[VIDEO] Il était un spécialiste reconnu du narcotrafic

Un journaliste pigiste de l'AFP tué par balle au Mexique

  • PubliĂ© le 16 mai 2017 Ă  00:01
Le journaliste mexicain Javier Valdez le 27 novembre 2016 Ă  Guadalajara, abattu par balles le 15 mai 2017 Ă  Culiacan

Le journaliste mexicain Javier Valdez, spécialiste reconnu du narcotrafic et pigiste pour l'AFP dans l'Etat de Sinaloa, a été abattu lundi dans la ville de Culiacan (nord-ouest), devenant le cinquiÚme reporter tué au Mexique cette année.


"Ca s'est passé devant les bureaux de Riodoce (...) Il a été attaqué à l'arme à feu", a indiqué à l'AFP une source judiciaire, ajoutant que "les experts légistes viennent d'arriver sur place". Javier Valdez, 50 ans, travaillait depuis de plus de 10 ans pour l'AFP dans l'Etat de Sinaloa, fief du cartel de Joaquin "El Chapo" Guzman, actuellement incarcéré aux Etats-Unis. Ce pÚre de famille était aussi correspondant du quotidien La Jornada et de l'hebdomadaire Riodoce.

Il avait publiĂ© plusieurs ouvrages d'investigations sur le narcotrafic, dont un ultime livre l'an dernier intitulĂ© "Narcoperiodismo, la prensa en medio del crimen y la denuncia" ("Narcojournalisme, la presse entre le crime et la dĂ©nonciation"). "A Culiacan, dans le Sinaloa, c'est un danger d'ĂȘtre vivant et faire du journalisme, c'est marcher sur une ligne invisible dessinĂ©e par les mĂ©chants, ceux qui sont dans le narcotrafic et ceux qui sont au gouvernement", avait-il dĂ©clarĂ© en 2011 dans un discours prononcĂ© lors de la remise du Prix International de la libertĂ© de Presse par le ComitĂ© pour la protection des journalistes (CPJ). "Il faut se protĂ©ger de tout et de tous", avait-il ajoutĂ©.

- Guerre de succession -

Le prĂ©sident mexicain Enrique Peña Nieto a condamnĂ© sur Twitter "ce crime indigne" et a rĂ©itĂ©rĂ© son engagement pour "la libertĂ© d'expression et la presse, fondamentales pour notre dĂ©mocratie". "Bien entendu, les activitĂ©s que menait Javier ont une rĂ©percussion sur les pistes de l'enquĂȘte. Nous voulons surtout Ă  prĂ©sent assurer la sĂ©curitĂ© du journal, de l'hebdomadaire, et particuliĂšrement de sa famille", a commentĂ© le procureur de l'Etat de Sinaloa Juan JosĂ© Rios Estavillo.

L'arrestation puis l'extradition de "El Chapo" ont dĂ©clenchĂ© une violente guerre de succession entre diffĂ©rentes factions du cartel dans son fief de Sinaloa et certains Etats voisins. Deux semaines aprĂšs l'extradition de Guzman, ses fils avaient envoyĂ© une lettre manuscrite Ă  la presse dans laquelle ils se plaignaient d'avoir Ă©tĂ© victimes d'une embuscade tendue par un lieutenant de "El Chapo", Damaso Lopez, arrĂȘtĂ© depuis, dĂ©but mai, Ă  Mexico.
Le mois de mars a été particuliÚrement sombre avec trois journalistes abattus et un autre blessé griÚvement. Face au manque de sécurité, le quotidien Diario Norte, basé à Ciudad Juarez, a cessé de paraßtre.

L'année 2016 avait été marquée par un nombre record de 11 journalistes exécutés, alors que le Mexique figure au 3e rang des pays les plus dangereux pour les journalistes aprÚs la Syrie et l'Afghanistan, selon Reporters sans frontiÚres (RSF).

- 'Chaque fois ça devient pire' -

Les meurtres de journalistes ont fortement augmentĂ© depuis 2006 au Mexique, annĂ©e oĂč le gouvernement a dĂ©ployĂ© l'armĂ©e dans le pays pour lutter contre le narcotrafic. Depuis cette date, il se commet entre trois et dix homicides de journalistes par an, selon des chiffres de l'ONG Articulo 19.
"C'est violent et chaque fois ça devient pire, mais quelqu'un doit faire le job, non?" commentait il y a peu Javier Valdez lors d'une conversation avec l'AFP sur le quotidien d'un journaliste.

Les efforts du gouvernement pour lutter contre cette situation "ont été insuffisants et la lutte pour rétablir la justice a échoué de façon spectaculaire", a dénoncé début mai le Comité pour la protection des Journalistes (CPJ).

Dans son rapport intitulĂ© "Pas d'excuse: le Mexique doit briser la spirale de l'impunitĂ© en matiĂšre d'assassinats de journalistes", l'ONG dĂ©plore que le systĂšme judiciaire mexicain "soit dysfonctionnel et dĂ©bordĂ©", ce qui fait que les crimes restent impunis. L'exercice de la profession de journaliste est particuliĂšrement risquĂ© dans l'Etat de Veracruz (est), oĂč s'affrontent les cartels du Golfe et des Zetas: selon RSF, c'est la rĂ©gion la plus dangereuse d'AmĂ©rique latine pour les journalistes, avec 19 meurtres entre 2000 et 2016.

AFP

guest
0 Commentaires