engendrĂ© par les incendies de forĂȘt et le brĂ»lage des chaumes par les agriculteurs. Photo prise le 10 avril 2023

A Chiang Mai, devenue l'une des villes les plus polluées du monde, les habitants vivent sous un nuage nauséabond qui menace leur santé et le tourisme à la veille du Nouvel An thaïlandais.

Classique en cette saison, la fumĂ©e dĂ©gagĂ©e par les incendies de forĂȘt et le brĂ»lage des chaumes par les agriculteurs atteint cette annĂ©e des niveaux inĂ©dits et asphyxie la grande ville touristique du nord de la ThaĂŻlande.

Mercredi, comme pendant plusieurs jours d'affilĂ©e, Chiang Mai Ă©tait en tĂȘte des villes du monde avec l'air le plus polluĂ© en particules fines dans le classement Ă©tabli par l'application IQAir.

Les photos et vidéos de la brume qui a recouvert la cité historique ont suscité des appels à l'action à l'approche des élections nationales trÚs attendues de mai et l'Organisation mondiale de la santé a mis en garde contre les conséquences désastreuses à long terme de la pollution de l'air.

Les relevés locaux montraient des niveaux de particules PM2,5 - si minuscules qu'elles peuvent pénétrer dans le systÚme sanguin - plus de 30 fois supérieurs à la recommandation annuelle de l'OMS, selon IQAir. "Cela m'a donné envie de pleurer", a déclaré à l'AFP Kanchaya Boontan, la patronne d'une petite agence de voyage.

- "La pollution affecte ma vie de plus en plus" -

"Cette année est mauvaise, normalement la pollution n'est pas trop longue, mais les étrangers ont vu les informations", dit-elle en ajustant son masque N95, équivalent d'un FFP2. "La semaine derniÚre, je n'ai eu qu'un seul client. Cette semaine, personne."

Boudée par les étrangers, Chiang Mai l'est aussi par les Thaïs, qui ont multiplié les annulations à l'approche du week-end de Songkran, le Nouvel An local, en raison de la pollution, selon l'association hÎteliÚre de Thaïlande.

Devant la célÚbre porte de Tha Phae, alors que les touristes effraient les pigeons et posent pour des photos, Aun, un vendeur de jus d'orange de 45 ans, tente de faire marcher les affaires.

"La pollution affecte ma vie de plus en plus chaque jour, qu'il s'agisse de ma santé ou de la baisse du nombre de touristes", explique-t-il.
"Certains jours, on peut Ă  peine voir les routes devant soi, et ce n'est pas du brouillard mais du smog", ajoute-t-il.

Selon Siwatt Pongpiachan, spécialiste de l'atmosphÚre à l'Institut national de recherche astronomique de Thaïlande, la pollution est principalement due aux brûlis des agriculteurs dans la région et dans les pays voisins.

Les particules PM2,5, les plus dangereuses, s'accumulent au niveau de la ville, qui se trouve dans une cuvette. D'aprÚs l'expert, l'évolution du climat est également en cause.

Selon le ministĂšre de la SantĂ© publique, prĂšs de deux millions de personnes ont dĂ» ĂȘtre hospitalisĂ©es cette annĂ©e pour des affections respiratoires causĂ©es par la pollution de l'air.

- Un soleil rouge vif -

Selon Rungsrit Kanjanavanit, cardiologue Ă  Chiang Mai, les autoritĂ©s entretiennent un silence coupable, de peur d'effrayer les touristes pour de bon, dans un pays oĂč ce secteur est vital pour l'Ă©conomie.

"Les effets sur la population sont immenses", en particulier sur les enfants et les personnes ùgées, explique M. Rungsrit, ajoutant que l'exposition à long terme aux PM2,5 a des conséquences établies sur l'espérance de vie.

"Le soleil était vraiment rouge vif à cause de la fumée dans le ciel, c'était assez, assez étrange et trÚs brumeux", raconte la touriste britannique Lucy Cooper.

"On ne pouvait pas voir plus loin que quelques champs", relate cette femme de 34 ans, venue avec son compagnon et ses deux enfants.

Le smog "cache la beauté de la ville", regrette Chokchai Mongkolcho, un touriste thaïlandais. "Je me demande si je reviendrai un jour ici si la pollution persiste."

 AFP

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