Le Soudan entre dans sa quatriĂšme annĂ©e de guerre entre l'armĂ©e et les paramilitaires qui a plongĂ© la majoritĂ© de la population dans la pauvretĂ©, sous les yeux inquiets de la communautĂ© internationale rĂ©unie mercredi Ă Berlin oĂč elle espĂšre rĂ©colter plus d'un milliard de dollars.
Le ministre allemand des Affaires Ă©trangĂšres, Johann Wadephul, a dit espĂ©rer rĂ©unir d'ici mercredi aprĂšs-midi un montant total d'engagements plus important "que lors de la derniĂšre confĂ©rence Ă Londres, oĂč avait Ă©tĂ© rĂ©coltĂ© un milliard de dollars" (850 millions d'euros), dans un entretien Ă la radio allemande Deutschlandfunk.
La pire crise humanitaire au monde, comme l'ONU a qualifiĂ© la situation au Soudan, a arrachĂ© quelque 12 âŻmillions de Soudanais Ă leurs foyers et rĂ©pandu la famine.
A l'ouverture de la conférence, le président de la Commission de l'Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, a déploré "l'absence de couverture médiatique" du conflit.
M. Wadephul a de son cĂŽtĂ© trouvĂ© "regrettable" que "les Ătats-Unis ne soient plus aussi actifs que les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes" dans ce dossier.
Avec 579 millions de dollars (492 millions d'euros) en 2025 et "200 millions supplémentaires" (170 millions d'euros) pour 2026, avant la nouvelle contribution de mercredi, Washington reste "fortement engagé en faveur de cette cause", a réfuté le conseiller américain aux affaires arabes et africaines, Massad Boulos.
A l'occasion de l'anniversaire du début du conflit, la réunion de Berlin rassemble gouvernements, agences humanitaires et organisations de la société civile, mais exclut les deux belligérants, l'armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).
Le reprĂ©sentant amĂ©ricain a appelĂ© les deux parties au conflit Ă "une pause de trois mois" dans les hostilitĂ©s, une trĂȘve humanitaire "sans aucune condition prĂ©alable" pour travailler Ă "un cessez-le-feu permanent" et Ă une "transition politique".
De précédentes rendez-vous similaires ces deux derniÚres années, à Londres et Paris, n'avaient pas permis de percée diplomatique.
- "Déchirant" -
"Les gens sont épuisés", témoigne Amgad Ahmed, 42 ans, à Omdurman, ville jumelle de Khartoum, la capitale soudanaise.
"Nous avons perdu notre travail, nos économies et tout sentiment de stabilité", confie l'homme, resté chez lui durant tout le conflit.
PrĂšs de 700 civils ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans des frappes de drones depuis janvier, les deux camps ayant intensifiĂ© leurs attaques, en particulier dans les Ătats du Kordofan-Sud (sud) et du Nil Bleu (sud-est), selon l'ONU.
Un calme fragile s'est toutefois installĂ© dans la capitale, reprise par l'armĂ©e en 2025, oĂč la reconstruction a commencĂ© dans certains secteurs.
Les marchés ont rouvert, le trafic automobile a repris, les examens de fin d'études secondaires se sont tenus cette semaine, aprÚs presque deux ans de fermetures massives d'écoles.
D'aprĂšs l'ONU, environ 1,7 âŻmillion de personnes sont revenues Ă Khartoum. Mais le danger y rĂŽde encore et les autoritĂ©s s'emploient lentement Ă neutraliser des dizaines de milliers de bombes non explosĂ©es.
AlâBachir Babker alâBachir, 41 ans, revenu Ă deux reprises aprĂšs trois ans d'absence, estime que la ville aura besoin de plusieurs annĂ©es pour se relever. "La route menant Ă l'universitĂ© oĂč j'ai Ă©tudiĂ© n'est plus la mĂȘme, les murs sont noirs (...) Ce ne sont plus les mĂȘmes endroits", raconte-t-il Ă l'AFP.
- Violences sexuelles, déplacements, morts -
Les efforts diplomatiques menĂ©s par le "Quad" (ĂtatsâUnis, Arabie saoudite, Ămirats arabes unis et Ăgypte) ont jusqu'Ă prĂ©sent Ă©chouĂ©, les deux camps continuant de se disputer le contrĂŽle du pays - le troisiĂšme plus grand d'Afrique - en bĂ©nĂ©ficiant du soutien de parrains Ă©trangers.
L'Arabie saoudite, lâĂgypte et la Turquie soutiennent l'armĂ©e soudanaise, et les Ămirats arabes unis sont accusĂ©s d'armer les FSR. Tous nient une implication directe dans les hostilitĂ©s.
Les pourparlers menĂ©s par le Quad ont Ă©galement Ă©tĂ© interrompus aprĂšs que le chef de l'armĂ©e, Abdel Fattah alâBurhane, a remis en cause la participation d'Abou Dhabi.
Au-delà de la destruction généralisée des infrastructures, la guerre a précipité davantage la population - quelque 50 millions d'habitants - dans l'insécurité alimentaire et la pauvreté. Mais l'appel aux dons lancé par l'ONU pour 2026 n'est pour l'instant financé qu'à 16%.
La famine a été déclarée l'an dernier dans les capitales du Nord-Darfour, El-Facher (sud-ouest), et du Kordofan-Sud, Kadougli (sud), avec 20 autres zones à risque, selon l'ONU.
AFP




