Actualités du monde

Turquie: les arrestations se multiplient dans l'armée et la justice

  • PubliĂ© le 18 juillet 2016 Ă  11:06
Arrestation de militaires par des policiers le 16 juillet 2016 Ă  Istanbul

Trois jours aprÚs le coup d'Etat avorté, les autorités turques ont appelé la population à rester mobilisée tout en multipliant les arrestations dans l'armée et la justice, sous le regard inquiet des pays occidentaux.


Plusieurs milliers de personnes se sont ainsi à nouveau rassemblées dans la nuit de dimanche à lundi sur la place Taksim, à Istanbul, ou sur la place Kizilay, à Ankara, afin d'apporter leur soutien au président Recep Tayyip Erdogan, qui a pour sa part réitéré son appel à descendre dans la rue malgré la mise en déroute des putschistes.
"Le jour, allons travailler. Le soir, aprÚs le travail, poursuivons notre veille sur les places publiques", a renchéri le Premier ministre turc Binali Yildirim devant la foule dans la capitale.
ParallÚlement, mettant à exécution ses menaces de faire payer "le prix fort" aux rebelles, le pouvoir a fait procéder dimanche à des interpellations en chaßne.
Au total, quelque 6.000 militaires ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© placĂ©s en garde Ă  vue et prĂšs de 3.000 mandats d'arrĂȘt ont Ă©tĂ© dĂ©livrĂ©s Ă  l'encontre de juges et de procureurs, aprĂšs la tentative de coup d'Etat dĂ©clenchĂ©e vendredi soir qui a officiellement fait au moins 290 morts, dont plus de 100 putschistes.
La garde rapprochĂ©e du chef de l'Etat n'a pas Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©e, avec le placement en garde Ă  vue de son aide de camp, un sort qu'ont aussi subi, selon l'agence de presse Anadolu, 70 gĂ©nĂ©raux et amiraux, dont Erdal Ozturk et Adem Huduti, respectivement Ă  la tĂȘte des troisiĂšme et deuxiĂšme armĂ©es.
D'aprĂšs le quotidien HĂŒrriyet, des officiers ont Ă©galement Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s sur la base aĂ©rienne d'Incirlik (sud), utilisĂ©e par la coalition internationale menĂ©e par les Etats-Unis pour ses raids contre les jihadistes en Syrie et qui a rouvert dimanche.
Et des "affrontements entre les forces de sécurité et des insurgés résistant à leur arrestation" ont eu lieu dans une autre base importante, celle de Konya (centre), a déclaré un responsable turc.
- Eliminer le 'virus' -
"Nous allons continuer d'éliminer le virus de toutes les institutions étatiques", a lancé M. Erdogan pendant la priÚre aux morts dans la mosquée Fatih. "Hélas ! Ce virus, comme un cancer, s'est propagé à tout l'Etat", a-t-il déploré.
"Le grand ménage continue", a quant à lui déclaré le ministre de la Justice, Bekir Bozdag.
M. Erdogan a mĂȘme Ă©voquĂ© dimanche soir Ă  Istanbul un possible rĂ©tablissement de la peine capitale en Turquie, officiellement abolie en 2004 dans le cadre de la candidature de son pays Ă  l'entrĂ©e dans l'Union europĂ©enne.
"Nous entendons cette demande qui est la vÎtre", a en effet répondu le chef de l'Etat à ses sympathisants qui scandaient: "Nous voulons la peine de mort !". "Notre gouvernement va en discuter avec l'opposition et une décision sera sans aucun doute prise", a-t-il ajouté.
Des mesures et des propos peu susceptibles de rassurer la communauté internationale, qui a mis en garde la Turquie contre la tentation d'une répression généralisée.
Le président américain Barack Obama a ainsi rappelé "le besoin vital" que toutes les parties concernées "agissent dans le cadre de l'Etat de droit" et le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, que ce coup d'Etat avorté n'était pas un "chÚque en blanc" au président Erdogan pour procéder à des "purges".
MĂȘme son de cloche Ă  Bruxelles, oĂč Federica Mogherini, qui dirige la diplomatie europĂ©enne, a soulignĂ© que le respect "de l'Etat de droit et de la dĂ©mocratie sont (...) le meilleur moyen d'affronter les difficultĂ©s que vit la Turquie".
Des préoccupations que n'a cependant pas semblé partager le président russe Vladimir Poutine qui a "souhaité un retour rapide à l'ordre constitutionnel et à la stabilité" en Turquie.
Les personnes arrĂȘtĂ©es sont soupçonnĂ©es de liens avec le prĂ©dicateur vivant en exil aux Etats-Unis Fethullah GĂŒlen, qui a de son cĂŽtĂ© fermement dĂ©menti les accusations du prĂ©sident turc d'avoir fomentĂ© cette tentative de putsch.
Et si M. Erdogan a demandé à Washington son extradition, le ministre du Travail, Suleyman Soylu, est allé plus loin.
"DerriĂšre ce coup d'Etat, il y a les Etats-Unis. Quelques magazines publiĂ©s lĂ -bas mĂšnent des actions depuis quelques mois. Les Etats-Unis ont l'obligation de nous livrer Fethullah GĂŒlen", a-t-il dit.

Par Anthony LUCAS - © 2016 AFP
guest
0 Commentaires