"Mission accomplie!": Donald Trump a clamé samedi la réussite des frappes menées par Washington, Paris et Londres contre le régime syrien, en dépit de leur caractÚre limité et de la vive réaction de Moscou qui porte à son sommet depuis des années la tension entre la Russie et les Etats-Unis.
Une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU est prévue à 15H00 GMT à la demande de la Russie, soutien militaire du pouvoir de Bachar al-Assad, qui a jusqu'ici dénoncé cette opération sans toutefois riposter.
Les raids, dont la menace planait depuis plusieurs jours et qui ont donné lieu à une intense coordination entre les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, ont été lancés dans la nuit de vendredi à samedi en riposte à l'attaque chimique du 7 avril à Douma, prÚs de Damas, imputée au régime Assad -- qualifié de "monstre" ou "animal" par Donald Trump.
Les frappes ont visé trois sites liés au programme d'armement chimique syrien prÚs de la capitale et dans le centre du pays.
Cette opération semble avoir été ciblée pour éviter une escalade de la guerre en Syrie, plus complexe que jamais aprÚs sept années de conflit et la présence sur le terrain de plusieurs forces étrangÚres, dont les armées américaine, russe et iranienne.
Ils n'ont fait "aucune victime au sein de la population civile ou de l'armée syrienne", d'aprÚs l'armée russe, dont les installations sur place ont été soigneusement évitées.
Toujours selon l'armée russe, la défense antiaérienne syrienne a intercepté 71 missiles de croisiÚre sur 103. "La campagne de désinformation russe a déjà commencé", a réagi le Pentagone à Washington en niant les affirmations russes.
- "Frappé avec succÚs" -
Le prĂ©sident amĂ©ricain a lui saluĂ© samedi matin sur Twitter une frappe "parfaitement exĂ©cutĂ©e" dont "le rĂ©sultat n'aurait pu ĂȘtre meilleur". "Mission accomplie!", a lancĂ© Donald Trump -- comme son prĂ©dĂ©cesseur George W. Bush en 2003, annonçant, de maniĂšre prĂ©maturĂ©e, la fin de la guerre en Irak.
"Nous avons frappé avec succÚs chaque cible", a renchéri le Pentagone, estimant que le programme chimique syrien "mettra des années à s'en remettre" mais sans pouvoir garantir que le régime Assad "ne sera pas en mesure de le reconstituer".
Le ministre français des Affaires étrangÚres Jean-Yves Le Drian a aussi estimé qu'une "bonne partie de l'arsenal chimique" avait été "détruite".
Donald Trump a menacé, comme la France, de nouvelles interventions en cas d'autres attaques chimiques. Mais pour l'heure, Washington a clairement dit que l'opération était terminée.
La porte-parole du ministÚre américain de la Défense Dana White a ainsi confirmé que les Etats-Unis ne cherchaient "pas à intervenir dans le conflit en Syrie" mais ont voulu, comme ils l'ont fait il y a un an en pareilles circonstances, faire respecter une ligne rouge quant à l'usage d'armes chimiques.
Il était 04H00 à Damas (01H00 GMT) quand le président américain a annoncé, depuis la Maison Blanche, ces "frappes de précision".
Au mĂȘme moment, de lourdes dĂ©tonations ont rĂ©sonnĂ© dans la capitale syrienne et des colonnes de fumĂ©e ont Ă©mergĂ© depuis le nord-est de la capitale, selon une journaliste de l'AFP. Les frappes ont durĂ© environ 45 minutes.
Face au "danger" d'une "escalade militaire totale", le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé à la "retenue".
Mais Damas, ainsi que ses alliés russe et iranien auxquels Donald Trump a aussi lancé une mise en garde, a vivement protesté contre les frappes occidentales.
- "Agression" et "insulte" -
Le prĂ©sident Assad a dĂ©noncĂ© une "agression" qui ne fait que "renforcer" sa "dĂ©termination Ă continuer de lutter et d'Ă©craser le terrorisme", terme par lequel il dĂ©signe les rebelles. Moscou a Ă©voquĂ© une "insulte" au prĂ©sident Vladimir Poutine, tandis qu'en Iran, le guide suprĂȘme Ali Khamenei a qualifiĂ© les dirigeants amĂ©ricain, français et britannique de "criminels".
A Damas, les frappes ont galvanisé les partisans du régime. Au lever du soleil, plusieurs dizaines d'entre eux se sont rassemblés sur l'emblématique place des Omeyyades, au son de klaxons et de musiques patriotiques, arborant des drapeaux syriens, chantant et dansant à la gloire de Bachar al-Assad.
"L'histoire retiendra que la Syrie a abattu des missiles, mais pas seulement. Elle a abattu l'arrogance américaine", lançait fiÚrement Nedher Hammoud, 48 ans.
A la mi-journée, les médias d'Etat ont annoncé l'entrée de forces de sécurité du régime à Douma, l'ultime bastion rebelle dans la Ghouta, prÚs de Damas.
Une mission de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) doit entamer samedi son enquĂȘte sur l'attaque chimique prĂ©sumĂ©e du 7 avril dans cette ville, qui a fait au moins 40 morts selon des secouristes sur place mais a Ă©tĂ© qualifiĂ©e de "fabrication" des rebelles par le rĂ©gime et son alliĂ© russe.
MalgrĂ© les frappes, les enquĂȘteurs vont "poursuivre leur dĂ©ploiement" en Syrie "afin d'Ă©tablir les faits relatifs aux allĂ©gations d'utilisation d'armes chimiques Ă Douma", a assurĂ© l'OIAC, qui n'est toutefois pas en mesure de dĂ©signer l'auteur d'une telle attaque.
Avant les frappes, Washington avait assuré avoir "la preuve" de l'utilisation d'armes chimiques par le régime, tandis que la PremiÚre ministre britannique Theresa May a assuré que l'intervention occidentale était "juste et légale".
Les trois puissances occidentales ont reçu le soutien de l'Arabie saoudite mais aussi de la Turquie, autre acteur de l'échiquier syrien, dont le président Recep Tayyip Erdogan, qui s'est plusieurs fois affiché avec ses homologues russe et iranien, a salué une réponse "appropriée" aux "attaques inhumaines" de Damas.
- © 2018 AFP
