Entre les deux Corées

Un rapprochement aussi soudain que précaire

  • PubliĂ© le 11 fĂ©vrier 2018 Ă  14:20
  • ActualisĂ© le 11 fĂ©vrier 2018 Ă  14:26
Kim Yo Jong, la soeur du dirigeant nord-coréen (G)                                            remet une lettre de Kim Jong Un au président Sud-Coréen Moon Jae-in (D) à Séoul le 10 févier 2018

Nord et Sud ont bien encouragĂ© samedi une seule et mĂȘme Ă©quipe de CorĂ©e aux JO, mais il suffit de rappeler l'essai nuclĂ©aire nord-corĂ©en de septembre pour mesurer ce que cette "dĂ©tente" a de prĂ©caire, observent des experts. EffectuĂ© il y a cinq mois en violation de nombreuses rĂ©solutions du Conseil de sĂ©curitĂ© de l'ONU, ce test, le plus puissant effectuĂ© Ă  ce jour par le Nord, avait fait grimper les tensions sur la pĂ©ninsule Ă  des sommets.


La vitesse du rapprochement intercorĂ©en opĂ©rĂ© depuis le dĂ©but de l'annĂ©e Ă  la faveur des "Jeux de la Paix" de Pyeongchang a certes Ă©tĂ© extraordinaire. Mais la question est de savoir ce qu'il en restera passĂ©e la trĂȘve olympique, estiment des experts. Le Nord a contre toute attente acceptĂ© d'envoyer des sportifs, des artistes et mĂȘme des pom-pom girls au Sud, alors que les deux pays sont toujours techniquement en guerre.

Et sa dĂ©lĂ©gation officielle est emmenĂ©e par Kim Yong Nam, officiellement le chef de l'Etat et Ă  ce titre le plus haut responsable nord-corĂ©en ayant jamais foulĂ© le sol sud-corĂ©en. La vedette de la dĂ©lĂ©gation est toutefois Kim Yo Jong, la soeur du numĂ©ro un Kim Jong Un, qui a formellement invitĂ© le prĂ©sident sud-corĂ©en Moon Jae-in Ă  se rendre au Nord. Une offre qui place l'ex-avocat face Ă  un dilemme: accepter l'invitation et s'aliĂ©ner Washington ou la refuser et enterrer un rĂȘve de paix qui est le combat d'une vie.

- Moon n'est 'pas un idiot' -

"L'initiative olympique vise probablement à accroßtre le fossé évident entre les Etats-Unis et la Corée du Sud", écrivait sur Twitter Robert Kelly, de l'Université nationale de Busan.
Washington exige que Pyongyang prenne des mesures concrÚtes en vue de sa dénucléarisation avant toutes discussions. Et le président américain Donald Trump a multiplié les déclarations belliqueuses et les insultes à l'égard de M. Kim qui répliquait par la surenchÚre.

M. Moon, dont les parents avaient fui le Nord pendant la Guerre de Corée (1950-1953), a été élu en prÎnant le dialogue pour désamorcer la crise. Mais force est de constater que la magie olympique ne fait pas tout: seuls quelques rangs le séparait de la délégation nord-coréenne pendant la cérémonie d'ouverture des Jeux vendredi, mais le vice-président américain Mike Pence ne les a pas franchis.

Pas plus qu'il n'a applaudi le tour de piste de la délégation unique de la Corée sous la banniÚre de la péninsule réunifiée. Pour M. Kelly, la relation entre Séoul et les Etats-Unis, qui ont 28.500 militaires au Sud, n'est pas compromise. "Elle a eu des hauts et des bas beaucoup plus graves que la +diplomatie cosmétique+ des +Jeux de la propagande+", explique-t-il. Et M. Moon, à l'en croire, "ne se laissera pas embobiner par quelques médailles de l'équipe unifiée ou un voyage à Pyongyang".

"C'est un libéral, pas un idiot ni un traßtre", ajoute M. Kelly.

- Mission quasi impossible -

Le président sud-coréen a du reste esquivé une réponse immédiate à l'invitation, selon son porte-parole Kim Eui-kyeom, demandant que soient créées "les bonnes conditions" pour une telle visite et appelant le Nord à rechercher plus activement un "dialogue absolument nécessaire" avec Washington. Il y a déjà eu deux sommets intercoréens ainsi que des événements culturels ou sportifs conjoints. Mais ils n'ont pas dissuadé Pyongyang de poursuivre sa course à l'arme atomique.

Pour obtenir la participation du Nord aux JO, le Sud a notamment persuadé Washington de retarder des manoeuvres conjointes, sources chaque année de la colÚre de Pyongyang, qui les voit comme la répétition d'une invasion. Que se passera-t-il cette année quand ces exercices auront lieu aprÚs les jeux Paralympiques?

La CorĂ©e du Nord est une nĂ©gociatrice redoutable qui a toujours justifiĂ© ses programmes balistique et nuclĂ©aire par la menace que Washington fait peser sur la survie mĂȘme de son rĂ©gime. En d'autres termes, la bombe atomique est son assurance-vie. Jeudi, Ă  la veille de l'ouverture des Jeux, Pyongyang l'a rĂ©affirmĂ© avec un dĂ©filĂ© militaire monstre au cours duquel le rĂ©gime a exhibĂ© des missiles qui sont selon lui capable d'envoyer une charge nuclĂ©aire sur le sol continental amĂ©ricain.

Sortir Pyongyang et Washington de l'impasse est mission quasi impossible pour SĂ©oul, estime Kim Byung-yeon, professeur Ă  l'UniversitĂ© nationale de SĂ©oul. "Pour l'instant, le Nord demande un prix trop Ă©levĂ© et les Etats-Unis ne sont pas prĂȘts Ă  le payer", a-t-il expliquĂ© au quotidien JoongAng Ilbo.

"Si l'intermédiaire insiste trop pour essayer de convaincre les deux parties alors que l'écart est simplement trop grand, tout ce qu'il récoltera, ce sera des critiques des deux parties."

AFP

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