La banniĂšre noire et blanche d'Uber barrait la façade de la cĂ©lĂšbre Bourse de New York au sud de Manhattan vendredi pour le baptĂȘme boursier du leader mondial de la rĂ©servation de voitures avec chauffeur, annoncĂ© comme l'Ă©vĂ©nement de l'annĂ©e Ă Wall Street.
Un camion vert floqué d'Uber Eats, le service de livraison de repas de l'entreprise californienne, était également garé aux avants-postes. Des salariés du groupe se pressaient à l'intérieur du bùtiment pour assister à la premiÚre cotation de l'action sur le New York stock-Exchange (NYSE) sous le symbole "UBER". Le premier échange sur le titre est attendu aux alentours de 15H00 à 16H00 GMT.
"Je suis trÚs excité", a déclaré à l'AFP Dara Khosrowshahi, le PDG, habillé en costume sombre et chemise blanche, à son arrivée sur les lieux.Il a ajouté: "la chose la plus importante est que nous reprenions le travail et continuions à bùtir" l'entreprise. Uber a fixé jeudi soir à 45 dollars le titre le prix de son entrée à Wall Street, ce qui le valorise à un peu plus de 82 milliards de dollars si l'on ajoute différents instruments financiers.
Uber se retrouve ainsi, selon le cabinet Dealogic, dans les mĂȘmes eaux que Facebook Ă son entrĂ©e en Bourse le 17 mai 2012 en termes de valorisation boursiĂšre. Le rĂ©seau social rĂ©alisait alors la plus grosse introduction en termes de capitalisation pour une entreprise amĂ©ricaine et la sixiĂšme au niveau mondial.
- Le fondateur écarté -
L'opération permet en outre à Uber de lever 8,1 milliards de dollars d'argent frais, qu'il veut réinvestir "agressivement dans ses activités". "Il y a beaucoup d'excitation sur le parquet", a déclaré à l'AFP Peter Cardillo, chef économiste chez Spartan Capital, qui arpente les allées du célÚbre parquet depuis 50 ans. "C'est un grand jour pour Uber et certainement un grand jour pour le NYSE."
S'il était dans les locaux de la Bourse, Travis Kalanick, le fondateur et ex-PDG poussé à la démission en 2017 par des investisseurs inquiets des scandales, ne faisait pas partie des dirigeants ayant sonné la cloche marquant l'ouverture de la séance à Wall Street. Du parquet, il regardait, le sourire figé, son successeur s'adonner à des selfies sur l'estrade juste aprÚs avoir donné le coup d'envoi des échanges du jour, d'aprÚs des images diffusées par des télévisons américaines.
Comme prévu depuis quelques semaines, Uber a bel et bien joué la prudence: la valorisation reste en deçà des chiffres qui circulaient ces derniers mois. Le groupe de San Francisco, en Californie, a en effet revu ses ambitions à la baisse, échaudé par la déconvenue boursiÚre de son concurrent principal aux Etats-Unis, Lyft : entré en Bourse fin mars à 72 euros, il a fini jeudi à 55,18 dollars. "Le prix bas choisi par Uber est malin et prudent", et montre "clairement qu'il a appris de son +petit frÚre+ Lyft", résume Daniel Ives, analyste de Wedbush Securities.
AprĂšs des annĂ©es de croissance rapide mais trĂšs mouvementĂ©e, marquĂ©e par des scandales qui ont durablement terni son image, l'arrivĂ©e Ă Wall Street d'Uber, leader du secteur et marque cĂ©lĂšbre dans de nombreuses rĂ©gions du monde, est extrĂȘmement attendue dans les milieux financiers et le secteur des vĂ©hicules de tourisme avec chauffeur (VTC).
Cette opération a des allures de moment de vérité pour Uber et pour Dara Khosrowshahi, nommé pour redorer la réputation du groupe, et lui permettre de dégager des profits dans un secteur de plus en plus concurrentiel et aux marges incertaines en raison de nombreuses promotions aux clients et concessions faites aux chauffeurs.
Dans les documents boursiers publiĂ©s rĂ©cemment, Uber avançait une prĂ©vision de chiffre d'affaires d'environ 3 milliards de dollars au premier trimestre 2019 et une perte proche de 1 milliard de dollars. Pour ĂȘtre rentable, la sociĂ©tĂ© se diversifie, se lançant dans la livraison de repas, les trottinettes, les vĂ©los... Son nouveau credo: devenir l'Amazon des transports.
Mais des incertitudes planent Ă©galement sur son activitĂ©: la concurrence, les menaces lĂ©gales et rĂ©glementaires et... les chauffeurs, qui se sont mis en grĂšve et ont manifestĂ© dans plusieurs villes amĂ©ricaines mercredi, arguant du fait que l'entrĂ©e en Bourse enrichirait les actionnaires, sans qu'eux-mĂȘmes en tirent un centime. "Nous voulons amĂ©liorer la situation de nos chauffeurs", a dĂ©clarĂ© vendredi Ă l'AFP Dara Khosrowshahi, sans prĂ©ciser de mesures.
AFP

