D'une surface de 7.000 mÚtres carrés

Une des plus grandes fermes "verticales" d'Europe ouvre ses portes au Danemark

  • PubliĂ© le 13 dĂ©cembre 2020 Ă  12:59
Des plants poussent dans une ferme "verticale" Ă  Taastrup, au Danemark, le 20 novembre 2020

Un halo violet court au-dessus de casiers oĂč pousseront bientĂŽt laitues, herbes aromatiques et chou kale : dans un entrepĂŽt banal d'une zone industrielle de la banlieue de Copenhague se cache une des plus grandes fermes "verticales" d'Europe, inaugurĂ©e cette semaine.

D'immenses étagÚres de 14 niveaux, hautes de 10 mÚtres et éclairées par un total de 20.000 ampoules LED, remplissent du sol au plafond ce vaste hangar de 7.000 mÚtres carrés, exploité par la start-up danoise Nordic Harvest. Afin d'assurer des récoltes trÚs réguliÚres - 15 fois par an ici -, les produits qui ne voient pas la lumiÚre du jour sont perpétuellement éclairés. Des robots, qui permettent de transporter les plateaux de semences, roulent entre les allées, augmentant l'atmosphÚre futuriste.

Si les premiÚres feuilles de salade poussent sous la lumiÚre vive, les grands bacs en aluminium sont pour l'instant quasiment tous vides. Mais quelque 200 tonnes de produits maraßchers doivent sortir d'ici au premier trimestre 2021, et prÚs de 1.000 tonnes sur l'ensemble de l'année, avec 50 employés, explique Anders Riemann, le concepteur de la ferme. De quoi placer l'entrepÎt de Taastrup parmi les plus grands sites en Europe. Ces fermes urbaines subissent les railleries des agriculteurs de la campagne, qui doutent de leur capacité à nourrir la planÚte et questionnent leur consommation d'électricité ou encore le prix de leurs produits.

Mais Anders Riemann dĂ©crit au contraire un modĂšle Ă©cologique, avec des circuits courts proches du consommateur, Ă  condition d'utiliser une Ă©lectricitĂ© verte, comme c'est le cas ici. "Une ferme verticale est caractĂ©risĂ©e par l'absence de nuisance Ă  l'environnement, en recyclant toute l'eau, les nutriments ou les engrais", plaide le quinquagĂ©naire, qui n'utilise pas de pesticide. Au Danemark, champion d'Europe de l'Ă©olien, environ 40% de l'Ă©lectricitĂ© provient de sources renouvelables, mĂȘme si les Ă©nergies fossiles sont encore majoritaires.

"Mais à Nordic Harvest nous utilisons 100 % de l'énergie produite par les éoliennes, ce qui nous rend neutres en termes de CO2", explique l'agriculteur urbain. S'il reste discret sur le montant de sa facture d'électricité, le courant provient de "certificats du vent" enregistrés à la Bourse de l'énergie - un document juridique "garantissant que la quantité d'électricité que vous consommez en un an équivaut à l'électricité produite par des éoliennes offshore numérotées", assure M. Riemann.

- Développement timide en Europe -

NĂ©es au dĂ©but des annĂ©es 2010, ces fermes verticales se sont multipliĂ©es en Asie et aux Etats-Unis notamment, oĂč se trouve la plus grande ferme verticale du monde. Elles commencent Ă  se dĂ©velopper timidement en Europe. Pour M. Riemann, le dĂ©veloppement de l'agriculture urbaine pourrait contribuer Ă  la reforestation de terres exploitĂ©es par la monoculture. "Nous avons dĂ©placĂ© les forĂȘts afin d'avoir des champs cultivĂ©s", dĂ©plore-t-il, dĂ©fendant le retour en ville "d'une partie de la production alimentaire, cultivĂ©e sur un terrain beaucoup plus petit et dans un espace optimisĂ© en hauteur".

Dans sa ferme, il utilise 1 litre d'eau par kilogramme de masse vĂ©gĂ©tale, soit 40 fois moins que pour la culture sous serre et 250 fois que dans les champs, affirme-t-il. Parmi ses clients: des traiteurs, des restaurants, mais aussi des supermarchĂ©s. Selon un sondage rĂ©alisĂ© par la FĂ©dĂ©ration des agriculteurs, 95% des Danois sont disposĂ©s Ă  changer de comportement d'achat pour prĂ©server l'environnement. Pour Carl-Otto Ottosen, professeur d'agriculture Ă  l'universitĂ© d'Aarhus, l'entreprise, qui se concentre sur une petite variĂ©tĂ© de produits, reste anecdotique et ne remet pas en cause les traditions agricoles du Danemark, oĂč "il n'y a pas de problĂšme de place".

"Ca marche au Japon ou Ă  ShanghaĂŻ, oĂč il n'y a pas de place pour cultiver et oĂč l'on recherche des produits de qualitĂ©". Mais malgrĂ© les sondages, ce que recherchent avant tout les Danois, "c'est le prix, pas le goĂ»t", affirme-t-il. Nordic Harvest, qui vise la rentabilitĂ© dĂšs sa premiĂšre annĂ©e d'exploitation, assure que sa production sera proposĂ©e Ă  des prix compĂ©titifs, similaires Ă  ceux de l'agriculture biologique. L'entreprise "vise Ă  permettre aux supermarchĂ©s de vendre ses produits autour du mĂȘme prix que des produits bio cultivĂ©s de façon conventionnelle", prĂ©cise-t-elle.

AFP

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