Trois ans de guerre au Soudan, Berlin tente de mobiliser l'aide internationale

  • PubliĂ© le 15 avril 2026 Ă  13:40
  • ActualisĂ© le 15 avril 2026 Ă  13:55
Des ouvriers du bùtiment déblaient des décombres alors que les efforts de reconstruction des infrastructures reprennent à Khartoum aprÚs prÚs de trois ans de guerre, le 17 janvier 2026 au Soudan

Le Soudan entre dans sa quatriÚme année de guerre entre l'armée et les paramilitaires, plongeant la majorité de la population dans la pauvreté, sous les yeux inquiets de la communauté internationale réunie mercredi à Berlin qui espÚre récolter plus d'un milliard de dollars.

"Nous voulons atteindre plus que lors de la derniĂšre confĂ©rence Ă  Londres, oĂč avait Ă©tĂ© rĂ©coltĂ© un milliard de dollars (850 millions d'euros, NDLR)", il y a un an, a affirmĂ© le ministre allemand des Affaires Ă©trangĂšres, dans un entretien Ă  la radio Deutschlandfunk.

"Cela semble fonctionner, nous l'annoncerons cet aprÚs-midi", a assuré Johann Wadephul, ajoutant qu'il continuait "de recevoir des confirmations" de dons.

La pire crise humanitaire au monde selon l'ONU a arrachĂ© 11  millions de Soudanais Ă  leurs foyers et rĂ©pandu la famine.

"Nous avons deux grandes guerres en Iran et en Ukraine, mais cette catastrophe en Afrique ne doit pas ĂȘtre oubliĂ©e", a soulignĂ© le chef de la diplomatie allemande, jugeant "regrettable" que "les Etats-Unis ne soient plus aussi actifs que les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes" dans ce dossier.

La réunion de Berlin rassemble, à l'occasion de l'anniversaire du début du conflit, gouvernements, agences humanitaires et organisations de la société civile, mais exclut les deux belligérants, l'armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

Des rendez-vous similaires à Londres et Paris ces deux derniÚres années n'ont pas permis de percée diplomatique.

- "Déchirant" -

"Les gens sont épuisés", témoigne Amgad Ahmed, 42 ans, à Omdurman, ville jumelle de Khartoum.

"Nous avons perdu notre travail, nos économies et tout sentiment de stabilité", confie l'homme resté chez lui durant tout le conflit.

PrÚs de 700 civils ont été tués dans des frappes de drones depuis janvier, les deux camps ayant intensifié leurs attaques, en particulier dans les Etats du Kordofan-Sud et du Nil Bleu, selon l'ONU.

Un calme fragile s'est toutefois installĂ© dans la capitale, Khartoum, reprise par l'armĂ©e en 2025, oĂč la reconstruction a commencĂ© dans certains secteurs.

Les marchés ont rouvert, le trafic automobile a repris, les examens de fin d'études secondaires se sont tenus cette semaine, aprÚs prÚs de deux ans de fermetures massives d'écoles.

D'aprĂšs l'ONU, environ 1,7  million de personnes sont revenues Ă  Khartoum. Mais le danger y rĂŽde encore et les autoritĂ©s s'emploient lentement Ă  neutraliser des dizaines de milliers de bombes non explosĂ©es.

Al‑Bachir Babker al‑Bachir, 41 ans, revenu Ă  deux reprises aprĂšs trois ans d'absence, estime que la ville aura besoin de plusieurs annĂ©es pour se relever.

"J'Ă©tais heureux de revenir", dit-il Ă  l'AFP. "Mais lorsque je suis allĂ© au centre‑ville, c'Ă©tait dĂ©chirant".

"La route menant Ă  l'universitĂ© oĂč j'ai Ă©tudiĂ© n'est plus la mĂȘme, les murs sont noirs", "ce ne sont plus les mĂȘmes endroits", raconte-t-il.

- Violences sexuelles, déplacements, morts -

Les efforts diplomatiques menĂ©s par le "Quad" (Etats‑Unis, Arabie saoudite, Emirats arabes unis et Egypte) ont jusqu'Ă  prĂ©sent Ă©chouĂ©, les deux camps continuant de se disputer le contrĂŽle du territoire de ce troisiĂšme plus grand pays d'Afrique, en bĂ©nĂ©ficiant du soutien de parrains Ă©trangers.

L'Arabie saoudite, l'Egypte et la Turquie soutiennent l'armée soudanaise, et les Emirats arabes unis sont accusés d'armer les FSR. Tous nient une implication directe dans les hostilités.

Les pourparlers menĂ©s par le Quad ont Ă©galement Ă©tĂ© interrompus aprĂšs que le chef de l'armĂ©e, Abdel Fattah al‑Burhane, a remis en cause la participation d'Abou Dhabi.

"RĂ©pĂ©tition des violences sexuelles, rĂ©pĂ©tition des dĂ©placements, rĂ©pĂ©tition des morts. On a l'impression d'ĂȘtre coincĂ©s dans une boucle", a dĂ©noncĂ© lundi la responsable de l'ONU au Soudan, Denise Brown.

Au-delà de la destruction généralisée des infrastructures, la guerre a précipité davantage la population - quelque 50 millions d'habitants - dans l'insécurité alimentaire et la pauvreté. Mais l'appel à des dons lancé par l'ONU pour 2026 n'est pour l'instant financé qu'à 16%.

La famine a été déclarée l'an dernier dans les capitales du Nord-Darfour, El-Facher, et du Kordofan-Sud, Kadougli, avec 20 autres zones à risque, selon l'ONU.

AFP

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