Viol sur une mineure de 11 ans

Un acquittement fait réagir

  • PubliĂ© le 11 novembre 2017 Ă  23:25
  • ActualisĂ© le 12 novembre 2017 Ă  11:06
L'avocat général avait requis huit ans d'emprisonnement assortis d'un suivi socio-judiciaire. Le parquet général a fait appel de l'acquittement

Un homme accusé du viol d'une fille de 11 ans et acquitté, la cour estimant qu'il n'y avait pas eu de "contrainte": ce verdict relance le débat de l'inscription dans la loi d'un ùge minimum de consentement à un acte sexuel, promis par le gouvernement en 2018.


Les jurĂ©s de la cour d'assises de Seine-et-Marne, oĂč l'homme, 30 ans aujourd'hui, comparaissait lundi et mardi, ont estimĂ© que les Ă©lĂ©ments constitutifs du viol, "la contrainte, la menace, la violence et la surprise, n'Ă©taient pas Ă©tablis" a expliquĂ© samedi Ă  l'AFP la procureure de Meaux, Dominique Laurens.
Le parquet général a fait appel de l'acquittement, selon Le Parisien qui a révélé l'affaire.
Les faits se sont produits en août 2009, a raconté à l'AFP Laure Habeneck, l'avocate de la jeune fille, aujourd'hui ùgée de 20 ans.
Elle s'était rendue dans un parc avec l'accusé, 22 ans à l'époque, qui l'avait auparavant abordée, alors qu'elle jouait avec sa cousine dans la cour d'un immeuble à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne).
Ils avaient eu une relation sexuelle, consentie selon l'accusé. Il affirme aussi que la jeune fille avait menti sur son ùge, lui disant, selon l'avocat de ce dernier, Me Samir Mbarki, "qu'elle avait 14 ans et qu'elle allait vers ses 15 ans", ce qu'elle conteste.
La famille de la jeune fille avait eu connaissance des faits en 2010, en découvrant sa grossesse. Son enfant, 7 ans aujourd'hui, avait été placé dans une famille d'accueil.
"Pour ma cliente", ce verdict "est un deuxiĂšme traumatisme", a dit son avocate. "Je ne le comprends pas".
"J'ai plaidé le droit, rien que le droit", a de son cÎté argumenté Me Mbarki. "A charge pour le législateur de changer la loi. Ce n'est ni à l'avocat, ni à l'accusé de porter la responsabilité de cette défaillance légale".


- Projet de loi en préparation -


Ce verdict intervient alors qu'une affaire similaire a suscité la controverse en septembre: le parquet de Pontoise (Val-d'Oise) a décidé de poursuivre pour "atteinte sexuelle" et non pour "viol" un homme de 28 ans pour avoir eu une relation sexuelle avec une enfant de 11 ans.
Les enquĂȘteurs ont considĂ©rĂ© que cette relation Ă©tait consentie car aucune contrainte physique n'avait Ă©tĂ© exercĂ©e sur la mineure, alors que la famille de la fillette a portĂ© plainte pour viol, dĂ©crivant une enfant tĂ©tanisĂ©e, incapable de se dĂ©fendre.
Le procÚs a été renvoyé à février, pour des questions de procédure.
Suite à cette affaire, de nombreuses voix se sont élevées pour demander que soit défini un ùge en-dessous duquel un mineur serait présumé non consentant à un acte sexuel.
En France, aucune loi ne fixe cet ùge minimum, à l'inverse d'autres pays européens. Le Haut conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes propose de l'établir à 13 ans.
Le gouvernement entend présenter l'an prochain au Parlement un projet de loi "contre les violences sexistes et sexuelles", notamment sur mineurs, a annoncé mi-octobre, la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, MarlÚne Schiappa.
"Projet de loi en cours d'élaboration notamment sur la présomption irréfragable de non-consentement des enfants", a d'ailleurs tweeté samedi la secrétaire d'Etat, en réponse à une internaute qui l'interpellait sur l'affaire jugée en Seine-et-Marne.
Ce projet de loi, qui sera porté par Mme Schiappa au cÎté de la ministre de la Justice Nicole Belloubet, devrait "acter l'allongement" des délais de prescription pour les crimes sexuels sur mineurs et "instaurer un non-consentement présumé" des enfants en matiÚre de relation sexuelle.

Par Alison MEUSE - © 2017 AFP

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