Pandémie

Une autre mauvaise surprise du covid-19: des caillots de sang

  • PubliĂ© le 28 avril 2020 Ă  09:01
  • ActualisĂ© le 28 avril 2020 Ă  09:13
Des personnels médicaux vérifient des informations  des tests de Covid-19 qu'ils font passer aux habitants de Wuhan, le 16 avril 2020

AprÚs 18 jours en réanimation à Los Angeles, les médecins traitant l'acteur canadien Nick Cordero, gravement malade du nouveau coronavirus, ont amputé sa jambe droite. Un caillot indélogeable y bloquait la circulation du sang.

C’est l’une des sombres dĂ©couvertes de la pandĂ©mie : la maladie COVID-19, initialement perçue comme une virulente affection respiratoire, attaque bien plus que les poumons. DĂ©jĂ , on s’est aperçu que d’autres organes, comme les reins, Ă©taient affectĂ©s.

La formation de caillots dans des vaisseaux sanguins peut asphyxier les membres. Quand ils se forment dans les veines de la jambe (phlĂ©bite), ils peuvent se dĂ©loger et remonter vers les poumons, y boucher l’artĂšre et les mettre Ă  l’arrĂȘt (embolie pulmonaire). Dans le cƓur, ils peuvent provoquer une crise cardiaque. Quand ils vont au cerveau, c’est l’accident vasculaire cĂ©rĂ©bral.

Tous ces scĂ©narios ont Ă©tĂ© observĂ©s chez des malades du covid-19 qui n’avaient aucun facteur de risque autre que d’avoir contractĂ© le nouveau coronavirus. Dans son service de NYU Langone, Shari Brosnahan, mĂ©decin rĂ©animatrice spĂ©cialiste des poumons, dit Ă  l’AFP que c’est encore rare. Mais le nombre de cas oĂč des caillots remontent par les veines a plus que doublĂ© pendant la pandĂ©mie chez ses patients en Ă©tat critique. 

La jeunesse relative de certains patients est une surprise. Shari Brosnahan a actuellement deux quadragĂ©naires en rĂ©animation, dont l’un risque de perdre une main et l’autre, les quatre membres. "Les doigts peuvent souvent dĂ©velopper une gangrĂšne sĂšche" explique-t-elle.

Normalement, contre les caillots, des anticoagulants comme l’hĂ©parine sont administrĂ©s. Mais cela ne marche pas toujours et cause parfois une hĂ©morragie interne, comme chez Nick Cordero, selon sa femme qui informe ses fans sur Instagram. "Cette coagulation ne ressemble pas Ă  la coagulation habituelle", dit la mĂ©decin. Beaucoup ont des "microcaillots", dit-elle,"jusque dans les capillaires", qui sont les vaisseaux sanguins les plus petits. Impossible en ce cas d’opĂ©rer, contrairement aux gros caillots dans un poumon ou le cerveau. L’amputation est alors souvent la seule fin possible.

- Une clé ou plusieurs ? -

À l’hĂŽpital pour anciens combattants de New York, Cecilia Mirant-Borde, mĂ©decin rĂ©animatrice depuis 25 ans, dit que la quasi-totalitĂ© des patients de son service sont traitĂ©s avec des anticoagulants, voire des mĂ©dicaments plus dangereux qui dĂ©truisent les caillots. Elle explique Ă  l’AFP avoir dĂ©couvert d’innombrables microcaillots dans les poumons, ce qui Ă©claircirait au passage un autre mystĂšre du covid-19 : pourquoi les respirateurs artificiels semblent si inefficaces. En fait, le sang n’arrive pas Ă  bien circuler dans les poumons Ă  cause des caillots
 et repart dans le corps sans s’ĂȘtre oxygĂ©nĂ©. Le respirateur ne peut rien y faire.

D’abord en Chine, puis en Europe, et maintenant aux États-Unis, les mĂ©decins apprennent sur le tas et tentent de documenter le phĂ©nomĂšne. "J’ai vu des centaines de cas de caillots dans ma carriĂšre, mais je n’avais jamais vu autant de cas anormaux extrĂȘmes", dit Ă  l’AFP Behnood Bikdeli, spĂ©cialiste en mĂ©decine interne au centre mĂ©dical universitaire de Columbia.

Il a participé à une collaboration internationale de 36 experts qui ont récemment publié leurs recommandations dans le Journal of the American College of Cardiology.

- L’énigme reste : pourquoi cette coagulation ? -

Peut-ĂȘtre est-ce dĂ» aux antĂ©cĂ©dents cardiovasculaires ou pulmonaires de nombreux patients, dit le mĂ©decin. Peut-ĂȘtre les caillots sont une consĂ©quence de la flambĂ©e inflammatoire associĂ©e Ă  la maladie. "Toute maladie aiguĂ«, en elle-mĂȘme, prĂ©dispose Ă  la crĂ©ation de caillots", dit aussi tout simplement Behnood Bikdeli.

Une derniĂšre hypothĂšse est que le coronavirus agisse directement sur la coagulation. Mais Ă  ce stade, rien n’est prouvĂ©.

Shari Brosnahan, elle, n’est qu’à moitiĂ© Ă©tonnĂ©e. "Les virus font souvent des choses Ă©tranges", dit la mĂ©decin, en rappelant que le virus de la mononuclĂ©ose (Epstein-Barr) a Ă©tĂ© associĂ© Ă  la leucĂ©mie, ou le virus HPV au cancer du col de l’utĂ©rus. "On est juste en train de dĂ©couvrir les choses Ă©tranges que ce virus produit". La diversitĂ© des complications du covid-19 peut sembler dĂ©routante, mais la recherche sur le ou les mĂ©canismes profonds n’est commencĂ©e que depuis quatre mois. eIl est possible que tout soit causĂ© par une chose unique, et qu’une solution unique existee, imagine Shari Brosnahan.

AFP

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