L'élection approche

Trump ou Biden? Les Américains aux urnes dans un pays sous tension

  • PubliĂ© le 3 novembre 2020 Ă  15:25
  • ActualisĂ© le 3 novembre 2020 Ă  15:38
Joe Biden (G) et Donald Trump (D) lors de meetings de campagne en octobre 2020

Des dizaines de millions d'AmĂ©ricains se rendent mardi aux urnes pour choisir entre Donald Trump et Joe Biden lors d'une Ă©lection prĂ©sidentielle historique dans une AmĂ©rique divisĂ©e Ă  l'extrĂȘme.

A 06H00 (11H00 GMT), les bureaux de vote ont ouvert à New York et certains dans quatre autres Etats, le New Jersey, le Connecticut, la Virginie et le Maine. Favori des sondages depuis des mois, Joe Biden, 77 ans, ancien vice-président de Barack Obama, espÚre enfin décrocher les clés de la Maison Blanche à sa troisiÚme tentative.

Armé de son indéniable énergie sur les estrades, le président républicain sortant, 74 ans, qui a mené une campagne d'une agressivité inouïe, promet de son cÎté de créer de nouveau la surprise, comme en 2016. "Demain, nous allons une nouvelle fois écrire une page d'histoire", a-t-il lancé lors de son ultime meeting à Grand Rapids, dans le Michigan, évoquant une "magnifique victoire" à venir.

"J'ai le sentiment que nous allons vers une large victoire", avait lancĂ©, quelques heures plus tĂŽt, Joe Biden depuis Pittsburgh, la ville oĂč il avait dĂ©butĂ© sa campagne il y a 18 mois. La campagne a Ă©tĂ© dominĂ©e par la pandĂ©mie de Covid-19, qui a fait plus de 230.000 morts aux Etats-Unis et s'est encore aggravĂ©e ces derniers jours.

- "Pas quatre ans de plus!" -

"Je ne supporterai pas quatre ans de plus avec Trump", a confiĂ© Ă  l'AFP une des partisanes de Joe Biden, Jane Perry, 65 ans, croisĂ©e Ă  Pittsburgh, oĂč l'ancien vice-prĂ©sident a participĂ© un meeting lundi soir en prĂ©sence de Lady Gaga.

A l'inverse, Lara Schmidt, 42 ans, espÚre un "raz-de-marée" en faveur du président, qu'elle a écouté avec ferveur à Scranton. "Mais si les votes par correspondance se font dans l'illégalité, je me mettrai à genoux pour prier", dit-elle, inquiÚte.

Au moment oĂč certaines villes se prĂ©parent Ă  d'Ă©ventuels dĂ©bordements violents, l'AmĂ©rique donne au monde l'image d'un pays scindĂ© en deux blocs qui ne se parlent plus. Pendant des mois, Donald Trump a agitĂ©, scĂ©narios apocalyptiques Ă  l'appui, le spectre d'une "gauche radicale" prĂȘte Ă  transformer la premiĂšre puissance mondiale en un "Venezuela Ă  grande Ă©chelle".

Les dĂ©mocrates, Joe Biden et Barack Obama en tĂȘte, multiplient eux les mises en garde contre les consĂ©quences potentiellement dĂ©vastatrices sur les institutions dĂ©mocratiques d'un second mandat Trump. PrĂšs de 100 millions d'AmĂ©ricains ont dĂ©jĂ  votĂ© par anticipation, en personne ou par correspondance, pour Ă©viter les bureaux de vote bondĂ©s en pleine pandĂ©mie. Depuis des semaines, Donald Trump critique cette option, l'accusant sans preuve de favoriser la fraude Ă©lectorale.

- "L'Amérique d'abord" -

Les cinq Ă©lecteurs de Dixville Notch, un hameau de douze habitants du nord-est des Etats-Unis, ont lancĂ© symboliquement l'Ă©lection prĂ©sidentielle mardi Ă  minuit, en votant Ă  l'unanimitĂ© pour le dĂ©mocrate Joe Biden. Ce village perdu dans les forĂȘts du New Hampshire, prĂšs de la frontiĂšre canadienne, a perpĂ©tuĂ© une tradition Ă©tablie depuis 1960, qui lui vaut le titre de "First in the Nation" (Premier du pays).

