Cuisine

Tomy Gousset, chef bistronome qui donne un coup de jeune aux abats

  • PubliĂ© le 12 mai 2017 Ă  20:28
Le chef français Tomy Gousset dans son restaurant à Paris, le 11 mai 2017

De la langue de boeuf, mais en fine tartelette. De la queue de boeuf, mais en panini: le chef trentenaire Tomy Gousset, nouveau visage de la "bistronomie" parisienne, s'ingénie à rajeunir l'image des abats. Ce cuisinier français d'origine cambodgienne, qui participe au festival Taste of Paris du 18 au 21 mai, a ouvert il y a huit mois sa table, "Tomy & Co", prÚs des Invalides.

Avec l'idée de "toucher une large clientÚle et de proposer des tarifs accessibles", explique à l'AFP le chef, visage poupin et bras tatoués. Qui cite comme modÚles Yves Camdeborde et Stéphane Jégo, deux noms de la "bistronomie", tendance née dans les années 1990 alliant restauration de qualité, prix abordables et cadre décontracté.

Lui-mĂȘme n'Ă©tait pas "prĂ©destinĂ© Ă  la cuisine", raconte-t-il. NĂ© en banlieue, en Seine-et-Marne, de parents cambodgiens, le jeune homme dĂ©couvre l'univers de la gastronomie en regardant un reportage sur l'Ă©cole Ferrandi, qu'il dĂ©cide d'intĂ©grer Ă  22 ans aprĂšs la fac d'Ă©conomie. FormĂ© auprĂšs de chefs trois Ă©toiles (Alain SolivĂ©rĂšs, Yannick AllĂ©no, Daniel Boulud Ă  New York), Tomy Gousset prend en 2012 la tĂȘte des cuisines du bistro Pirouette aux Halles, avant d'ouvrir sa propre adresse en septembre 2016, soutenu par la dotation du Gault & Millau pour les jeunes talents.

Dans ce cadre "cool", avec de la musique soul en fond sonore, il propose des menus à 25 euros (midi), 45 et 65 euros. Ses fruits et légumes proviennent de son potager bio, à une soixantaine de km au sud de Paris. Pour avoir à sa carte certains produits dignes de tables gastronomiques tout en contenant ses tarifs, le chef de 36 ans travaille aussi des éléments moins nobles et moins coûteux, comme les abats, "qu'on peut sublimer".

- 'Rendre sexy la langue de boeuf' -

Telle cette langue de boeuf en fine tartelette, gribiche, navet mariné et graines de moutarde, qui a remporté en avril le prix de la meilleure entrée du guide Lebey. Une recette dont il a particuliÚrement soigné la présentation: "il fallait trouver quelque chose de joli pour rendre +sexy+ la langue de boeuf".

Un parti pris saluĂ© par le directeur gĂ©nĂ©ral du guide Lebey, Pierre-Yves Chupin, qui juge "le contraste trĂšs rĂ©ussi" entre l'apparence "sophistiquĂ©e" de cette entrĂ©e et la "promesse trĂšs bistrotiĂšre" de ses ingrĂ©dients. Tomy Gousset "fait partie d'une jeune gĂ©nĂ©ration qui a ce talent de savoir tout utiliser dans un produit, de ne rien jeter, c'est un message de bonne Ă©conomie alimentaire", se rĂ©jouit-il. "C'est ce qu'on attend d'un grand chef, qu'avec une simple Ă©pluchure de pomme de terre il fasse quelque chose d'appĂ©tissant et mĂȘme gourmand!"

Pour le festival Taste of Paris, Tomy Gousset a prévu de concocter notamment un panini à la queue de boeuf, truffe noire, Ossau Iraty et jeunes pousses. "J'ai fait le choix de quelque chose de trÚs simple, de la +finger food+. Mais je n'allais pas proposer un panini tomate-mozzarella!"
Le chef veut faire (re)dĂ©couvrir la queue de boeuf, qui "est quand mĂȘme assez mĂ©connue". "Avant d'ĂȘtre dans le milieu de la gastronomie, je n'en avais jamais mangĂ©", confie-t-il. "Cela peut rĂ©pugner, mais en fait il y a vraiment beaucoup de chair dans la queue, c'est encore plus fondant qu'un paleron!"

Les abats sont toutefois loin d'ĂȘtre le seul terrain de crĂ©ativitĂ© pour Tomy Gousset. Parmi ses plats signature, des gnocchis croustillants aux champignons de saison et jus de volaille, ou encore un Ossau Iraty travaillĂ© comme un cheesecake, accompagnĂ© de confiture de cerise noire et de piment d'Espelette, recette qu'il a Ă©laborĂ©e avec Alain SolivĂ©rĂšs au Taillevent.

AFP

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