Kenya

Uhuru Kenyatta prĂȘte serment pour un second mandat

  • PubliĂ© le 28 novembre 2017 Ă  11:16
  • ActualisĂ© le 28 novembre 2017 Ă  11:37
Des marchands vendent des drapeaux et autres objets à l'extérieur du stade Kasarani de Nairobi, le 28 novembre 2017, avant la cérémonie d'intronisation du président Uhuru Kenyatta

Le prĂ©sident kĂ©nyan Uhuru Kenyatta doit prĂȘter serment mardi pour un second et dernier mandat aprĂšs sa victoire Ă  l'Ă©lection d'octobre, boycottĂ©e par l'opposition, qui souhaite organiser au mĂȘme moment une commĂ©moration des victimes de la pire crise politique kĂ©nyane depuis 10 ans.


Car la fanfare militaire et la prĂ©sence annoncĂ©e d'une quinzaine de chefs d'Etat dans un stade de la capitale Nairobi, oĂč le prĂ©sident doit sceller dans la matinĂ©e son maintien Ă  la tĂȘte du pays pour cinq annĂ©es supplĂ©mentaires, sont l'arbre qui cache la forĂȘt.
Cette prestation de serment signale certes la fin d'une saga électorale marquée notamment par l'invalidation en justice du scrutin du 8 août, mais le pays sort meurtri de cet exercice démocratique, qui lui a rappelé ses profondes fractures ethniques, géographiques et sociales.
L'opposition répÚte de la sorte à l'envi ne pas reconnaßtre la victoire de M. Kenyatta, évoque une "dictature" et a promis de poursuivre une campagne de "désobéissance civile" suivie jusqu'à présent de maniÚre trÚs inégale par ses partisans.
Selon un comptage de l'AFP, les violences ayant accompagné le processus électoral ont fait au moins 56 morts depuis le 8 août, principalement dans la brutale répression des manifestations de l'opposition par la police. Loin toutefois des quelque 1.100 morts des violences politico-ethniques ayant suivi l'élection de 2007.


- 'Escrocs' -


Cette crise politique avait paradoxalement dĂ©butĂ© par une dĂ©cision historique de la Cour suprĂȘme, le 1er septembre: saisie par l'opposition, elle Ă©voque des irrĂ©gularitĂ©s dans la transmission des rĂ©sultats et invalide la prĂ©sidentielle du 8 aoĂ»t. Une premiĂšre en Afrique.
Le jugement est salué comme une opportunité pour les hommes politiques kényans de renforcer la démocratie, mais ces derniers n'auront redoublé d'efforts que dans leurs violentes invectives.
Sonné par ce jugement inattendu qui accable la Commission électorale, Uhuru Kenyatta a qualifié les juges d'"escrocs". Son rival Raila Odinga a de son cÎté crié à la fraude électorale et martÚlé que l'assassinat fin juillet d'un responsable informatique de la Commission électorale a été perpétré afin de faciliter le trucage du scrutin.
C'est donc dans un climat politique délétÚre que M. Kenyatta, 56 ans et au pouvoir depuis 2013, est proclamé vainqueur de la nouvelle présidentielle, organisée le 26 octobre.
Lorsque la Cour suprĂȘme valide finalement ce nouveau scrutin, lundi 20 novembre, le contraste est saisissant entre la liesse qui s'empare de certains fiefs de M. Kenyatta, et les manifestations rĂ©primĂ©es dans certains bastions de son opposant, dans l'ouest du pays et certains bidonvilles de Nairobi.


- Moins d'un euro -


La victoire de M. Kenyatta avec 98% des voix Ă  l'Ă©lection d'octobre est par ailleurs ternie par une faible participation (39%) en raison du boycottage de l'opposition, qui estimait qu'elle ne pouvait en aucun cas ĂȘtre libre et Ă©quitable.
Les partisans de M. Odinga ont mĂȘme empĂȘchĂ© la tenue du scrutin dans quatre comtĂ©s de l'ouest (sur les 47 que compte le pays) acquis Ă  la cause de l'opposant.
Car dans les fiefs de Raila Odinga, de l'ethnie Luo, cette crise a renforcé le sentiment d'avoir été déclassé, discriminé et laissé pour compte depuis l'indépendance en 1963, principalement par rapport à l'ethnie kikuyu, celle de M. Kenyatta, qui a donné au Kenya trois de ses quatre présidents.
Pour certains observateurs, cette crise est également le signe d'un fossé croissant entre les élites politiciennes et le peuple, dont une majorité silencieuse aspire à ce que le pays tourne la page.
L'Ă©conomie du pays a Ă©tĂ© durement affectĂ©e par la discorde, et nombreux sont ceux qui se plaignent d'une baisse des revenus, notamment dans les bidonvilles oĂč beaucoup vivent dĂ©jĂ  en temps normal avec moins d'un euro par jour.

Par Peter STEBBINGS - © 2017 AFP

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