Le scrutin oppose deux hommes radicalement différents. D'un cÎté, un héritier de New York, magnat de l'immobilier passé par la téléréalité avant de faire irruption en politique avec un message populiste, "l'Amérique d'abord", et qui continue de se présenter en "outsider" malgré ses quatre années passées à la Maison Blanche.

De l'autre, un vieux routier de la politique issu des classes moyennes -- au compteur, 36 années comme sénateur puis huit de plus comme vice-président -- qui promet de panser les plaies d'un pays meurtri en remportant "la bataille pour l'ùme de la nation".

AprÚs deux échecs en 1988 et 2008, Joe Biden, pur produit de l'aile modérée du parti démocrate, s'est imposé aux primaires de son camp avec un message simple: battre Donald Trump, étrillé comme "le pire président" de l'histoire récente des Etats-Unis. Peu à peu, il a aussi fait de l'élection un référendum sur la gestion de la pandémie par le républicain.

Ce dernier n'a lui cessĂ© d'ĂȘtre rattrapĂ© par cette crise sanitaire qu'il s'est toujours efforcĂ© de minimiser. Jusqu'Ă  ĂȘtre lui-mĂȘme contaminĂ© et hospitalisĂ©, dĂ©but octobre. "Je suis guĂ©ri" et "immunisĂ©", martĂšle-t-il depuis, reparti en campagne avec une indĂ©niable Ă©nergie en appelant les AmĂ©ricains Ă  ne pas laisser le Covid-19 "dominer" leurs vies.

- Participation trÚs élevée -

La participation s'annonce historiquement Ă©levĂ©e, avec plus de 97 millions d'Ă©lecteurs qui ont dĂ©jĂ  votĂ© par anticipation avant mardi -- par courrier ou en personne --, soit plus de 70% du nombre d'Ă©lecteurs total de 2016. Les dĂ©mocrates avaient appelĂ© Ă  voter en amont en raison du virus, et il faudra voir si les rĂ©publicains, plus enclins Ă  se dĂ©placer aux urnes le jour-mĂȘme, seront au rendez-vous.

L'accumulation record de votes par courrier, qui dans certains Etats pourront affluer jusqu'Ă  plusieurs jours aprĂšs mardi, risque aussi de compliquer le dĂ©pouillement, voire retarder l'annonce d'un vainqueur si le rĂ©sultat est serrĂ©. "DĂšs que l'Ă©lection sera terminĂ©e, nos avocats seront prĂȘts", a prĂ©venu Donald Trump, qui, fait inĂ©dit pour un prĂ©sident sortant, a obstinĂ©ment refusĂ© de s'engager Ă  accepter l'issue du vote.

Pour l'emporter, un candidat n'a pas besoin d'ĂȘtre majoritaire en voix au niveau national: il doit gagner la majoritĂ© d'au moins 270 des 538 grands Ă©lecteurs attribuĂ©s au niveau des Etats. Mardi soir, dans un premier temps, tous les regards seront braquĂ©s sur la Floride, l'un des Etats-pivots les plus cĂ©lĂšbres, et qui a promis d'afficher la couleur dĂšs la nuit Ă©lectorale. Sans cet Etat qu'il avait gagnĂ© en 2016, c'est mission quasi-impossible pour Donald Trump.

En revanche, s'il parvient Ă  conserver la Floride, oĂč il est au coude-Ă -coude avec Joe Biden dans les sondages, l'attention se dĂ©placera vers la Pennsylvanie, l'Etat natal du dĂ©mocrate. LĂ , les intentions de vote sont un peu plus favorables Ă  l'ancien vice-prĂ©sident, mais avec un Ă©cart proche de la marge d'erreur.

AFP

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