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Turquie: l'UE critique sur les droits de l'homme, mais dialogue sur les migrants

  • PubliĂ© le 10 novembre 2015 Ă  15:32
Le commissaire européen à l'Elargissement, Johannes Hahn, le 17 septembre 2015 à Bruxelles

L'Union europĂ©enne a critiquĂ© mardi le bilan en matiĂšre de droits de l'homme et les "graves reculs" de la libertĂ© d'expression en Turquie, au moment oĂč elle tente de convaincre Ankara de faire davantage pour freiner l'exode sans prĂ©cĂ©dent de migrants vers l'Europe.


"Sur l'année écoulée, des manquements significatifs ont touché l'indépendance de la justice, ainsi que la liberté de réunion et la liberté d'expression", a déclaré le commissaire à l'Elargissement, Johannes Hahn, en présentant devant le Parlement européen le rapport annuel sur les progrÚs de la Turquie vers une adhésion à l'UE.
Le rapport de la Commission "souligne la tendance générale négative pour le respect de l'état de droit et des droits fondamentaux" et appelle le nouveau gouvernement turc à "répondre à ces priorités urgentes".
Bruxelles déplore de "graves reculs" depuis deux ans en ce qui concerne la liberté d'expression et de réunion, à la suite de la répression contre les manifestations antigouvernementales de 2013.
M. Hahn a lui regretté "les pressions et intimidations de journalistes et de médias, ainsi que les amendements de la loi sur internet qui permettent de bloquer des contenus médiatiques" sur la toile, alors que la Turquie compte un nombre record de journalistes emprisonnés et que les autorités ont récemment pris le contrÎle de plusieurs chaßnes de télévision critiques du pouvoir.
publication de ce rapport était initialement prévue début octobre. Mais elle a été reportée d'un mois tant la question était sensible, en pleine crise migratoire et pour ne pas interférer avec les élections législatives du 1er novembre, remportées par le parti islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan, qui a retrouvé une majorité absolue au Parlement.
La Commission européenne a en effet proposé à Ankara, le 6 octobre, un "plan d'action" afin d'endiguer les départs de milliers de réfugiés depuis les cÎtes turques pour gagner, via les ßles grecques en mer Egée, le continent européen.
"Nous partageons des opportunités et des défis communs, comme la crise des réfugiés le montre malheureusement", a expliqué M. Hahn.
- 'La main d'Erdogan' -
Ce dernier doit se rendre mardi aprÚs-midi en Turquie avec le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, pour poursuivre les négociations sur les migrants.
Celles-ci sont une priorité absolue pour Bruxelles, qui veut reprendre le contrÎle des frontiÚres extérieures de l'UE et ralentir l'afflux de réfugiés et migrants qui traversent les Balkans pour venir frapper à la porte des pays du nord du continent, à commencer par l'Allemagne.
Le gouvernement islamo-conservateur a fait monter les enchĂšres.
Il réclame trois milliards d'euros d'aide humanitaire pour les deux millions de réfugiés syriens et irakiens qu'il accueille sur son territoire, des avancées sur la question des visas Schengen pour les ressortissants turcs et l'ouverture de plusieurs chapitres dans les négociations d'adhésion, qui piétinent depuis des années.
"Le Européens sont un peu obligés de manger dans la main d'Erdogan", reconnaissait récemment un diplomate européen. "Il peut, s'il le veut, ouvrir les vannes et laisser venir des centaines de milliers de réfugiés en Europe", observait-il.
Dresser un bilan en matiĂšre de droits de l'homme est d'autant plus difficile que les "manquements" constatĂ©s relĂšvent de dĂ©cisions du prĂ©sident Erdogan, qui a multipliĂ© les purges dans la police et la justice contre les partisans prĂ©sumĂ©s de son adversaire l'imam Fethullah GĂŒlen, fait voter des lois pour contrĂŽler magistrats et internet, et qui bloque pĂ©riodiquement Twitter et YouTube.
"L'indĂ©pendance de la justice et le principe de sĂ©paration des pouvoirs ont Ă©tĂ© sapĂ©s depuis 2014 et les juges et procureurs ont Ă©tĂ© soumis Ă  une forte pression politique", juge ainsi l'exĂ©cutif bruxellois, qui dĂ©nonce les interfĂ©rences du gouvernement dans les enquĂȘtes retentissantes pour corruption qui ont Ă©claboussĂ© des proches du prĂ©sident fin 2013.
Dans la longue liste de griefs énoncée sur 90 pages, figure aussi la reprise du conflit avec les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
"La Commission espÚre voir une fin dans l'escalade de violence en Turquie et un retour aux négociations pour trouver une solution durable à la question kurde", a insisté M. Hahn.

Par Brigitte DUSSEAU - © 2015 AFP
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